«Arrêtez de rire!»
Le débat vire au chaos au Bundestag entre Friedrich Merz et Alice Weidel

Après la débâcle historique de la CDU, Friedrich Merz voulait reprendre la main au Bundestag. Mais son intervention montre surtout qu’Alice Weidel et l’AfD imposent désormais le rythme, tandis que le chancelier peine à reprendre l’initiative.
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Après la débâcle de la CDU, Friedrich Merz est sous une pression énorme et doit prouver au Bundestag qu'il maîtrise la situation.
Photo: IMAGO/Andreas Gora
Chiara Schlenz

«Arrêtez de rire!» – «Gardez ce genre de comportement pour le terrain de foot!» – «Silence, sinon je vous fais sortir!» Mercredi matin, la tension est à son comble au Bundestag allemand. Les cris fusent, les sifflets aussi, tandis que des rires méprisants résonnent dans l’hémicycle. La présidente du Bundestag, Julia Klöckner, doit intervenir à plusieurs reprises et menace même de faire expulser certains députés. Le débat général vire au chaos.

Au centre de cette agitation se trouve Friedrich Merz. Le chancelier traverse l’une des périodes les plus délicates de son mandat. Trois jours plus tôt, sa CDU a subi une défaite historique en Saxe-Anhalt avec seulement 17,2% des voix, soit près de 20 points de pourcentage de moins qu’aux précédentes élections. L’AfD, elle, a atteint 43,8%. Le parti d’extrême droite pèse désormais plus de deux fois et demie le poids de la CDU dans le Land.

Friedrich Merz lui-même fait partie du problème. Selon un sondage réalisé après le scrutin, seuls 9% des électeurs de Saxe-Anhalt se sont dits satisfaits de son travail comme chancelier. Lundi, il a dû reconnaître publiquement ses erreurs. Beaucoup espéraient alors voir un chancelier prêt à corriger le tir. Ce débat au Bundestag devait lui permettre de reprendre l’initiative et de passer à l’offensive. Mais il va laisser passer l’occasion.

Alice Weidel mène la danse

Avant même que Friedrich Merz ne monte à la tribune, Alice Weidel impose les thèmes du débat. A la tête du principal groupe d’opposition, elle a le droit de prendre la parole avant le chancelier et exploite pleinement cet avantage.

«La coalition noir-rouge, c’est fini!», lance-t-elle. Selon elle, le gouvernement se contente de «continuer à patauger comme avant» et entraîne l’Allemagne «vers la faillite de l’Etat en un temps record». Sur l’immigration, elle martèle son message à la tribune: «Ils doivent être expulsés!» A la fin de son intervention, elle s’adresse directement à Friedrich Merz et affirme que son heure est «de toute façon passée».

Le chancelier devrait alors lui donner tort. Après la débâcle électorale, il devrait reprendre l’initiative et montrer qu’il garde la main. Au lieu de cela, il commence son discours en s’adressant… à Alice Weidel. L’échange ne dure qu’un instant, mais il résume une partie du problème auquel le gouvernement est confronté.

Huées, sifflements et protestations

Friedrich Merz consacre une large partie de son temps de parole à attaquer son adversaire. Il rappelle que 56% des habitants de Saxe-Anhalt n’ont pas voté pour l’AfD. Il critique les projets de «remigration» défendus dans les rangs du parti et cite les déclarations de l’un de ses responsables. A plusieurs reprises, il interpelle directement Alice Weidel.

Certaines de ses attaques font mouche. Friedrich Merz se montre particulièrement virulent sur la «remigration». Celle-ci n’est «rien d’autre qu’un synonyme de nettoyage ethnique fondé sur l’origine et la couleur de peau», affirme-t-il. Les élus de l’AfD huent, sifflent et protestent. Julia Klöckner doit à nouveau intervenir pour ramener le calme.

Mais à force de vouloir attaquer Alice Weidel, Friedrich Merz finit surtout par la placer au centre de son propre discours. Il répond à ses attaques, se justifie et tente de riposter, sans parvenir à imposer lui-même le tempo. Même au SPD, cette posture est remarquée. Pendant le discours, un député écrit par SMS à un journaliste du «Spiegel» que Friedrich Merz est «énergique, mais aussi très réactif face à Weidel et sur la défensive». Il ajoute qu’on peut se demander «si c’est la bonne stratégie pour un chancelier».

Changement du rapport de force

Après la défaite en Saxe-Anhalt, cette image est particulièrement problématique pour Friedrich Merz. Depuis plusieurs mois, l’AfD tente d’imposer un récit simple. Le parti progresse tandis que la CDU recule. Ce mercredi matin, Friedrich Merz lui offre involontairement des images qui semblent illustrer précisément ce scénario.

Ce n’est que vers la fin de son discours que le chancelier aborde enfin ce qui devrait pourtant être au cœur du débat, à savoir l’action de son gouvernement et les réformes qu’il veut mener. Pour Friedrich Merz, la pression est désormais immense. Les prochaines élections régionales auront lieu le 20 septembre. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, la CDU risque déjà de subir une nouvelle lourde défaite.

L’AfD ne cache pas son ambition d’affaiblir durablement Friedrich Merz et son parti. «En Saxe-Anhalt, la CDU a été pulvérisée; en Mecklembourg-Poméranie occidentale, elle est devenue un petit parti; et au niveau fédéral, elle est en passe de le devenir, à juste titre», a déclaré Alice Weidel.

Mercredi matin, Friedrich Merz voulait montrer qu’il était encore capable de se battre. Sur ce point, il y est parvenu. Mais il n’a pas réussi à montrer qu’il pouvait encore imposer les thèmes du débat. Cette séance houleuse a surtout révélé un changement du rapport de forces. L’AfD donne le ton, Alice Weidel provoque et Friedrich Merz répond.

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