Par Richard Werly
Jordan Bardella, ou le pire héritage Le Pen

Les messages antisémites publiés par Mediapart renvoient Jordan Bardella au pire héritage de l'ex Front National. S'il ne parvient à démontrer qu'ils sont faux – ce qu'il continue d'affirmer – le président du RN va se retrouver face aux démons de l'extrême droite, estime Richard Werly.
Les messages antisémites publiés par Mediapart renvoient Bardella au pire héritage de l'ex Front National, selon Richard Werly
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Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

L'heure de vérité est arrivée pour Jordan Bardella. Désormais, le jeune président du Rassemblement national (RN, droite nationale populiste) doit répondre par des faits irréfutables, et pas seulement par des déclarations, aux révélations de Mediapart sur les messages antisémites qu'il dément avoir écrits à l'âge de 17 ans.

Disons-le clairement. La longue démonstration du site d'investigation, avec les preuves numériques de l'authenticité des messages incriminés, sera a priori très difficile à contredire. Celui que Marine Le Pen promet d'installer à la tête du gouvernement si elle est élue présidente le 2 mai 2027 doit maintenant apporter, si tel est le cas, la preuve de la manipulation, de la «dinguerie» et de la «barbouzerie» dont il affirme être victime. Se contenter de nier n'est plus tenable. Car, à la lecture de la longue enquête de Mediapart - dont la responsabilité et la crédibilité sont en jeu et seront irrémédiablement atteintes s'il s'agit d'informations falsifiées – ses problématiques affirmations adolescentes renvoient à au moins trois terribles démons de l'extrême droite française. Laquelle, depuis l'assaut terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, soutient ouvertement l'actuel gouvernement israélien.

Le premier de ces démons est l'obsession des juifs. Celle-ci, rappelons-le, fait partie, depuis sa création en 1972 par Jean-Marie Le Pen, de l'ADN du Front national. Le père de Marine Le Pen, nostalgique de l'Algérie française, a plusieurs fois été condamné pour «contestation de crimes contre l'humanité». Sa conviction, affirmée en 1998 puis en 2015, selon laquelle l'extermination des juifs durant la Seconde Guerre mondiale est un «détail» de l'histoire dit tout. Or, c'est en 2013 que Jordan Bardella aurait écrit les messages qui lui sont attribués. Impossible, alors, d'ignorer cet inacceptable passé et cet abominable passif.

L'itinéraire de Bardella

Le second démon que vient de réveiller l'enquête de Mediapart est l'itinéraire personnel de Jordan Bardella. Enfant de la banlieue populaire de Seine-Saint-Denis, au nord de Paris, celui-ci démontre dans les messages incriminés qu'il a adhéré au FN d'alors par adhésion à son idéologie. Il y fait aussi référence à l'idéologue complotiste et antisémite Alain Soral, bien connu en Suisse où il a été condamné. L'adolescent Jordan croyait ferme aux valeurs du FN, devenu le RN «dédiabiolisé» en 2018. Dont acte.

Troisième démon, conséquence naturelle des deux autres : le mensonge. S'il s'avère que Jordan Bardella a bien écrit ces messages dont il nie avoir été l'auteur, le masque sera tombé. Le chef de file des députés européens du RN a menti. S'est-il vraiment converti, au fil de sa carrière politique, à une droite extrême plus tolérante, plus fidèle aux valeurs de la République? Le croire après l'enquête de Mediapart s'annonce très compliqué.

17 ans au moment des messages

Et maintenant? Un seul mot s'impose: le respect scrupuleux des faits. Certes, Bardella avait 17 ans au moment de ces écrits. Certes, un homme peut changer. Certes, l'antisémitisme, reconnaissons-le, est une accusation parfois instrumentalisée politiquement. Mais ce qui compte ici est ce qui a été écrit (ou pas) par un jeune militant carriériste, désireux de gravir les échelons de son parti et d'occuper des responsabilités publiques au service des Français. Dans tous les cas, le pire héritage Le Pen revient, via le roi des réseaux sociaux qu'est Jordan Bardella, sur le devant de la scène. C'est avec cet héritage fétide que Marine Le Pen avait su prendre ses distances. La voici maintenant obligée d'en tirer toutes les conséquences.

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