Une vague de désinformation d'une ampleur rarement vue s'est déchaînée autour des manifestations en France, durant ce mois d'octobre. Certaines ont été relayées à la télévision, notamment par CNews, et dans une moindre mesure par BFMTV et Franceinfo. D'autres ont circulé sur X, TikTok, Facebook ou à travers des publications provenant de l'étranger. Une enquête du «Monde» du 23 octobre parle de prolifération de «récits parasites» et souligne l'ampleur de ce phénomène.
Blick a compilé les principales intox qui ont été débunkées par les médias et qui ont fait l'objet de démentis par les autorités.
Les octogénaires dépouillés: fait par IA
Après les manifestations du 17 octobre, une image est devenue virale. Elle était censée montrer un couple de personnes âgées dépouillé de ses vêtements par des émeutiers encagoulés, place de la République à Paris. La photo, qui présentait des anomalies anatomiques, s'est avérée fabriquée par intelligence artificielle (IA), et a été débunkée grâce à des outils de détection de filigranes numériques, comme l'indique «Le Monde».
Bien que fake, l'image a cumulé 10 millions de vues en ligne. Le 17 octobre, elle a été relayée par BFMTV. Le journaliste Dominique Rizet a évoqué ce couple âgé qui aurait été agressé pendant les violences à Paris. Mais outre qu'il s'agit d'une image IA, le récit n'a jamais été corroboré par les autorités. Le parquet de Paris ne dispose d'aucune plainte ni d'élément confirmant une agression correspondant à ce récit.
Des images tournées en Albanie
Puis il y a eu les images tournées en Albanie et présentées comme des images de Paris. Le 24 octobre, CNews a montré des manifestants musulmans se masquant le visage, en affirmant que les images provenaient de Paris, porte d'Italie. Le présentateur Olivier Benkemoun les a décrits comme de futurs casseurs. «On voit des manifestants qui sont en train de transformer leur tenue», a-t-il expliqué en direct, alors qu'on voyait des activistes albanais porter des masques. «C'est significatif: vous étiez dans un cortège de manifestants et vous avez désormais des gens qui se comportent comme de futurs casseurs». En réalité, les images provenaient de Tirana, en Albanie.
La chaîne a reconnu son erreur et présenté des excuses à l'antenne, environ quinze minutes après la diffusion. Olivier Benkemoun a expliqué que l'erreur avait été commise en régie avec les flux vidéo internationaux.
Le même jour, Franceinfo a diffusé des images de canons à eau albanais utilisés lors d'une intervention policière à Tirana, prprésentées omme une scène filmée en direct de Lyon. Le présentateur a corrigé l'information et présenté ses excuses trois minutes plus tard.
Commerces juifs ciblés: fausse rumeur
Le 18 octobre, le journaliste Paul Amar a affirmé sur CNews que des pillards avaient ciblé des commerces appartenant à des juifs tout en épargnant ceux des musulmans. Le CRIF Marseille-Provence et la préfecture de police ont contredit cette version: des commerces appartenant à des personnes de différentes confessions avaient été touchés, sans ciblage religieux spécifique. La préfecture de police des Bouches-du-Rhône a également confirmé que les pillages se sont produits sans distinction religieuse. Le Consistoire israélite de Marseille et le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) n'ont tous deux constaté aucun ciblage religieux.
Des émeutiers armés de kalachnikovs: démenti
Le 18 octobre 2026, sur CNews, Lara Tchekov, journaliste au Journal du dimanche, a affirmé que des émeutiers proches de la mouvance islamiste avaient été repérés avec des kalachnikovs et des pistolets-mitrailleurs à Paris, Marseille et Lyon. Elle présentait initialement ces informations comme provenant de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
Le 19 octobre, la DGSI a formellement démenti ces affirmations auprès de plusieurs médias, dont «Libération», «Le Monde» et BFMTV.
La journaliste a ensuite reconnu une mauvaise attribution de sa source, tout en maintenant disposer d'informations provenant de sources du renseignement. Aucune preuve publique n'a toutefois été produite pour étayer ses affirmations. CNews a également diffusé une mise au point.
Tour Eiffel cernée de cagoulés et de flammes
Sur les réseaux sociaux aussi, une multitude de fausses vidéos ont circulé. Comme celle de la tour Eiffel entourée de manifestants encagoulés, de drapeaux palestiniens, de flammes et des scènes de violence. L'image avait été créée artificiellement et circulait déjà avant le 17 octobre.
Au total, les erreurs, dérapages et les choix éditoriaux discutables ont été si nombreux qu’ils ont provoqué une multitude de saisines de l’Arcom, indique Le Monde. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a même jugé utile, le 22 octobre, d’envoyer un courrier aux chaînes de télévision afin de les rappeler à leurs diverses obligations à garantir au public une information rigoureuse et fiable, et de les appeler à «la plus grande vigilance dans le traitement médiatique de l’actualité».