Ingérences étrangères?
Les 5 questions qui taraudent la police française

Les alertes sur la possibilité d'ingérences étrangères, ou de commanditaires mafieux, lors de la journée noire du 17 octobre en France ont été évoquées lors de la réunion des services de renseignement ce jeudi. La police dispose en effet d'informations concordantes.
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Sur les plateaux télé, les représentants syndicaux de la police commencent à donner une autre version des incidents survenus samedi.
Photo: Dukas
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Combien de temps les policiers français, durement éprouvés par la journée noire du 17 octobre et par plusieurs centaines de blessés dans leurs rangs, garderont-ils le silence? Sur les plateaux de télévision et de radio, leurs représentants syndicaux commencent en tout cas à prendre la parole et à donner des éléments nouveaux sur ce tragique samedi d'émeutes et de pillages.

Ingérences étrangères? Rôle joué par des caïds de banlieues dans l'envoi de jeunes casseurs? Ultra-gauche très organisée? Retour sur les questions qui taraudent les forces de l'ordre avant l'appel à manifester de ce samedi 24 octobre, redouté par les autorités.

Première question, recoupée par Blick lors de plusieurs conversations avec des responsables des forces de l'ordre: l'existence de possibles commanditaires des commandos de casseurs et pillards qui ont déferlé sur les rues commerçantes de Paris, Lyon, Marseille ou Lille. Selon des policiers directement impliqués samedi dans les opérations de maintien de l'ordre, l'arrivée soudaine et massive de centaines de jeunes garçons (pour la plupart), tous vêtus de noir, masqués et cagoulés, n'est pas le résultat d'un concours de circonstances ou d'une opportunité saisie brusquement, grâce à la diffusion d'informations sur les réseaux sociaux. «Il y a eu des consignes données. Des mots d'ordre ont été diffusés», souligne un officier de police parisien.

«Certaines rues commerçantes de Paris, situées près de la place de la République, point de départ des cortèges, avaient été repérées, poursuit-il. On a bien vu que les plus violents des jeunes savaient où il fallait casser. Ils se sont acharnés sur certaines boutiques, comme s'ils avaient reçu des commandes à honorer...» 2500 personnes ont été placées en garde à vue après les émeutes, et 917 ont été déférées pour être jugées en comparution immédiate, en grande majorité des hommes.

A Marseille, plusieurs jeunes filmés par les caméras de surveillance ont été reconnus comme étant des «chouffeurs» habituels sur des points de deal des quartiers nord. Le lien entre caïds des quartiers et pillages n'est donc pas exclu.

«Il faut une décision politique d'en haut»

Deuxième question qui agite les policiers: pourquoi l'exploitation des milliers d'images de vidéosurveillance permet déjà, dans toutes les grandes villes touchées et défigurées par les émeutes, n'a pas encore abouti à des descentes de police dans les banlieues d'où ils provenaient? Il est en effet possible de savoir comment sont arrivés ces jeunes et où ils sont repartis.

Matthieu Rael représente le syndicat Unité Police. Il est formel: «Nous pouvons les pister. Nous en avons les moyens. Mais pour que la police judiciaire intervienne et les interpelle, il faut une décision politique d'en haut. Or cela signifiera d'abandonner d'autres procédures en cours. Tout ça, in fine, pour des vitrines cassées...». Les forces de maintien de l'ordre, qui seront massivement déployées ce samedi, redoutent le retour de casseurs du 17 octobre alors qu'ils auraient pu être interpellés. Mais avec un chiffre record d'arrestations, les commissariats sont pleins.

Troisième interrogation: les peines pas si sévères à l'issue des comparutions immédiates. Sans surprise, la majorité des peines de prison prononcées sont assorties de sursis. Et lorsqu'un mandat de dépôt a été prononcé, comme l'explique bien le site spécialisé «Actu Juridique», la probabilité d'une libération prochaine est forte. En résumé, les pillards n'encourent pas de lourdes peines. Les policiers français vivent aussi très mal la lettre de 137 avocats parisiens selon lesquels «la mobilisation nationale du 17 octobre a donné à voir, comme avocats, une répression historique, politique, commandée et voulue. On est comme souvent lâchés par la justice», peste un syndicaliste policier.

Quatrième interrogation: les raisons de la prudence affichée par le gouvernement français sur les possibles ingérences étrangères? La présence de drapeaux palestiniens dans les cortèges n'a pas étonné, vue la mobilisation pour cette cause au sein de la jeunesse en colère. Mais des drapeaux algériens ont aussi été vus. Une députée du parti de gauche radicale La France insoumise a aussi relayé une info beaucoup diffusée sur un autre 17 octobre.

Le 17 octobre 1961, plusieurs dizaines de manifestants algériens pacifiques avaient trouvé la mort dans Paris. Des corps avaient été retrouvés dans la Seine. Le préfet de police de l'époque était Maurice Papon, plus tard condamné pour crime contre l'humanité pour avoir participé à la déportation des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Deux jours avant, Mathilde Panot, cheffe des députés insoumis, avait appelé à reconnaître le massacre du 17 octobre 1961 comme un «crime d’Etat».

Un réseau algérien?

Une aubaine pour les services de renseignement algériens, très introduits en France? Dans le sillage numérique des 500'000 manifestants, un trafic important de messages a été constaté sur les réseaux sociaux, en provenance «dans une certaine mesure» de comptes étrangers, a reconnu le service Viginum. Les vidéos des violences à Marseille, Lyon, Paris et Limoges ont été largement reprises par les médias d’Etat russes, iraniens, algériens, turcs et chinois.

Une source proche du monde du renseignement fait aussi un possible lien entre les forces d'ultra-gauche désignées par le pouvoir exécutif et une nébuleuse de groupes proches du régime algérien. A Montpellier, Blick a appris que les réseaux de l'ex-influenceur algérien Doualem, ressortissant algérien que la France n'a pas réussi à expulser malgré la tentative de l'ancien ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, sont scrutés de près depuis le 17 octobre.

Dernière question qui taraude les policiers: le rôle justement des réseaux sociaux et de leurs opérateurs, les plates-formes des géants numériques. Pourquoi n'ont-elles pas reçu l'ordre d'interrompre leur service alors que les dégâts s'accumulaient? Matthieu Raël, le syndicaliste, dit ne pas comprendre: «Normalement, en pareil cas, vous coupez l'internet ou vous brouillez les messages. On ne peut pas laisser la propagande imbiber des jeunes qui jettent des pavés sur les policiers.»

Photo: Imago

En Italie, le ministre de la Défense Guido Crosetto, (membre du parti néofasciste Fratelli d’Italia de la présidente du Conseil Giorgia Meloni) n'a pas hésité à parler d'ingérence étrangère après les graves troubles à Milan et Bologne. Il a pointé du doigt la Russie, dont l'adversaire d'ultradroite de Giorgia Meloni, l'ex-général Roberto Navacci, est très proche. Pourquoi cette interrogation n'est pas reprise en France?

Paolo Levi est correspondant à Paris de l'agence italienne Ansa. il s'interroge lui aussi: «La France comme l'Italie ont deux échéances électorales décisives en 2027. Elles sont donc des cibles. Ne soyons pas naïfs (...) Il faut distinguer entre les violences contre les bâtiments publics en France, dont la motivation politique est évidente. Et il y a tout le reste, qui vise à saper la confiance des investisseurs, à déstabiliser les économies..» La journée du samedi 17 octobre, dévastatrice dans plusieurs grandes métropoles françaises et, pour l'Italie, à Milan et Bologne, n'a pas encore livré tous ses noirs secrets.

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