En bref
- Marine Le Pen a présenté le 6 octobre 2026 sa «règle d'or budgétaire», visant à inscrire dans la Constitution une limite stricte sur le déficit public pour réduire la dette française à 60% du PIB
- Elle propose un ajustement progressif, partant d'un déficit de 5,4% du PIB en 2026, avec une réduction minimale de 0,5 point par an pour éviter une récession
- En cas de crise, une dérogation au plafond de déficit nécessiterait un vote des 3/5 du Parlement ou un référendum
Elle était jusque-là considérée comme une sociale-étatiste. Marine Le Pen n'a jamais réussi à convaincre les milieux d'affaires de sa capacité à présider le pays et à mener une politique économique crédible. Changement radical en 2026? L'heure est en tout cas, pour la candidate du Rassemblement national (RN, extrême droite) à la présidentielle d'avril-mai 2027, à l'orthodoxie budgétaire.
Plus question de laisser planer le doute. Si elle est élue présidente de la République, la fille cadette de Jean-Marie Le Pen organisera un référendum pour faire adopter un frein constitutionnel à l'endettement public.
Cette mesure phare, copiée sur la règle d'or budgétaire de pays comme la Suisse ou l'Allemagne, fait partie d'un arsenal de mesures économiques que la candidate a présenté mardi 6 octobre devant la presse. Ironie du calendrier: ce paquet économique a été rendu public le jour même où les lycéens du pays descendent dans les rues pour réclamer un avenir et protester contre la détérioration de l'enseignement scolaire.
Autre élément politique à retenir: Marine Le Pen était accompagnée, lors de cette présentation d'un document long d'une quarantaine de pages, de son dauphin Jordan Bardella, qu'elle a de nouveau adoubé comme futur Premier ministre si elle accède à l'Elysée. Une confirmation décisive de sa confiance, après les révélations du site d'investigation Mediapart sur les présumés messages antisémites écrits par ce dernier en 2013, à l'âge de 17 ans.
Réduire d'urgence la dette
Sur la dette, la proposition de celle qu'Emmanuel Macron a battue deux fois au second tour de la présidentielle, en 2017 et en 2022, a de quoi satisfaire les partisans d'un retour à une saine gestion des comptes publics. L'objectif affiché de cette règle d'or, soumise au futur vote des Français – que la candidate promet de consulter aussi sur un grand projet de loi sur l'immigration –, est de réduire progressivement la dette publique française jusqu'à 60% du produit intérieur brut, contre 120% actuellement.
Réaliste? Non. Mais l'objectif est lancé et répété. Une fois voté puis inscrit dans la Constitution, le futur frein à l'endettement interdira un déficit public supérieur de 0,5 point de PIB au niveau qui permettrait simplement de stabiliser la dette. En clair: l'Etat français, aujourd'hui endetté à hauteur de 3595,5 milliards d'euros, soit 119% du PIB, ne pourra plus faire de chèques sans provision. Mais est-ce crédible?
Pour y parvenir, une fois la mesure votée par le peuple, la candidate du RN promet de manier un ciseau budgétaire implacable. Le document présenté par son parti promet 140 milliards d'euros nets d'économies d'ici 2032, par rapport à 2026. Avec deux autres objectifs budgétaires principaux: un équilibre primaire (hors intérêts de la dette) en 18 mois et un déficit public sous 3% du PIB en 2030 (contre plus de 5% en 2026).
Difficile d'y croire
Difficile d'y croire, compte tenu de l'annonce parallèle de 30 milliards d'euros nets de baisse d'impôts sur la période. Deux mannes financières sont évoquées pour le moment côté recettes: le rétablissement d'un impôt sur la fortune financière (abrogé par Emmanuel Macron en 2017) et la baisse de la contribution française à l'Union européenne. La France verse environ 26 milliards d'euros par an à l'UE et en reçoit 16 sous forme d'aides. Marine Le Pen veut réduire cette différence à 5 milliards, tout en proposant de créer une taxe européenne sur les tabacs qui augmenterait les ressources propres de l'Union.
Le frein à l'endettement proposé par le RN est une idée que Nicolas Sarkozy avait déjà avancée durant sa présidence, entre 2007 et 2012, avant d'y renoncer en 2011, faute de majorité parlementaire. L'ancien président n'avait pas envisagé, lui, de référendum. Et depuis son mandat, la dette publique n'a cessé de se creuser, passant de 1800 milliards d'euros en 2012 à presque le double aujourd'hui. Emmanuel Macron est accusé, d'avoir été l'un des présidents les plus dépensiers, car la dette a augmenté de plus de mille milliards durant ses dix années de présidence.