Il n'y avait pas assez de gilets de sauvetage
Au moins huit morts et 17 disparus dans un naufrage au large de Chypre du Nord

Un ferry transportant 267 personnes a sombré en quelques heures dimanche. Le bilan provisoire fait état d'au moins huit morts et 17 disparus. Le capitaine et sept membres d'équipage ont été jetés en prison, les rescapés dénoncent un manque de gilets de sauvetage.
Au moins huit personnes ont trouvé la mort et 17 sont portées disparues au soir du naufrage d'un ferry bondé, qui a rapidement coulé au large de la République turque de Chypre du Nord.
Photo: AFP

Au moins huit personnes ont trouvé la mort et dix-sept sont portées disparues au soir du naufrage d'un ferry bondé, qui a rapidement coulé au large de la République turque de Chypre du Nord (RTCN, autoproclamée) et dont le capitaine a été placé en garde à vue.

Les causes du naufrage sont encore incertaines mais plusieurs passagers ont témoigné d'une «explosion» et d'un manque criant de sécurité à bord, en particulier d'un nombre insuffisant de gilets de sauvetage et d'assistance de la part de l'équipage.

«Certaines personnes ont dû sauter sans bouées ni gilets de sauvetage. C'était littéralement une lutte pour la survie» a témoigné un jeune homme, Efe Mültici, à CNN Türk.

Selon lui, le bateau a commencé à prendre l'eau 20 à 25 minutes après son départ, en retard en raison du vent, vers midi locales (09H00 GMT) de Girne/Kyrenia, sur la côte de la RTCN, sans que l'équipage ne réagisse.

«L'absence de gilets de sauvetage a été un énorme problème pour nous» a-t-il répété en évoquant des soubresauts du bateau: «C'était comme dans une gondole», a-t-il mimé.

514 m de profondeur

Selon les autorités locales, le bateau transportait 267 personnes au total: 161 personnes secourues «ont été transportées à l'hôpital et 76 ont retrouvé leurs familles». Dix-sept personnes sont toujours manquantes, selon l'agence officielle chypriote TAK.

Le Premier ministre de la RTCN, Unal Ustel, a annoncé le placement en détention du capitaine et de sept membres d'équipage.

Quelques heures après s'être couché sur le flanc, l'avant plongé dans l'eau, le bâtiment a «complètement coulé à une profondeur de 514 mètres», a rapporté le ministre des Transports de la RTCN Erhan Arikli indiquant que sa «boîte noire» permettra de comprendre les causes du naufrage.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a indiqué lors d'une cérémonie publique que «les efforts pour retrouver les disparus se poursuivaient sans relâche».

Erhan Arikli, ministre des Transports de la RCTN, a évoqué pour sa part «des allégations faisant état d'un objet qui aurait heurté le navire».

Les vidéos amateurs diffusées sur le réseau X ont montré le ferry couché, à demi-immergé par l'avant, avec des passagers juchés sur ses flancs attendant les secours.

Un passager non identifié, d'une cinquantaine d'années, a fait état d'une «explosion» à l'avant du bateau où il avait pris place, qui a fait voler les vitres en éclats.

Interrogé par les chaînes de télévision locales, l'homme à la barbe grisonnante a assuré avoir passé «une heure et demi dans l'eau» avant d'être secouru.

«L'avant a explosé, (le bateau) a essayé de faire demi-tour. Et les vitres latérales ont explosé», a-t-il déclaré, choqué, affirmant que de nombreuses personnes étaient à l'intérieur.

Nombreux débris flottants

Le rescapé a accusé par ailleurs le capitaine d'avoir sauté le premier «sans rien organiser».

Un autre témoin, trentenaire, a corroboré la thèse de l'explosion. Il dit avoir signalé des infiltrations au capitaine. «Les sièges ont commencé à flotter, le capitaine a continué et l'avant a explosé».

Les images des chaînes de télévision turques ont montré le bateau balloté, en partie immergé dans une mer formée, avec des vagues moutonnantes mais par beau temps, ainsi que de nombreux débris flottants à la surface.

Les passagers évacués, visiblement choqués, portaient des gilets de sauvetage orange selon ces images, qui montrent également de nombreux véhicules de secours et des hélicoptères positionnés à terre.

«Tous les préparatifs nécessaires ont été effectués afin de permettre une intervention rapide des secours et des services de santé», a précisé le ministère de la Santé local dans un communiqué.

«Toutes les mesures ont été prises, tant au port que dans les hôpitaux publics et privés, afin de pouvoir répondre rapidement aux besoins éventuels», insiste le ministère.

La RTCN, reconnue par la seule Turquie, a proclamé son indépendance de Chypre en 1983, neuf ans après l'invasion par l'armée turque du nord de l'île, suite à un coup d'état nationaliste chypriote soutenu par la Grèce. Elle occupe environ un tiers de l'île.

Parfois considérée comme la «82ème province de Turquie» tant elle dépend de son puissant parrain pour sa survie, la RTCN a pu aussi compter sur son soutien.

Le président Erdogan devait se rendre lundi sur l'île pour une visite officielle à son homologue Tufan Erhurman. Celle-ci semble cependant annulée. La présidence turque a annoncé dimanche qu'il se rendrait à Bichkek, au Kirghistan, «le 31 août et 1er septembre».

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