En bref
- Le mouvement de contestation lycéen s'est élargi ce mardi 6 octobre 2026, incluant désormais les étudiants avec le soutien des syndicats d'enseignants.Un cortège de 20 000 à 40 000 personnes est attendu à Paris.
- L'Union étudiante revendique 57 sites universitaires bloqués. De plus, 891 lycées sur environ 3 700 sont perturbés selon le ministère.
- Les organisations étudiantes rencontreront le ministre Philippe Baptiste le 7 octobre, menaçant de reprendre les blocages dès le 8 octobre.
Plus personne ne croit à la disparition du mouvement de protestation lycéen. Même si le nombre de manifestants n'atteint pas le raz-de-marée espéré par les organisateurs, la mobilisation de la jeunesse a, mardi 6 octobre, démontré qu'elle entend durer.
Point fort alors que le cortège progressait encore dans Paris cet après-midi: les étudiants et les enseignants sont en train de monter à bord, pour joindre leurs voix à celles des plus jeunes. La fameuse «convergence des luttes» commence à se dessiner alors que la présidence d'Emmanuel Macron s'achève dans sept mois, avec l'élection présidentielle d'avril-mai 2027.
Pas de chèques possibles
Le plus probable est dès lors que le gouvernement français va céder. Certes, l'équation budgétaire ne lui permet pas de faire des chèques ou de formuler des promesses budgétaires. Le projet de budget présenté la semaine dernière par le Premier ministre prévoit 54 milliards d'euros d'économies et un budget stable pour l'Education nationale (environ 60 milliards). Même le Rassemblement national (RN, droite nationale populiste), favori pour la présidentielle, envisage des coupes dans les dépenses publiques. Sa candidate Marine Le Pen a présenté son plan de 140 milliards d'euros d'économies en 5 ans alors que les cortèges de protestataires s'ébranlaient dans les principales villes de France. Difficile, dès lors, d'imaginer un grand plan pour l'enseignement scolaire.
Au moins deux sujets, en revanche, peuvent être rapidement mis sur la table par le ministre de l'Education nationale, haut fonctionnaire de ce ministère avant d'en prendre la direction. Le premier est celui des bâtiments, souvent dégradés, dont l'entretien revient aux régions. Dans une lettre adressée aux ministres, aux préfets et aux élus régionaux, le chef du gouvernement leur a demandé des propositions concrètes de réponse d'ici au 16 octobre, soit la veille du début des premières vacances scolaires. Les lycéens ont aussitôt répondu par un mot d'ordre de mobilisation générale le 17 octobre. Il est probable que, d'ici là, des centaines d'établissements resteront bloqués. Avec, toujours, un risque d'affrontements lorsque des casseurs s'en mêlent, ce qui ne s'est jusque-là pas produit ce mardi.
L'accès à l'université
Le second sujet est le logiciel d'accès à l'enseignement supérieur Parcoursup, une plateforme d'accès contestée à la fois par les lycéens et leurs parents, tant elle est compliquée à utiliser. Sa remise en cause est attendue, et peut-être sa refonte. Il est peu probable, en revanche, que les choses changent sur le fond. L'enseignement supérieur en France est devenu plus sélectif. Les meilleures universités font le tri dans les candidatures. Or le programme d'enseignement général français amène trop de jeunes au baccalauréat sans perspectives. La question de l'adéquation entre le marché du travail et l'école reste d'autant plus posée que l'insistance sur l'apprentissage, à l'honneur durant les dix ans de présidence Macron, est en train d'être abandonnée, faute de budgets.
Sur le plan de la mobilisation, l'essoufflement espéré par les autorités n'est pas du tout en vue. Au contraire. Ce mardi, le mouvement initialement lycéen est en train d'agréger les étudiants et les enseignants. Lesquels sont au centre du jeu, au vu des réclamations des jeunes sur leur absentéisme, sur les emplois du temps mal ficelés et sur le manque de profs dans certains lycées. 86'000 manifestants ont défilé ce matin en province, donc hors Paris. Une trentaine de manifestations étaient organisées, notamment à Marseille, Lyon, Lille, Strasbourg, Toulouse et Rennes. Le cortège parisien devrait réunir 20'000 à 40'000 personnes. Avec, toujours, le risque de confrontations à la fin des manifestations.
L'autre point à retenir est la solidarité intergénérationnelle, manifestée par la présence de nombreux parents dans les cortèges. 18 universités étaient bloquées mardi, sur 30 sites, notamment à Strasbourg, Reims, Caen, Paris, Bordeaux et Aix-en-Provence. Une plateforme commune de «dix mesures d'urgence» est mise en avant par les protestataires. Ils réclament un plan d'investissement pour les bâtiments scolaires et universitaires, davantage de personnels de santé et d'orientation, une réforme des rythmes scolaires et universitaires et 150'000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur, accompagnées de la suppression de la sélection à l'entrée de l'université et en master.
Sur ce dernier point, il est très peu probable qu'ils obtiennent gain de cause. Mais plus il attend avant de répondre, plus l'actuel gouvernement, dépourvu de majorité, risque de se retrouver le dos au mur avec une jeunesse en colère dans la rue.