En recul partout
Les Verts risquent de tout perdre aux Municipales françaises

Les municipales de 2020, en plein Covid, avaient été marquées par leurs victoires dans plusieurs grandes villes. Cinq ans après, l'heure semble partout au recul pour les Verts.
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A Strabourg, la maire écologiste élue en 2020 fait face à une rude opposition socialiste.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils étaient sortis grands vainqueurs de la pandémie de Covid-19. A l'époque, en 2020, les Français pensaient que l'avenir ne serait plus jamais pareil. Les Verts, avec leur programme de mobilité douce et de réduction de la durée hebdomadaire du travail, avaient le vent en poupe. Les villes de Lyon, Strasbourg, Montpellier ou Bordeaux avaient élu un maire écologiste, rejoignant Grenoble, pionnière en la matière. La nouvelle vague municipale semblait inarrêtable. La gestion durable des villes semblait être la priorité des électeurs.

Changement radical d'ambiance cinq ans après, alors que le Covid et ses tourments semblent des souvenirs si lointains, et que les maires des 35'000 communes françaises doivent être désignés ce dimanche 15 mars, puis le 22 mars en cas de second tour. «Les écologistes peuvent-ils encore surfer sur la vague verte?» interroge la chaîne Public Sénat, focalisée sur les territoires, c'est-à-dire la France provinciale

La preuve: «Les écologistes, qui n’avaient auparavant pas de grande ville, à part Grenoble, se sont retrouvés à la tête de l’exécutif de huit autres communes de plus de 50'000 habitants: Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Poitiers, Annecy, Tours et Colombes.»

La « vague verte » est passée

Même si l’expression de «vague verte» est à relativiser, car dans plusieurs villes comme Bordeaux, Annecy ou Besançon, la dynamique était portée par une liste d’union de la gauche, les écologistes ont accédé au fauteuil de maire «comme jamais auparavant», se souvient Thomas Dossus, sénateur écologiste du Rhône. Problème: le reflux électoral risque de faire mal. Notamment à Lyon, la préfecture du Rhône convoitée par l'ancien président de son club de foot, Jean-Michel Aulas, très anti-écolo.

Pourquoi un pareil retournement? Parce que le «green bashing», la détestation de l'écologie, est redevenu d'actualité. Les énergies renouvelables ont moins la cote, alors qu'Emmanuel Macron veut refaire de la France un champion du nucléaire civil.

Les pistes cyclables exaspèrent les automobilistes. Les fermetures de commerces dans les centres-villes renforcent les opposants aux zones piétonnières. L'augmentation des tarifs de stationnement dans les zones urbaines irrite tous ceux qui ne vivent pas dans les métropoles. 

La preuve par les chiffres? Un sondage du 5 mars de l'institut IFOP est sévère à l’égard des maires écologistes sortants. Alors que 13% des sondés disent regretter d’avoir voté pour leur maire actuel, ils sont 30% parmi ceux qui ont voté pour un maire écologiste. Plus grave: seuls 24% de ceux qui ont voté pour un maire écologiste se disent prêts à recommencer.

L'obsession sécuritaire

Deux sujets risquent de coûter cher aux maires écologistes sortants en France: les problèmes de sécurité dans leurs villes, et leurs alliances passées avec La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, que ses adversaires accusent d'exploiter le communautarisme. Selon l'institut Ifop, les cinq priorités des sondés pour les municipales des 15 et 22 mars sont la sécurité, la santé, les finances locales ou encore la lutte contre les incivilités.

Sur tous ces sujets, les écologistes ne sont guère identifiés. «Le contexte politique de 2020 était très différent», reconnaît, sur Public Sénat, le sénateur Thomas Dossus. «L’adaptation des villes au changement climatique n’est plus au top des priorités. En 2020, il y avait de grandes marches pour le climat organisées dans les grandes villes. Aujourd’hui, à Lyon, il y a des marches de néonazis.» Une référence à la détérioration du climat politique lyonnais, illustrée par la mort, le 14 février, d'un jeune militant identitaire battu à mort par des antifas.

Au vu des enquêtes d'opinion, deux villes pourraient rester assez facilement dans les mains de leurs maires sortants écologistes: Montpellier avec Michael Delafosse et Bordeaux avec Pierre Hurmic. 

Dans un sondage publié le 19 février, Michaël Delafosse est donné en tête à 35%, loin devant le nouveau venu, le richissime homme d'affaires Mohed Altrad (9%). Idem à Bordeaux où le maire écologiste Pierre Hurmic est en tête (31%) du premier tour, suivi par le député macroniste Thomas Cazenave (26%) et l’économiste Philippe Dessertine (17%). Premières réponses ce dimanche 15 mars. 

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