Manif ce samedi
Ils sont de retour, voici les «gilets jaunes» version 2026

Le mot d'ordre a été lancé pour ce samedi 17 octobre dans toute la France. Les «gilets jaunes» de l'hiver 2018-2019 sont conviés à manifester et à joindre leurs protestations à celles des lycéens et des Français en colère pour le pouvoir d'achat.
1/5
Pas sûr que les «gilets jaunes» de l'hiver 2018-2019 reviennent en masse dans les rues françaises ce samedi.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

La date circule depuis des semaines sur les réseaux sociaux. Avec un mot d'ordre: «Ras-le-bol contre la vie chère». Et un objectif visé par les collectifs qui, partout en France, ont lancé cet appel à la mobilisation sociale, à six mois de l'élection présidentielle des 18 avril et 2 mai 2027: la convergence des luttes entre les colères des lycéens, des agriculteurs et l'espoir d'un réveil des «gilets jaunes», qui avaient paralysé le pays durant l'hiver 2018-2019. Leurs protestations violentes avaient entraîné le déblocage de 17 milliards d'euros d'aides diverses par le gouvernement d'Edouard Philippe, aujourd'hui candidat à l'Elysée.

Fébrilité à l'Elysée

L'Elysée, justement. A l'évidence, la fébrilité y est au rendez-vous. Depuis le sommet européen de Bruxelles, vendredi 16 octobre, Emmanuel Macron a lancé un appel au calme à la population française, confrontée de plein fouet à la hausse des prix du carburant, à une panne de l'économie nationale et à une exacerbation des tensions politiques liée à la course présidentielle et à la radicalisation de l'opinion. Preuve de cette fébrilité, le quartier de la présidence de la République, tout comme les Champs-Elysées ou Châtelet-Les Halles, seront, à Paris, interdit de manifestations.

La police affirme que plusieurs milliers de casseurs risquent de converger ce samedi vers la capitale française. Celle-ci était encore en proie à des violences urbaines voici quelques jours, mardi 13 octobre, en queue de cortège de la manifestation des lycéens en colère contre la dégradation de l'Education nationale et les conditions d'accès à l'enseignement supérieur. Un canon à eau a dû être déployé devant le dôme des Invalides, là où se trouve le tombeau de l'empereur Napoléon.

Et les «gilets jaunes»? Vont-ils revenir huit ans plus tard, alors que les différentes tentatives de ressusciter ce mouvement social spontané ont depuis lors échoué? En France, le souvenir le plus criant de leur mobilisation reste l'assaut contre l'Arc de Triomphe, le 1er décembre 2018. Un épisode durant lequel les forces de police parisiennes avaient failli «perdre le contrôle» de la situation. L'autre point fort des «gilets jaunes» fut, alors, leur mobilisation sur les ronds-points des villes moyennes.

Ils représentaient une petite classe moyenne et populaire en colère, à l'époque vent debout contre (déjà) la hausse programmée du prix du diesel et la mesure de limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes départementales. Pour mémoire, le litre de diesel à la pompe coûtait environ 1,50 euro en octobre 2018. Huit ans plus tard, en raison de la crise pétrolière mondiale, il affiche 2,40 euros. De quoi alimenter encore plus de colère dans un pays où le chiffre récent des créations d'entreprises, qui atteint un record (120'000 en septembre 2026), s'explique en grande majorité par les auto-entrepreneurs, qui se reconvertissent après avoir perdu un emploi salarié.

Convergence des colères

Le scénario d'un retour des Gilets jaunes et d'une convergence des colères sociales alimente la peur de nouvelles perturbations et violences dans les centres urbains. Huit ans après l'automne 2018, commerçants, élus locaux et autorités redoutent que la mobilisation contre la vie chère annoncée ce samedi déborde les cortèges déclarés. Partout à Paris, sur l'itinéraire de la manifestation entre la place de la République et la place de Clichy, les palissades de bois recouvrent les devantures.

La différence, en ce 17 octobre 2026, est que la contestation ne vient plus uniquement des territoires périphériques, des automobilistes et des classes moyennes fragilisées. «Elle associe désormais des lycéens, des étudiants, des syndicalistes, des agriculteurs, des chauffeurs de taxi et d'anciens Gilets jaunes. Cette diversité explique une partie de l'inquiétude, sans démontrer pour autant qu'un mouvement national durable soit en train de renaître», juge une note policière révélée par la chaîne BFM TV.

A Paris, 25 stations de métro seront fermées ce samedi à la demande de la préfecture, notamment dans les secteurs de l'Etoile, de la Concorde, de l'Opéra et de l'Assemblée nationale. Mais il n'est pas certain que la mobilisation numérique accouche de protestations massives et violentes dans les rues.

Selon les données de Visibrain rapportées par Le Monde, près de 460'000 messages concernant le 17 octobre avaient été publiés sur les réseaux sociaux depuis le 27 septembre. Les vidéos TikTok mentionnant cette date totalisaient environ 132 millions de vues. Au final, 60'000 à 110'000 protestataires sont attendus dans la France entière, selon les autorités.

Articles les plus lus