Après la débâcle au Texas
Trump risque de rapidement se transformer en canard boiteux

Les républicains perdent les élections, même dans le très conservateur Etat du Texas. La base s'effrite dans tout le pays. Donald risque gros et pourrait être en danger lors des élections de mi-mandat en novembre.
1/5
Donald Trump domine encore les républicains, mais des résultats électoraux comme ceux du Texas mettent de plus en plus de pression sur sa force de frappe politique.
Photo: Keystone
BlickMitarbeiter06.JPG
Chiara Schlenz

Un district sénatorial texan, une élection partielle hors radar national et un résultat qui fait trembler Washington. Ce qui vient de se produire au Texas pose une question dérangeante: et si le pouvoir des républicains était plus fragile qu’ils ne l’admettent?

Un bastion républicain renversé

Dans le district 9 du Sénat, autour de Fort Worth, le démocrate Taylor Rehmet a remporté l’élection partielle avec près de 14 points d’avance. Un séisme politique dans une circonscription contrôlée par les républicains depuis des décennies. Lors des dernières élections présidentielles, Donald Trump y avait triomphé avec environ 17 points d'avance. Aujourd'hui, la circonscription bascule de manière spectaculaire.

Le plus explosif n’est pas seulement le score, mais le contexte. La candidate républicaine Leigh Wambsganss disposait de beaucoup plus d'argent, de réseaux locaux puissants et du soutien total de la direction du parti. Donald Trump est également intervenu personnellement, l'a félicitée publiquement et a appelé à voter pour elle… en vain.

Le Texas, un sismographe politique

Dans ce fief républicain par excellence, un tel basculement sonne comme un signal d’alarme. Ici, comme dans tout le pays, les élections partielles servent de sismographes: elles montrent quel parti a le vent en poupe et lequel commence à battre de l'aile.

Le Texas n'est pas seul dans ce cas. Ces derniers mois, les républicains ont subi une série de défaites douloureuses: défaites aux postes de gouverneur en Virginie et au New Jersey, basculement d’un district historiquement conservateur en Pennsylvanie lors d’une partielle sénatoriale, et victoire du démocrate de gauche Zohran Mamdani à la mairie de New York.

Le spectre du «canard boiteux»?

A Washington, l’inquiétude monte. Les midterms de novembre approchent. Si les républicains perdaient leur majorité au Congrès, la paralysie guetterait: lois bloquées, commissions d’enquête omniprésentes, et une seconde moitié de mandat sur la défensive – avec, en toile de fond, la menace d’une nouvelle procédure de destitution. Le président deviendrait un lame duck, un canard boiteux.

C'est précisément cette perspective qui libère les ambitions de certains au sein du parti. Plus la fin du deuxième mandat approche et plus la prochaine campagne présidentielle se profile, plus l'attention se déplace à Washington. Le président en exercice perd de son poids politique, les loyautés sont redistribuées et soudain, celui qui gouverne compte moins que celui qui gagnera à l'avenir. Une situation des plus délicates pour Donald Trump car son autorité repose presque exclusivement sur la domination politique.

En conséquence, des candidats potentiels se mettent en place au sein du parti républicain pour 2028. Le vice-président J.D. Vance fait figure d'héritier naturel. Le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio est également considéré comme un politicien loyal. En outre, des figures connues comme Ted Cruz ou le gouverneur de Floride Ron DeSantis attendent une nouvelle chance. Il est clair que plus Trump deviendra un canard boiteux, plus la lutte ouverte pour l'après-Trump s'accélèrera.

Trump n'est pas inattaquable

Donald Trump contrôle encore les républicains avec une grande autorité. Mais son pouvoir repose sur une promesse décisive: il gagne. Et c'est précisément cette promesse qui vacille. Les sondages de l'institut de sondage AP-NORC le placent de manière stable sous la barre des 45%, et même nettement en dessous pour des thèmes centraux comme l'économie, la politique étrangère et le coût de la vie. C'est un constat dangereux pour un président en exercice à la veille des midterms.

Le style politique de Trump – confrontation permanente, crise permanente, guerre culturelle – mobilise son noyau dur de fidèles partisans, mais décourage de plus en plus les électeurs modérés. A cela s'ajoute une insécurité économique que de nombreux Américains ressentent au quotidien. Ceux qui se sentent délaissés ont tendance à rester chez eux… ou à voter contre le gouvernement.

La défaite au Texas est donc plus qu'une panne locale. Trump avait investi, mobilisé, mis son nom en jeu. Le fait que son intervention soit restée sans effet égratigne son principal capital politique: son image de gagnant. En coulisses, le parti commence à faire ses comptes. Les gouverneurs, les sénateurs et les stratèges se demandent combien de temps ils devront encore être fidèles à Trump avant qu'il ne se transforme en canard boiteux.

Articles les plus lus