En bref
- Un tribunal argentin a ordonné la restitution du tableau «Portrait d'une dame» de Giacomo Ceruti, volé par les nazis, à Marei von Saher, unique héritière du galeriste Jacques Goudstikker. L'œuvre, retrouvée en 2025 dans une maison de Mar del Plata, avait été spoliée aux Pays-Bas durant la Seconde Guerre mondiale.
- Le tableau a été identifié grâce à une photo dans une annonce immobilière. Patricia Kadgien, fille d’un dignitaire nazi, et son époux ont accepté sa restitution et renoncé à toute revendication judiciaire.
- L’œuvre, en bon état et authentifiée, faisait partie d'une collection de plus de 1'000 tableaux volés par les nazis. Une somme de 4,8 millions de pesos (environ 2'200 euros) sera versée à des hôpitaux locaux, et le tableau pourrait être exposé à Buenos Aires pendant un an.
La justice argentine a ordonné vendredi la restitution à l'unique héritière d'un galeriste juif néerlandais d'un tableau du XVIIIe siècle volé par les nazis et retrouvé l'an dernier dans une maison de Mar del Plata, selon la décision d'un tribunal fédéral.
Le juge fédéral, Santiago Inchausti, a indiqué qu'«il allait ordonner la restitution du tableau à l'héritière», conformément à un accord conclu entre les parties, un an après que l'huile sur toile de l'Italien Giacomo Ceruti (1698-1767) a été identifiée sur une photo figurant dans une annonce immobilière, après des décennies de recherches. «Portrait d'une dame» était détenu par Patricia Kadgien, fille de l'ancien dignitaire nazi Friedrich Kadgien. Elle et son époux, Juan Carlos Cortegoso, ont été inculpés pour recel en septembre dernier et placés en détention à domicile. L'affaire avait débuté avec la publication d'une annonce immobilière de la maison des Kadgien à Mar del Plata (est). Un journal néerlandais avait relevé la présence de l'oeuvre disparue sur une photo. Saisie, la justice argentine avait diligenté des perquisitions et le tableau avait été retrouvé.
L'oeuvre appartenait au galeriste Jacques Goudstikker, dont la collection a été pillée par l'occupant nazi aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale. L'accord entre les parties prévoit que le couple accepte la restitution du tableau à la belle-fille et unique héritière de Jacques Goudstikker, Marei von Saher, et renonce à toute revendication judiciaire. Il prévoit également une donation de 4,8 millions de pesos (environ 2.200 euros) à des hôpitaux locaux. «Les mis en cause se sont essentiellement engagés à renoncer à tout droit sur le tableau qui va être restitué à la famille du galeriste», a expliqué à l'AFP le procureur fédéral, Carlos Martinez. L'oeuvre «est en bon état de conservation et les expertises ont confirmé son authenticité», a-t-il ajouté.
Bientôt exposé?
Dans un premier temps, la défense des Kadgien avait tenté de faire valoir que le délit était prescrit. Cependant, les crimes commis dans le cadre d'un génocide sont imprescriptibles, conformément à la législation argentine et au droit international. Friedrich Kadgien a été conseiller financier du criminel de guerre allemand Hermann Göring, qui durant le régime nazi avait amassé une fortune colossale, notamment par la spoliation de biens juifs.
Des milliers de nazis ont traversé l'Atlantique après la guerre, passant ou se réfugiant en Argentine et au Chili notamment. Le tableau a été confié à la Cour suprême argentine, auprès de laquelle les représentants de l'héritière devront effectuer les démarches pour sa restitution effective. «Portrait d'une dame» faisait partie de plus de 1.000 oeuvres d'art volées dans la collection de Goudstikker lors de l'occupation nazie des Pays-Bas.
Le galeriste a fui son pays quelques jours après l'invasion en 1940, laissant derrière lui une multitude d'oeuvres qui furent réparties entre de hauts responsables allemands. Après la guerre, l'Etat néerlandais en a récupéré quelque 300, dont la plupart ont ensuite été restituées aux héritiers du galeriste. Le tableau retrouvé en Argentine pourrait rester encore un peu dans le pays à des fins de sensibilisation. «L'intention de la famille est qu'il soit exposé à Buenos Aires pendant au moins un an», a déclaré à l'AFP Guillermo Brady, avocat de Mme Saher.