Le dauphin qui surnage dans les remous
Jordan Bardella réélu à la tête du RN avec un score soviétique

Avec 76'000 voix, Jordan Bardella a été réélu président du Rassemblement national. Malgré des accusations d'antisémitisme, il affirme son rôle de dauphin de Marine Le Pen, qui vise l’Elysée pour une quatrième fois.
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Jordan Bardella a recueilli 75'497 suffrages, contre à peine 779 bulletins blancs.
Photo: AFP

En bref

  • Jordan Bardella est réélu à la tête du RN avec 98,98% et 76'000 voix
  • A Orléans, 13'000 à 26'000 opposants manifestent contre le congrès du RN
  • Accusé d'écrits antisémites, il dément, porte plainte et prépare son prochain livre

Il s'était vu candidat à l'Elysée, il se contentera de la présidence du Rassemblement national. Réélu sans suspense samedi à la tête de son parti – avec 98,98% des voix alors qu'il était le seul candidat – Jordan Bardella a repris son rôle de dauphin de Marine Le Pen, toujours promis à Matignon en dépit des accusations d'antisémitisme qu'il dément farouchement.

Les records chassent les doutes. D'un côté, plus de 76.000 militants qui votent comme un seul homme pour leur chef, seul candidat à sa succession. Chiffre inédit pour un congrès du parti à la flamme et participation triplée en quatre ans, quand Jordan Bardella avait repris les rênes du RN.

De l'autre, entre 13'000 et 26'000 opposants venus manifester à Orléans contre la grand-messe de la formation d'extrême droite. Mobilisation sans égale depuis le congrès de Strasbourg il y a près de trente ans, à l'époque du Front national d'un Jean-Marie Le Pen en guerre larvée avec son numéro deux Bruno Mégret – qui avait fini par faire scission.

Une victoire à portée de main

Les temps ont changé, l'unité est de mise. Car la victoire semble à portée de main, sous l'égide d'une Marine Le Pen lancée dans sa quatrième course à l'Élysée après avoir longtemps redouté d'en être empêchée par la justice.

Son dauphin, à qui elle avait demandé des mois durant de se préparer à la suppléer au cas où, quitte à nourrir la chronique de leurs divergences, avait ostensiblement accusé le coup au début de l'été. «Je ne suis pas un robot. Quand ça va mal, ça se voit», a-t-il reconnu depuis.

Péché d'orgueil excusé par un proche de la patronne: «Évidemment, quand on vous débranche comme ça, c'est extrêmement violent». Un autre cacique exhorte son cadet à la patience, après tout à 31 ans «il est encore jeune».

Assez en tout cas pour savourer l'insouciance de vacances avec sa compagne Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, entre la Côte d'Émeraude sarde et la Riviera française. De quoi se requinquer avant la bataille présidentielle.

Le parti «fait tapis»

Reparti du bon pied à la rentrée, l'ex-«plan B» n'a pas ménagé ses efforts, de la foire de Châlons au Mondial de l'Auto, avec quelques détours en Angleterre, en Italie et en Espagne pour asseoir sa stature de Premier ministre putatif.

Sans oublier de se montrer à la basilique de Menton pour une messe le jour des élections sénatoriales, manière de donner corps à la rumeur d'un parachutage sur la côte d'Azur aux prochaines législatives. Mais à peine avait-il eu le temps de célébrer l'entrée fracassante du RN à la chambre haute, que la dolce vita a subitement pris fin.

Stoppée net par les révélations de Mediapart, sur ces écrits de jeunesse antisémite dont le site d'investigation affirme qu'il en est l'auteur – et qui l'ont amené à porter plainte pour diffamation. A nouveau, le visage s'est fermé. Le ton s'est durci contre une presse «d'extrême gauche» qui voudrait «l'assassiner politiquement».

Jordan Bardella, victime d'une «barbouzerie»?

Sa défense, basée sur le déni, a beau avoir été fragilisée par les enquêtes d'autres médias, Jordan Bardella persiste, se pose en victime d'une «barbouzerie». Stratégie sans retour, qui entraîne tout le parti avec lui.

Marine Le Pen la première, qui le dit «innocent» et lui proclame sa «confiance à 1.000%». Guidés par leur championne, tous les cadres serrent les rangs, même si un de ses lieutenants admet «avoir fait tapis» pour soutenir ce président balloté comme jamais.

Porté par les siens, la jeune figure de proue nationaliste s'efforce de tourner la page et se projette déjà vers la promotion de son troisième livre, «Gouverner», à paraître le 4 novembre – toujours chez Fayard, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Un livre-programme qui va le conduire en tournée au moins jusqu'à la fin de l'année, auprès d'admirateurs qui seront autant d'électeurs convaincus. Idéal quand on mène campagne pour rétablir son image.

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