Alice Weidel riposte
Guerre ouverte au Bundestag: Friedrich Merz règle ses comptes avec l'AfD

Friedrich Merz, chancelier allemand, riposte à l'AfD après sa victoire en Saxe-Anhalt. Lors d'un débat au Bundestag, il a accusé le parti de vouloir «déstabiliser l'Allemagne» avec sa politique migratoire et son soutien à la Russie. Alice Weidel a sévèrement répliqué.
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Le chancelier allemand Friedrich Merz semble être au bord de la défaite.
Photo: IMAGO/dts Nachrichtenagentur
Marian Nadler

Le chancelier allemand et président de la CDU, Friedrich Merz, fait preuve d'autocritique après la débâcle électorale dans le Land de Saxe-Anhalt. Il a fixé un objectif à son gouvernement: mieux expliquer la politique aux citoyens. «Nous devons essayer de mieux toucher les citoyens, notamment en tenant compte de leur dimension émotionnelle.»

Une première occasion de le faire s'est présentée à lui, mercredi matin, dans le cadre d'un débat général organisé au Bundestag, le Parlement allemand. Une prise de parole précédée par celle de la présidente de l’AfD, Alice Weidel, qui a profité de la victoire électorale de son camp en Allemagne de l’Est pour lancer une critique générale à l’encontre du gouvernement Merz.

«C'est fini»

«La coalition noir-rouge, c’est fini», a-t-elle déclaré en référence à la coalition formée par la CDU/CSU (noire) et le SPD (rouge), avant de s’en prendre à la politique budgétaire et migratoire de l'alliance. S’adressant au SPD, Alice Weidel, qui vit en Suisse, a ajouté: «Les électeurs de cet ancien parti ouvrier sont désormais nos électeurs.» Pour elle, le constat est clair: les partis au pouvoir seraient depuis longtemps en passe de devenir des petits partis.

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Les rires incrédules des membres du SPD et de la CDU n'ont pas destabilisé la responsable d'extrême-droite, qui a aussitôt asséné: «Arrêtez de rire.» Les travailleurs «saignent» à la pompe, tandis que les délinquants immigrés clandestins sont choyés par le gouvernement, a-t-elle poursuivi.

Et de lancer: «Nous devons mettre un terme à l’immigration massive qui pèse sur nos systèmes sociaux. Les citoyens veulent un changement politique – et ils l’obtiendront. Ils nous confieront la formation du gouvernement lors des prochaines élections». Une conclusion accompagnée par les applaudissements soutenus de son groupe parlementaire.

L'AfD veut déstabiliser l'Allemagne

Friedrich Merz a lui réagi à ce discours particulièrement virulent avec une réplique cinglante: «Vous n’avez pas obtenu 56% des voix en Saxe-Anhalt. Vous ne disposez pas de la majorité absolue et vous ne l’obtiendrez pas non plus en Allemagne. Vous n’obtiendrez la majorité absolue nulle part en Allemagne. Vous restez une force destructrice!»

Le chancelier s'est ensuite attaqué à la position de l’AfD vis-à-vis de la Russie. Il a notamment accusé Alice Weidel de ne pas s'être exprimée sur l’attaque de drone à l’aéroport de Leipzig. «Pas un mot de votre part sur ce qui se passe ici», a-t-il déclaré.

Les propositions de l'AfD en matière d'immigration ont elles aussi été fortement critiquées par Friedrich Merz: «La 'remigration' n’est qu’un autre mot pour désigner le nettoyage ethnique.» Les hôpitaux, les maisons de retraite, les restaurants et les entreprises artisanales ne pourraient plus fonctionner sans la main-d’œuvre immigrée qualifiée. «Vous voulez déstabiliser notre pays», a fustigé le chef de la CDU.

Mettre fin au «mur de feu»

«Abandonner n’est pas une option pour moi», avait déjà déclaré Friedrich Merz lundi. Selon le journal «Bild», les chrétiens-démocrates se demandent néanmoins s’il est toujours l’homme de la situation. Tino Schomann, vice-président du Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, dans le nord-est de l’Allemagne, où un nouveau Landtag sera élu le 20 septembre, a d'ores et déjà réclamé sa démission.

Le quotidien rapporte par ailleurs que deux chefs de gouvernements locaux se seraient prononcés en faveur d’une collaboration plus étroite avec l’AfD. Il s’agirait notamment du ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer, et du ministre-président de Hesse, Boris Rhein. Aucun signal de ce type n’a pour l’instant été émis du côté de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, région dirigée par le ministre-président Hendrik Wüst et plus grande section locale de la CDU. Du côté de la CSU – parti-frère bavarois de la CDU – et de son chef Markus Söder, un rapprochement de semble pas non plus d'actualité.

Pour Friedrich Merz, la situation deviendra réellement délicate, voire intenable, en cas de défaite lors élections en Mecklembourg-Poméranie occidentale. Selon les derniers sondages, la CDU recueillerait qu’à peine 8% des voix. Si cette tendance se confirme au soir de l'élection, le débat interne au parti sur le «mur de protection» contre l’AfD, que Merz défend farouchement, pourrait alors véritablement s’enflammer. Et le «cri de triomphe» d'Alice Weidel, comme le décrit «Der Spiegel» risque bien d'être encore plus retentissant.

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