Enquête pas publiée
Un garde suisse accusé d'antisémitisme, le Vatican se mure dans le silence

Un garde suisse aurait tenu des propos antisémites à l'encontre de deux Israéliennes. Le Vatican garde les résultats d'une enquête sous clé.
Un garde suisse aurait proféré des insultes antisémites à l'encontre de l'autrice israélienne Michal Govrin.
Photo: IMAGO/Avalon.red
Raphael Rauch

L'autrice israélienne Michal Govrin porte de graves accusations contre la Garde suisse. «C'est un peu le même schéma que lors d'un viol: on fait passer la victime pour coupable», écrit l'autrice de 75 ans dans un essai que Blick s'est procuré.

Elle reproche à un garde suisse d'avoir tenu des propos antisémites contre elle et la professeure israélienne, Vivian Liska. L'incident s'est produit en marge de festivités organisées au Vatican en octobre 2025.

Le garde nie

Le pape Léon célébrait à ce moment-là les 60 ans de «Nostra aetate» («à notre époque»). Cela marque la fois où l'Eglise catholique a reconnu que les juifs ne pouvaient pas être tenus pour responsables de la crucifixion de Jésus. L'Eglise avait prôné une réconciliation judéo-catholique et condamne depuis toutes les formes d'antisémitisme.

Michal Govrin et Vivian Liska ont participé aux célébrations à Rome. Sur le chemin du Vatican, un membre de la Garde suisse pontificale aurait prononcé le mot «juif» avec dégoût. Vivian Liska se serait alors adressé à lui: «Avez-vous dit 'juifs'?» Le garde aurait nié en bloc: «Je n'ai pas dit ça.» Vivian Liska l'aurait donc accusé de mentir.

«En réponse, le garde a fait un bruit de crachat dans notre direction», affirment les deux femmes. «Encore sous le choc, nous avons continué notre chemin. Nous avons déposé une plainte auprès de son supérieur. Il a promis que l'incident ferait l'objet d'une enquête», écrit Michal Govrin dans son essai. 

Des preuves limitées

Mais le Vatican reste silencieux à propos de ce sujet. «On nous a dit que les caméras de sécurité n'enregistraient pas de son. Les preuves sont donc limitées», déplore Michal Govrin. «Les résultats de l'enquête n'ont toujours pas été publiés et nous n'avons reçu aucune excuse officielle.»

Au lieu de cela, un magazine catholique en ligne a attisé les tensions contre les deux Israéliennes. Il a affirmé qu’elles auraient mis en scène l'incident afin d'influencer le nouveau pape Léon, le poussant à adopter une ligne pro-juive. 

Des propos qui choquent Michal Govrin. Elle y voit un schéma préoccupant, où les victimes se retrouvent soudainement désignées comme coupables. «J'ai appris comment les faits perdent leur crédibilité, sont violemment contestés ou déformés par des astuces linguistiques», écrit-elle. «C'est un mécanisme bien connu dans les affaires de viol, dans lesquelles la victime est transformée en coupable.»

Pour Michal Govrin, une chose est sûre: la politique du gouvernement israélien ne légitime pas l'antisémitisme. «La guerre à Gaza doit faire l'objet d'une enquête», estime-t-elle. «En Israël, nous sommes appelés à examiner et à juger chaque action de l'armée. C'est nécessaire pour garantir notre action morale.» Elle exige ainsi que le Vatican prenne ses responsabilités et communique de manière transparente sur les résultats de l'enquête.

La Garde suisse fait la sourde oreille

Malgré les demandes répétées de Blick, la Garde suisse se mure dans le silence, ne souhaitant pas communiquer les résultats de l'enquête interne. Dans un premier temps, elle a nié le caractère antisémite de l'incident, évoquant une simple demande photo. De leur côté, les deux Israéliennes nient cette version des faits. 

Le conseiller national grison Martin Candinas est président de la fondation de la Garde suisse pontificale. Il n'a pas souhaité s'exprimer sur l'incident.

Articles les plus lus