Gabriel Attal y croit. La preuve: l’ancien Premier ministre, qui a dirigé le gouvernement français pendant huit mois (du 9 janvier au 5 septembre 2024), est désormais candidat à l’élection présidentielle de mai 2027. Un de plus!
Après les déclarations de candidature d’Edouard Philippe – premier à s’être lancé dans la course –, de Bruno Retailleau ou de Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal espère que les sondages plutôt flatteurs (28% d’intentions de vote, derrière les deux candidats possibles du Rassemblement national, Marine Le Pen ou Jordan Bardella) se transformeront en suffrages. En misant, entre autres, sur sa parenté politique avec Emmanuel Macron, à qui il doit tout.
Suffrage universel
Y croire n’est toutefois pas l’essentiel. Encore faut-il, en France où la présidentielle se joue au suffrage universel à deux tours, se qualifier d’abord pour la finale avant d’espérer être élu. Encore faut-il, surtout, disposer d’un appareil de campagne solide et d’une capacité à rassembler au-delà de son camp.
Or Gabriel Attal, issu du Parti socialiste mais désormais positionné au centre droit, est surtout fort en… relations publiques et en communication. Les réseaux sociaux l’encensent. Il a le sens de la formule, comme lorsqu’il martela, dans son discours de politique générale à la tête du gouvernement, le 30 janvier 2024: «Tu casses, tu répares. Tu salis, tu nettoies. Tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter.»
Bref, Attal est une créature 100% médiatique. Il a, jadis, fait un bout de chemin dans les cabinets ministériels socialistes, sous la présidence de François Hollande. Il profite de son physique avantageux de jeune garçon bien sous tous rapports. Et après? Là, cela commence à se corser…
La fameuse dissolution
Le premier obstacle, pour celui qu’Emmanuel Macron propulsa au sommet avant de l’ignorer lorsqu’il décida de dissoudre l’Assemblée nationale en juin 2024, est son profil de Parisien pur jus. Un Parisien des beaux quartiers, issu d’une famille juive enracinée dans le milieu culturel de la capitale française. Aucune trace d’aventure ou d’audace professionnelle entrepreneuriale dans son CV.
Emmanuel Macron, on le sait, était passé par la finance, via la banque Rothschild. Gabriel Attal est un apparatchik. Sa force est d’avoir, pendant des années, mouliné des idées pour les autres. Celui qui doit devenir son mari cet été, le commissaire européen Stéphane Séjourné, est du même acabit. Deux experts en tactique politique. Mais un seul programme, au fond: revisiter le macronisme en le corrigeant selon les enquêtes d’opinion.
Deuxième obstacle: les Français. Gabriel Attal a choisi, ce vendredi 22 mai, de lancer sa campagne dans l’Aveyron, en plein Massif central, loin des paillettes parisiennes. Une volonté évidente de recoller avec le terrain, mais quid de sa capacité à être un candidat populaire?
La force de Macron, en 2016, fut d’apporter un nouveau souffle et de faire rêver une partie de la jeunesse résolue à entreprendre et à créer, dans une société de plus en plus numérique. Fin de partie. Il ne reste du macronisme que l’engagement européen et les efforts d’attractivité économique. Que peut proposer Gabriel Attal face aux discours radicaux du Rassemblement national ou de La France insoumise, dont le candidat Jean-Luc Mélenchon est déjà lancé à pleine vitesse?
Attention à la concurrence
Troisième obstacle, enfin: la concurrence. Gabriel Attal marche sur les mêmes plates-bandes qu’Edouard Philippe, lui aussi ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron. Gare à la collision!
Le maire du Havre est davantage à droite, mais il quadrille le terrain. Attal, lui, a le handicap d’être un élu parisien. Sa circonscription de Vanves, au sud de Paris, est une niche pour classes moyennes supérieures. Edouard Philippe, au moins, peut tirer avantage de sa connaissance des problèmes économiques et sociaux grâce au port du Havre. Il est «au contact» des réalités. Entre ces deux hommes, la bataille s’annonce donc féroce.
Il manque en fait à Gabriel Attal un élément clé, qu’il attend sans doute: l’adoubement. Etre adoubé par Emmanuel Macron, ce président avec lequel il joue ces temps-ci la partition du «Lui, c’est lu; moi, c’est moi». Macron est, en théorie, un boulet politique en fin de mandat. Mais il conserve une crédibilité et une force de frappe politique. Attal en a besoin.
Or l’actuel président de la République a jeté son dévolu sur un autre protégé: le Premier ministre Sébastien Lecornu. Au point que pas mal d’observateurs estiment que ce dernier, malgré ses dénégations, pourrait bien être, dans les urnes, le troisième héritier de la Macronie en fin de parcours.