Echec électoral pour la CDU
Ces 5 leçons des urnes vont transformer l'Allemagne

L'échec cuisant ce week-end de la CDU, le parti conservateur qui dirige la coalition au pouvoir en Allemagne, préfigure une situation politique de plus en plus intenable. Avec la droite nationale-populiste plus que jamais en embuscade.
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Friedrich Merz est plus affaibli que jamais à la tête de la République fédérale.
Photo: AFP
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Et de trois! Après son échec cuisant en Saxe-Anhalt face à l’AfD (le parti d’extrême droite), la CDU du chancelier allemand Friedrich Merz vient à nouveau de mordre, par deux fois, la poussière dans les urnes. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l’AfD arrive à nouveau en tête, même si le SPD social-démocrate résiste mieux que prévu. Tandis que la CDU plafonne à 5% dans les premières estimations. Idem à Berlin, la capitale fédérale, où le parti de gauche radicale Die Linke double son résultat de 2023 pour atteindre 25,7% des voix. Le parti de droite se classe second avec 19,7% des suffrages, mais le score de l’AfD, en progression de 6,5% par rapport aux élections de 2023, avec 15,6% des voix, démontre que le parti chrétien-démocrate a le dos au mur.

Quelles leçons tirer de ces deux scrutins, après celui de Saxe-Anhalt le 6 septembre? Il y en a cinq, et toutes conduisent à une révolution politique en cours dans la première puissance économique du continent européen.

La CDU est le parti de la défaite

Pour le parti du chancelier Friedrich Merz, arrivé en tête des élections législatives de février 2025 (28,5% des voix contre 20,8% pour l’AfD), la coupe est pleine. Cette année et demie d’exercice du pouvoir par la coalition constituée avec le SPD social-démocrate a déboussolé les électeurs conservateurs. Jugez plutôt: la CDU échoue à entrer au Parlement du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, faute d'atteindre la barre éliminatoire des 5%! Une première dans un parlement régional depuis 1945! «Certains diront: ce ne sont que des élections régionales. Mais ce sont des élections régionales qui, après celles en Saxe-Anhalt, il y a quinze jours, s’inscrivent dans un changement d’époque politique en Allemagne», prédit l’universitaire Gilbert Casasus. Et d’ajouter: «La RFA devait son système démocratique à l’existence desdits partis du Peuple, les «Volksparteien», la CDU/CSU et le SPD. Or, ces élections sonnent le tocsin de ce système. C’est la fin du système démocratique des «Volksparteien», instauré en 1949. En toute logique, la Grande Coalition est condamnée à court et à moyen terme. Pour beaucoup d’Allemands, elle n’a que trop duré.»

Friedrich Merz est le chancelier de l’échec

«Merz est aujourd’hui le symbole de l’échec d’un système obsolète, le symbole de l’échec de la Grande Coalition. Le SPD fut le premier parti à payer le prix de cette crise de légitimité politique, note Gilbert Casasus. Depuis ce 20 septembre 2026, c’est au tour de la CDU de le payer. Friedrich Merz devient, après ces trois scrutins, un chancelier affaibli et amoindri du pays «moteur de l’Europe», et ceci après seulement 17 mois à la tête du gouvernement.» Attention: ces trois scrutins régionaux n’ont pas d’impact direct sur le gouvernement fédéral. Mais l’on ne peut pas s’empêcher de faire le parallèle avec le Royaume-Uni, où l’ex-Premier ministre Keir Starmer a démissionné en raison de son impopularité. L’universitaire suisse regarde dans cette direction: «Merz a déçu, dans et pour, un pays qui est devenu un facteur d’inquiétude. Il n’est pas à la hauteur de sa tâche, ce qu’il refuse de comprendre. Sa démission pourrait servir l’Allemagne, lui qui est en train de la desservir grandement!»

La radicalité politique est payante

En français, on parle de «dégagisme». C’est ce qui se passe en Allemagne où, même si le SPD résiste mieux que prévu en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les deux partis les plus radicaux ont le vent en poupe. Les progressions les plus nettes sont celles de l’AfD, qui passe en Poméranie de 16,7% à environ 38%, et de Die Linke à Berlin, qui arrive autour de 25% et prend la première place. L’AfD progresse également fortement à Berlin. Pour rappel, l’AfD a obtenu, le 6 septembre, 43,8% des voix en Saxe-Anhalt, contre 20,8% en 2021. Le basculement politique est spectaculaire, même si on ne peut pas extrapoler mécaniquement ces résultats à toute l’Allemagne. Deux des trois Länder concernés, Saxe-Anhalt et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, appartiennent à l’ancienne Allemagne de l’Est, où le rapport de forces partisan est sensiblement différent.

La RFA est une cocotte-minute

Comment conserver à la tête du pays un gouvernement et une coalition inchangés alors que la tempête déferle? Le fait est, pourtant, que rien ne devrait changer à court terme. Il est en effet peu probable que l’AfD puisse accéder aux affaires régionales, et a fortiori nationales. Que va-t-il se passer à plus long terme, en revanche? «Tout dépend d’un facteur clé, juge Gilbert Casasus: la résistance des conservateurs à toute forme d’alliance avec l’AfD; c’est là le débat sur le fameux «pare-feu», menacé de voler en éclats.» Autre facteur qui rend la situation politique effervescente : la fracture politique entre l’Ouest et l’Est de l’Allemagne, à l’aube du 37e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

L’Europe peut trembler

Gilbert Casasus est membre du conseil de la Fondation Jean Monnet à Lausanne. Il a enseigné les questions européennes à l’Université de Fribourg. Son avis? «Ces élections régionales allemandes sont une très mauvaise nouvelle pour l’Union européenne. L’AfD est profondément anti-européenne et ne désire qu’une seule chose: une Europe allemande. Et là, elle n’est pas la seule à le désirer en Allemagne.» Cet expert va encore plus loin: «Le temps est venu de s’interroger sur le bilan allemand au sein de l’UE. Elle se veut dominatrice, à l’exemple des décisions et des méthodes d’Ursula von der Leyen. Voilà qui n’est pas fait pour plaire à tout le monde, notamment aux yeux de plusieurs partenaires, dont la France et l’Espagne. Et quant au franco-allemand, Berlin en a fait, pour l’instant, son deuil, ce que Paris refuse de reconnaître. De Weidel à Le Pen, la route de l’extrême droite européenne est toute tracée!»

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