En bref
- Selon un sondage Odoxa du 16 septembre 2026, 88 % des Français estiment que la hausse des carburants pourrait déclencher un mouvement similaire à celui des Gilets jaunes en 2018. Des appels à manifester circulent pour le 17 octobre 2026.
- Parmi les raisons principales de cette colère figurent la baisse du pouvoir d'achat (anticipée par 71 % des Français selon Elabe) et un sentiment d'abandon dans les zones rurales.
- 66 % des Français approuvent l'idée d'une nouvelle mobilisation, avec 37 % la soutenant activement. Les habitants des communes rurales se montrent particulièrement favorables, avec un soutien atteignant 77 % selon Elabe.
Rendez-vous samedi 17 octobre. Ce mardi, les dizaines de milliers de lycéens qui sont de nouveau descendus dans la rue en France n'ont plus seulement pour mot d'ordre leur avenir scolaire. Ils évoquent aussi, de plus en plus, la perspective d'un mouvement social de grande ampleur en fin de semaine. Avec pour objectif cette fameuse «convergence des luttes» redoutée par le gouvernement, dans un pays où les problèmes de pouvoir d'achat minent le moral d'une population éprouvée par la hausse des prix du carburant et très dépendante de l'usage de la voiture.
Etonnant spectacle, en effet, que celui des jeunes qui, ce mardi 13 octobre, ont de nouveau bloqué des dizaines de lycées à travers la France. 35% des établissements scolaires étaient «perturbés» à la mi-journée, selon le ministère de l'Education nationale. La grande manifestation parisienne aura lieu à partir de 14 heures, et les autorités redoutent de nouvelles images de violence urbaine en queue de cortège.
Greta Thunberg, la passionaria
Etonnant spectacle, parce que cette mobilisation lycéenne est désormais l'épicentre d'un malaise politique. Les étudiants semblent prêts à embrayer sur les revendications des plus jeunes, et la présence à Paris de l'activiste suédoise écologiste et pro-palestinienne Greta Thunberg, 23 ans, se veut la preuve d'un début d'internationalisation de la contestation. Mais le plus surprenant est le lien que font beaucoup de lycéens en colère avec un autre mouvement, bien éloigné du leur: celui des «Gilets jaunes» de l'hiver 2018-2019. A l'époque, cette contestation populaire venue de la base avait tellement ébranlé le début de la présidence Macron que le gouvernement avait débloqué, dans les mois suivants, 17 milliards d'euros d'aides diverses.
Les lycéens, d'ailleurs, ont maintenant un chiffre à la bouche, en plus de leurs pancartes et de slogans parfois inspirés de ceux de Mai 68, l'année de la grande révolte étudiante. Soutenus fréquemment par les enseignants, ils réclament des investissements de dix milliards d'euros dans l'Education nationale et ne jugent pas suffisante la réponse du ministre, qui promet l'embauche rapide de trois mille enseignants supplémentaires. Dix milliards! Le Premier ministre Sébastien Lecornu redoute ce chiffre qui vient percuter le début du débat budgétaire à l'Assemblée nationale. Lui a posé sur la table un autre montant: 53 milliards d'euros. Soit l'ensemble des économies qu'il promet de faire durant l'année 2027, même s'il sait que le futur président, élu en mai prochain, convoquera sans doute de nouvelles élections législatives.
Colère des lycéens
Les Gilets jaunes peuvent-ils agréger leurs colères à celle des lycéens? L'inquiétude au sommet de l'Etat vient d'un sondage publié le 16 septembre. Selon cette étude de l'institut Odoxa, 88 % des Français pensent que la hausse des carburants pourrait provoquer un mouvement de colère comparable à celui de 2018. 48% des Français, et 65% des catégories populaires, jugent, dans ce même sondage, important l'impact des carburants sur leur budget. Plus grave, la colère dépasse largement le prix de l'essence: alimentation, chauffage, logement et déplacements alimentent le sentiment de perdre progressivement son niveau de vie. Selon un autre institut, Elabe, 71% des Français s'attendent à une dégradation de leur pouvoir d'achat dans les prochains mois.
La force des lycéens est, en plus, qu'ils obligent le gouvernement à venir sur le terrain le plus périlleux qui soit: celui de leur avenir, qui est aussi l'avenir du pays. Si les jeunes Français n'y croient plus, comment envisager de redresser le pays, aujourd'hui écrasé par une dette publique record? C'est cette défiance qui inquiète, car elle constitue une opportunité pour la contestation sociale. En fin de mandat et dans l'impossibilité de se représenter, Emmanuel Macron est une cible parfaite. Dans une enquête Odoxa publiée au printemps 2026, 76% des Français déclaraient ne pas faire confiance à l'exécutif pour protéger leur pouvoir d'achat. 37% affirment qu'ils soutiendraient les Gilets jaunes s'ils revenaient, et 29% disent qu'ils éprouvent de la sympathie pour ceux qui se mobilisèrent en masse durant l'hiver 2018-2019, avec pour point d'orgue le fameux assaut sur l'Arc de Triomphe, le 1er décembre 2018.
Degré préoccupant de violenceLa question, dès lors, est aussi celle de la réponse policière. Jusque-là, les forces de l'ordre ont répliqué aux lycéens sans ménagement, et avec un degré préoccupant de violence que le gouvernement justifie par la présence confirmée de casseurs autour des lycées en grève et dans les manifestations. Or, cette violence peut être contre-productive dans l'opinion, même si la grande majorité des Français souhaite le retour de l'ordre. Il suffirait d'un accident grave pour que tout s'enflamme. Les Gilets jaunes, quant à eux, se souviennent des durs affrontements avec la police. L'un de leurs leaders de l'époque, Jérôme Rodrigues, avait été gravement blessé à un œil. Mais attention: les manipulations sont aussi possibles. Une enquête fouillée du «Monde» a montré que les appels à manifester le 17 octobre étaient lancés par des algorithmes, avec l'aide de l'intelligence artificielle. Pour l'heure, la solidarité avec les lycéens reste confinée aux universités.