320 000 manifestants
Les 5 leçons de l'acte III de la colère sociale en France

Les manifestations de ce samedi 31 octobre se sont globalement bien passées, malgré des scènes de violence en fin de cortège. Rien n'est toutefois réglé à la veille de l'appel à la grève générale le 5 novembre.
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320 000 manifestants sont descendues samedi 31 octobre dans les rues des villes françaises selon le gouvernement.
Photo: imago/Starface

En bref

  • Lors du troisième samedi de manifestations contre la vie chère, le logement et les conditions d'études, 320 000 personnes ont défilé dans plusieurs villes françaises.
  • Le ministère de l'Intérieur a recensé 422 interpellations et 40 000 contrôles à 20 heures. À Paris, 70 000 manifestants ont défilé sur un trajet imposé en périphérie
  • La mobilisation est en baisse de 22 % par rapport au 24 octobre. Des organisations lycéennes et étudiantes appellent à de nouveaux blocages les 3 et 5 novembre, avec une journée de grève prévue jeudi prochain
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Le gouvernement français redoutait un «Halloween» social, marqué par une nuit de violences dans les grandes villes. A l'issue d'une nouvelle journée de manifestations sociales ce samedi 31 octobre, le risque d'un embrasement semble limité. Le déploiement massif de forces de l'ordre et la relégation des manifestants en bordure des grandes villes ont permis de limiter le spectacle de casse et de pillage. Et maintenant? La colère continue de bouillir dans la cocotte-minute nommée France.

Le gouvernement reprend le dessus

Sur l'aspect sécuritaire, c'est incontestable. Depuis les pillages et les attaques contre des bâtiments publics comme la mairie de Limoges le 17 octobre, le cauchemar de métropoles prises d'assaut par des bandes de casseurs hante le gouvernement. Bonne nouvelle sur le front policier: les scènes de casse ont partout été limitées, et la nuit d'«Halloween» pourrait finalement se terminer mieux qu'anticipé. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a une fois de plus accusé l'ultragauche de susciter la violence. Question: combien de temps les autorités pourront-elles déployer, chaque week-end, 70'000 policiers et gendarmes comme cela a été le cas ce samedi? Si les manifestations se poursuivent, une guerre d'usure va s'installer.

Le pays est paralysé

La reprise en main sécuritaire n'est que la partie émergée, visible, de l'iceberg de colère sociale contre lequel la fin de présidence d'Emmanuel Macron est en train de se fracasser. Dans toutes les villes de France où des manifestations ont eu lieu, le désolant spectacle des boutiques barricadées derrière des palissades de bois donne une idée du coût économique de ces journées de mobilisation. Pour rappel, les lycéens qui rentrent de vacances scolaires ce lundi ont annoncé une nouvelle journée d'action mardi 3 novembre, et les syndicats ont lancé un appel à la grève générale le 5 novembre. La paralysie du pays va se poursuivre.

La gauche radicale confortée

Les accusations portées par le ministre de l'Intérieur contre l'ultragauche et ses actions violentes n'entraînent pas une baisse de popularité de La France insoumise (LFI, gauche radicale) et de son candidat à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. Au contraire: le tout dernier sondage réalisé sur les intentions de vote au premier tour du 18 avril 2027 accorde 18,5 % à celui qui, en mai 2022, a raté de peu la qualification pour le second tour. Moralité: Mélenchon, présent en tête de cortège à Paris, poursuit son OPA sur la gauche alors que le candidat social-démocrate Raphaël Glucksmann a reconnu «éviter» les manifestations. Autre circonstance favorable à LFI: la mobilisation antiraciste après l'assassinat d'un jeune par un extrémiste de droite à Trappes, le 23 octobre. Plus que jamais, Mélenchon se profile comme le candidat anti-RN, populaire auprès de la jeunesse.

Le RN en embuscade

On l'entend peu, sauf pour redire qu'il est le parti de l'ordre et de l'autorité: le Rassemblement national de Marine Le Pen est le grand gagnant de ces journées de colère sociale. Dans les sondages, celle-ci demeure largement en tête avec 33 à 36% des intentions de vote. On connaît aussi les liens entre le parti national-populiste et les forces de l'ordre. Plus les policiers sont attaqués, comme cela a encore été le cas ce samedi avec un jet de cocktail Molotov sur l'un d'entre eux à Paris, plus le RN engrange. Le blocage social du pays, s'il a lieu, pourrait encore lui faire gagner des points.

Sans négociations, un risque XXL

Le gouvernement continue d'affirmer qu'il n'est pas en mesure de répondre aux revendications sociales et lycéennes. Le ministre de l'Education nationale s'est fendu d'une lettre à ceux-ci, pour expliquer que les concessions annoncées lundi 26 octobre (dont un plan de rénovation des lycées à hauteur de 4,5 milliards d'euros, financé par des prêts aux régions) sont les seules possibles à ce stade. Difficile toutefois de croire que l'argument du niveau record d'endettement de la France et de l'impasse dans laquelle se trouve la discussion budgétaire pour 2027 suffise à calmer le jeu social. Les syndicats se savent en position de force face à un président en fin de mandat, qui ne peut pas se représenter. Leur appel à la grève générale, s'il est suivi, sera le prélude à d'autres mobilisations.

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