Emmanuel Macron a encore répété, ce lundi 26 octobre à Marseille, que l'Etat «tiendra» face aux manifestations, à six mois de l'élection présidentielle d'avril-mai 2027. Mais quel sera le prix final à payer pour la France si toutes les revendications sont finalement satisfaites, après des journées de protestations et de violences?
Cette interrogation est particulièrement pertinente pour les lycéens qui, avant la fin des vacances scolaires, ont partiellement obtenu gain de cause après avoir été reçus par le Premier ministre. De quoi faire réfléchir sur l'action du gouvernement, alors que, le 7 octobre dernier, Sébastien Lecornu avait repoussé toute concession à la jeunesse en colère.
Première réponse du gouvernement, très symbolique: l'abandon programmé pour 2028 de Parcoursup, la plateforme d'accès à l'enseignement supérieur en place depuis 2018, dont les lycéens dénoncent les algorithmes, qu'ils accusent d'organiser une sélection non dite. Cette plateforme numérique sera réformée, puis remplacée. Une promesse crédible alors qu'un nouveau président de la République entrera en fonction dans six mois?
Problème de sélection
Pas sûr. Mais la mobilisation technique requise pour satisfaire les lycéens va, à coup sûr, compliquer de nouveau la tâche de l'Education nationale. Les syndicats lycéens, pour rappel, demandent l'abrogation de toute sélection à l'université, alors que la France a reculé dans les classements PISA d'excellence éducative en 2026.
Quinze mille places supplémentaires seront ouvertes dans les universités. Sérieux? Pas vraiment. Le candidat Emmanuel Macron, en 2016, prévoyait un «contrat de réussite» entre l'étudiant et son établissement universitaire. On en est très loin.
Seconde réponse, budgétaire celle-là : le déblocage de prêts à taux zéro pour les régions, à hauteur d'environ 5 milliards d'euros (4 milliards pour les lycées, un milliard pour les universités). Problème: les collectivités régionales, responsables des bâtiments des lycées, ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles ne souhaitaient pas emprunter davantage. Il y a donc fort à parier que ces prêts seront transformés en subventions s'ils se matérialisent. Là aussi, Emmanuel Macron ouvre une porte qu'il sera difficile de refermer, à quelques mois de la présidentielle.
Simultanément, le gouvernement a annoncé des prêts similaires pour les commerçants pillés et saccagés lors des émeutes du 17 octobre, qui ont entraîné des dommages matériels évalués à environ un milliard d'euros. La machine à faire des chèques est donc relancée. Chaque commerçant pillé peut obtenir un prêt de 50'000 euros. Rien ne dit, là aussi, que ces avances de trésorerie pourront être remboursées.
Recrutement d'enseignants
Troisième réponse: la réforme des emplois du temps et la remise en cause des suppressions de postes d'enseignants, alors que le nombre d'élèves diminue en raison des évolutions démographiques. Selon les prévisions du ministère de l'Education nationale (DEPP), la France devrait perdre environ 49'000 élèves entre les rentrées 2026 et 2027 dans l'ensemble du second degré, c'est-à-dire collèges et lycées réunis.
Or, le gouvernement va accéder aux demandes des lycéens de plafonner à 28 le nombre d'élèves par classe en seconde (contre 30,2 élèves en moyenne en 2025). Ce qui entraînera des recrutements de professeurs. Trois mille enseignants contractuels ont déjà été embauchés en urgence. Les 4000 suppressions de postes envisagées sont annulées. La masse salariale du ministère va donc augmenter, alors que le projet de budget pour 2027 n'a toujours pas de majorité au Parlement et que le déficit public approchera, fin 2026, 5,4% du PIB.
Dernier point le coût de la violence. Le fait de ne pas répondre immédiatement aux revendications lycéennes a plongé le pays dans deux semaines de convulsions et de violences. Selon le patronat français, le manque à gagner pour l'économie française serait déjà compris entre 800 millions et 1,2 milliard d'euros.
Emmanuel Macron peut toujours promettre qu'il va tenir. La facture de sa présidence finissante, dans les faits, s'annonce toujours plus lourde.