Percée aux sénatoriales
Mais qui peut arrêter le RN de Le Pen en France?

Le Rassemblement national de Marine Le Pen vient d'enregistrer un beau succès électoral aux sénatoriales. Le parti national-populiste aura, pour la première fois de son histoire, un groupe politique au Sénat. Qui peut l'arrêter d'ici à la présidentielle de mai 2027?
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Le tandem constitué par Maerine Le Pen et Jordan Bardella semble imbattable aujourd'hui en France.
Photo: IMAGO/Bestimage

En bref

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  • Le Rassemblement national (RN) réalise une percée historique au Sénat français lors des élections du 27 septembre 2026, obtenant 11 nouveaux sièges, portant son groupe avec l’UDR à 14 membres. C’est la première fois que le RN dispose d’un groupe parlementaire à la chambre haute, marquant une étape clé dans son implantation locale.
  • Cette avancée reflète la capacité du RN à mobiliser les élus locaux, un domaine où il rencontrait historiquement des difficultés. Le parti a renforcé son ancrage territorial grâce aux municipales de mars 2026 et s’implante désormais dans des départements comme les Bouches-du-Rhône et la Seine-Maritime.
  • Malgré cette progression, le RN reste minoritaire dans un Sénat dominé par la droite et le centre, avec seulement 14 sièges sur 348. Ce groupe parlementaire lui permet toutefois d’accroître ses moyens et d’influencer davantage les débats politiques au sein de la Haute Assemblée.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Le Rassemblement national (RN) est-il imbattable, à huit mois de l’élection présidentielle française d’avril-mai 2027 et des législatives qui suivront sans doute en juin?

Le résultat du scrutin sénatorial de ce dimanche 27 septembre apporte en tout cas la preuve que même cette élection au suffrage indirect, jadis insurmontable pour le parti de droite national-populiste, est désormais apprivoisée. Grâce à son implantation locale renforcée par les municipales de mars 2026, le RN réussit à faire élire 11 nouveaux sénateurs sur les 178 sièges à renouveler.

La Chambre haute, en France, compte 348 élus désignés à la proportionnelle ou au scrutin majoritaire par un collège électoral de grands électeurs locaux, régionaux et nationaux. Sur les 178 sièges renouvelés cette année, 119 le sont à la proportionnelle et 59 au scrutin majoritaire. Jusqu’ici, le RN ne comptait que trois sénateurs: dans le Pas-de-Calais, dans le Nord et en Seine-et-Marne.

14 sénateurs au total

Sur le papier, disposer d’une dizaine de sénateurs sur 348 ne ressemble a priori pas à une victoire pour un parti dont la candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, est créditée par les sondages de 31 à 35% des voix au premier tour en 2027, loin devant son adversaire le mieux placé derrière elle, le leader de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon.

Et pourtant! Dans les faits, et pour les politologues, cette percée, qui permettra au RN de constituer un groupe politique à la Haute Assemblée – il faut au moins dix élus –, est la traduction de la normalisation et de l’enracinement de cette formation jadis perçue par une grande majorité d’électeurs comme extrémiste et protestataire. Au Sénat, chambre représentative des territoires et assemblée de notables réputée pour ses compromis, le RN, qui aura 14 élus au total avec ses alliés du parti d’Eric Ciotti, va côtoyer d’autres groupes politiques de même taille.

Plus significatif encore: ses relations avec la droite traditionnelle, qui reste majoritaire au Palais du Luxembourg, y serviront de test pour de futures alliances possibles, ou non, au sein d’une future Assemblée nationale élue dans la foulée de la présidentielle de 2027.

L’élément psychologique

L’autre élément à retenir est psychologique. On savait que le RN, qui contrôle depuis mars environ 70 mairies en France, avait les moyens de faire élire des sénateurs. On pouvait douter, en revanche, de la capacité de ce parti national-populiste, dont le rejet de l’immigration et les promesses sociales demeurent au cœur de l’ADN, à trouver des candidats crédibles.

Aux dernières législatives de juin 2024, ce problème de recrutement électoral lui avait valu quelques déboires, même s’il avait fini en tête, premier groupe politique de l’Assemblée nationale avec 122 députés. Des candidats avaient été écartés pour des propos racistes ou antisémites. D’autres avaient été écartés pour des comportements violents.

Rien de tout cela cette fois. Le filtrage a bien fonctionné et la formation des élus du RN va pouvoir s’accélérer. La constitution d’un groupe au Sénat donne en effet droit à des moyens financiers et à des collaborateurs. La compétence législative du parti cofondé par Jean-Marie Le Pen en 1972 va dès lors s’accroître dans les mois à venir.

Un parti comme les autres

En résumé, le RN est devenu en France une force politique comme les autres pour les électeurs. Il ne l’est toujours pas pour une partie des médias et pour les observateurs qui connaissent son histoire, ses errements passés et le décalage qui existe entre son discours officiel policé et les convictions de nombreux élus. Dans la ville méridionale de Carcassonne, par exemple, le nouveau maire RN Christophe Barthès, figure médiatique par ses outrances, soutient mordicus un policier municipal qui a tenu des propos racistes.

Restent les faits et les chiffres. Ces élections sénatoriales réussies confirment que la stratégie de Marine Le Pen a porté ses fruits. Le RN est en prise avec la France réelle. Environ 95% des quelque 172'600 grands électeurs sénatoriaux sont issus des communes.

Le parti national-populiste n’a en revanche obtenu aucun élu pour les six sièges de sénateurs des Français de l’étranger à pourvoir. Marie-Ange Rousselot, ex-suppléante du député des Français de Suisse, le macroniste Marc Ferracci, a en revanche été élue sous les couleurs du parti Renaissance, l’ex-parti présidentiel dirigé par Gabriel Attal.

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