Candidat à la présidentielle
Eric Zemmour relance la guerre des droites en France

L'ancien éditorialiste vedette, déjà candidat à la présidentielle 2022, repart à l'assaut de l'Elysée. Avec pour conséquence de relancer la guerre des droites qui fait déjà rage dans le pays. Et au risque de buter sur l'électorat de Marine Le Pen.
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Eric Zemmour est de nouveau candidat à l'élection présidentielle française en avril-mai 2027.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Le revoici aux avant-postes. Depuis plusieurs mois, Éric Zemmour avait délaissé l’avant-scène de la politique française, désormais occupée par sa compagne et colistière au sein du parti «Reconquête»: Sarah Knafo. À cette dernière, candidate malheureuse à la mairie de Paris au printemps (10,4% des suffrages au premier tour), de défendre son livre dans les médias. Avec un angle d’attaque bien résumé par le titre de celui-ci: «Le casse du siècle» (éd. Fayard), centré sur l’explosion des dépenses publiques de la France.

Retour à la case départ jeudi 17 septembre sur le plateau de BFM TV: Éric Zemmour y a confirmé sa seconde candidature présidentielle après celle de 2022 (7% des suffrages au premier tour après avoir connu une envolée dans les sondages jusqu’à 18% d’intentions de vote). Dans son viseur? Deux sujets désormais. Le premier est le rejet de l’immigration massive et la promesse de défendre l’identité française, son refrain politique de base. Le second est la bonne gestion des finances du pays, dans la lignée de ce qu’écrit Sarah Knafo. Coïncidence: l’annonce d’Éric Zemmour est intervenue le même jour que celle du projet de budget 2027 dévoilé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, avec à la clef une promesse de 54 milliards d’économies. Ce qui constituerait un effort sans précédent, mais n’empêcherait pas le déficit public de continuer à croître alors qu’il atteint déjà le chiffre record de 5,4% du produit intérieur brut (PIB).

Fini l’effet 2022?

Zemmour candidat? En 2022, les médias avaient accueilli cette annonce par un feu d’artifice de commentaires. L’ancien journaliste, auteur de best-sellers, passé par Genève où il avait fait salle comble en novembre 2021, était alors perçu comme l’homme qui pouvait faire trébucher Marine Le Pen et devancer le Rassemblement national (RN) du côté de la droite nationale-populiste.

Echec total! Après avoir lancé sa campagne avec un clip imitant l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, Eric Zemmour avait patiné. Le discours social et populaire de Marine Le Pen l’avait marginalisé. Il n’avait au final représenté aucun danger pour cette dernière, de nouveau candidate pour 2027 et considérée comme l’hyper-favorite au vu des sondages. Le fondateur de Reconquête avait en revanche «tué» la candidature de Valérie Pécresse pour la droite traditionnelle, mordant sur son électorat bourgeois et conservateur. Résultat: 4,78% des voix pour Valérie Pécresse et… pas de remboursement de ses frais de campagne par l’Etat, car il faut au moins 5% des suffrages.

Guerre meurtrière

C’est donc parti pour une nouvelle guerre meurtrière des droites alors que quatre candidats se disputent déjà cet électorat: Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et le maire libéral de Cannes, David Lisnard? La réponse est oui, et le plus impacté devrait être Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains (LR), calé lui aussi sur un discours identitaire et anti-immigration, avec en plus une rhétorique très catholique (alors qu’Eric Zemmour est de confession juive). Les chiffres résument tout: Bruno Retailleau était à 7% d’intentions de vote sans Eric Zemmour, alors que ce dernier est crédité de 2% à 5% des voix. La moyenne des sondages lui donne 3,8% des suffrages. De quoi faire baisser le score des autres candidats de la droite au premier tour, tant Marine Le Pen semble inatteignable.

L’exemple le plus récent de cette compétition meurtrière est celui des élections européennes de juin 2024, pour lesquelles Sarah Knafo, bien moins connue qu’aujourd’hui, figurait sur la liste Reconquête dirigée par Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen retournée vers le Rassemblement national (RN). Sa liste avait obtenu 1,3 million de voix, soit 5,47%, obtenant cinq sièges. Le RN avait recueilli 31,37%. Mais le parti Les Républicains, lui, avait subi le contrecoup avec seulement 7,25%. Gueule de bois sévère pour la droite traditionnelle, dont le discours de plus en plus eurosceptique s’approche de celui de la droite nationale-populiste.

Un gros risque

Eric Zemmour prend néanmoins un gros risque. Il avait échoué, pour rappel, aux législatives de 2022 dans le département du Var. Il est désormais moins visible que Sarah Knafo, sa compagne avec laquelle il a eu deux enfants. Il n’est pas encore certain de pouvoir obtenir les 500 parrainages d’élus indispensables pour se présenter à la présidentielle. Et s’il échoue, il sera sans doute sur la voie de la retraite politique sans avoir pu emporter un mandat.

Reste son image et sa capacité à galvaniser un public de droite bien éduqué, apeuré par la crise et l’insécurité en France, défenseur des vieilles valeurs nationales. Avant sa candidature présidentielle de 2022, un sondage de l’institut Ipsos révélait que 48% des Français lui reconnaissaient la volonté de «vraiment changer les choses» et 45% le jugeaient «courageux». Question: s’il parvient à décoller dans la campagne, qui en paiera le prix au sein d’une droite française réduite au rang de supplétive pour le RN de Marine Le Pen et Jordan Bardella?

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