Face à Mélenchon et aux grèves
Macron va céder ça pour calmer la colère française

Le président français laisse son Premier ministre négocier avec les syndicats et le patronat à partir de ce lundi pour une conférence sociale. Mais face à l'offensive de la gauche radicale, sa seule option est de lâcher du lest.
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Emmanuel Macron est dans le viseurs des manifestations et des grèves à répétition en France.
Photo: IMAGO/Bestimage

En bref

  • Emmanuel Macron fait face à une crise sociale majeure après les manifestations du 5 novembre ayant mobilisé entre 575 000 et 1,6 million de participants. Une conférence sociale cruciale se tiendra le 9 novembre à Matignon pour tenter d'apaiser les tensions.
  • Les syndicats demandent des hausses significatives du SMIC, des négociations salariales dans le privé, et le dégel du point d'indice des fonctionnaires. Les revendications incluent également des aides contre la vie chère et des réformes dans l'éducation.
  • Selon le ministère de l’Intérieur, le SMIC pourrait atteindre 1 500 CHF nets mensuels, mais la CGT réclame une hausse de 150 CHF. Les syndicats décideront de la suite du mouvement après les annonces du gouvernement lundi soir.
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Rendez-vous ce lundi 9 novembre à 9h30, dans le bureau du Premier ministre français à l'Hôtel Matigno. C'est là que se tiendra la «conférence sociale» finalement organisée par le gouvernement, avec les syndicats et le patronat, pour espérer dégager une issue aux manifestations à répétition contre la vie chère. Preuve du climat de convulsions ambiante: un appel à la grève a été lançée pour mardi 10 novembre par les organisations lycéennes. Et une nouvelle mobilisation est prévue le samedi 14 novembre par la coordination des mouvements qui irriguent cette colère, parmi lesquels les successeurs des fameux «gilets jaunes».

Emmanuel Macron peut-il, dans ces conditions, continuer de faire dire «non» à son Premier ministre Sébastien Lecornu, en justifiant son refus de toute concession sociale par l'état désastreux des finances publiques de la France, à six mois de la présidentielle d'avril-mai 2027? La réponse est négative. Si la conférence sociale de ce lundi échoue, la tension montera d'un cran, alors que la gauche radicale est gonflée à bloc après le succès de la «convention» organisée ce week-end par La France Insoumise (LFI) et son candidat Jean-Luc Mélenchon, pour le lancement de son programme «L'avenir en commun». «Continuer de dire non, c'est ouvrir la porte à une. confrontation intenable dans la rue» juge l'éditorialiste Arlette Chabot, interrogée par notre podcast Républick. Un seul exemple: plus de 70 000 policiers et gendarmes sont désormais mobilisés chaque week-end pour maintenir l'ore et éviter la répétition des scènes de casse et de pillage du 17 octobre. Or les syndicats policiers tirent le signal d'alarme...

Trois concessions possibles

Que peut décider le gouvernement dans ces conditions, alors qu'Emmanuel Macron doit s'envoler en fin de semaine pour le Cambodge où se tient le sommet de la francophonie, dont la Suisse est partie prenante ? Au moins trois choses, selon des sources concordantes. Trois concessions dont l'objectif est de contenter les syndicats, prêts à relancer un appel à la grève générale comme cela a été le cas jeudi 5 novembre, avec plus d'une million de manifestants dans le pays.

La première concession porte sur le salaire minimum, le fameux SMIC. Une augmentation de ce dernier devrait être décidée, sans doute autour des 10% réclamée par le syndicat CGT, soit sous forme de prime, soit sous forme d'un supplément de rémunération. On parle de 1550 euros au lieu des 1477 euros nets mensuels actuel. Voire de 1600 euros. Le patronat y est hostile, car cela déclencherait un mouvement de hausse des salaires, mais les entrepreneurs pourraient obtenir en échange des exonérations de taxe, et des facilités de prêts pour les commerçants de centre-ville touchés par les pillages afin de profiter des prochaines semaines avant Noël. Une période qui, traditionnellement, représente en France 40% du chiffre d'affaire des commerces de détail.

Demandes des fonctionnaires

Seconde concession: répondre positivement aux demandes des fonctionnaires qui veulent, eux aussi, une revalorisation générale des salaires. Une catégorie pourrait en bénéficier: les enseignants, confrontés au mouvement de colère des lycéens. Une telle mesure atteindrait deux cibles: elle calmerait la mobilisation des employés du decteur public et elle apparaitrait comme une réponse au problèmes chroniques de l'éducation nationale. Pour rappel: le syndicats français sont très peu représentés dans le secteur privé. Moins de 7% des employés fran4ais du privé sont syndiqués contre 25% des employés du public. Ce taux monte à 30% chez les enseignants.

Troisième concession: les mesures ciblées. A chaque catégorie sa mesure. Pour les lycéens qui réclament toujours un plan de 10 milliards pour les lycées, il pourrait s'agir d'un plan de rénovation accéléré des batiments scolaires, qui dépendent des régions. Celui-ci a djé été acté à hauteur de 4,5 milliards d'euros sous forme de prêts. le gouvernement pourrait passer à l'acte en prenant l'initiative de chantiers régionaux. Pour les ménages modestes, c'est-à-dire la clientèle des «gilets jaunes» écrasée par les prix du carburant, un nouveau chèque énergie pourrait être délivrée, avec le concours de Total, la multinationale dont les bénéfices sont au beau fixe (38 milliards d'euros de profits anticipés en 2026 avant impôts). Et enfin, les forces de l'ordre seraient récompensées avec des mesures de compensation sous forme de primes ou de congés.

Pas d'argent mais...

Pour tout cela, le gouvernement français n'a pas d'argent disponible. Le projet de budget pour 2027 est dans l'impasse, après le rejet unanime du volet «recettes» le 4 novembre. Mais il garde deux atouts: le premier, paradoxalement, est qu'il ne sera plus là après la présidentielle. Sébastien Lecornu peut donc signer des chèques au nom du retour du calme pour que la campagne électorale soit sereine. Le deuxième atout est la coopération du patronat. La détérioration de la situation économique, si la paralysie sociale perdure, couterait encore plus aux entreprises que des coups de pouce salariaux négociés par branche. Il s'agit, en somme, de refroidir d'urgence le «chaudron» français. Un argument qu'Emmanuel Macron peut aussi avancer devant ses partenaires européens, de plus en plus inquiet de la détérioration de la situation de la France dont la prévision de croissance pour 2026 vient d'être révisée à la baisse, à 0,5%. La seconde économie de la zone euro est donc, ni plus ni moins, en situation de stagnation.

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