En bref
- Les vendanges ont débuté le 13 août 2026 à l'aube au Domaine Leflaive, en Bourgogne, une première pour le prestigieux vignoble Bienvenues-Bâtard-Montrachet.
- Brice de La Morandière, gérant du domaine, explique que cette méthode a permis de préserver la fraîcheur des raisins et d'éviter les fortes chaleurs.
- Les vendanges précoces résultent d'une maturation accélérée des raisins due aux conditions climatiques.
Jamais auparavant les vendangeurs n'avaient dû se lever si tôt. Le 13 août, à seulement 5h du matin, projecteurs et lampes frontales ont illuminé le prestigieux vignoble de Bienvenues-Bâtard-Montrachet, sur le Domaine Leflaive, à Puligny-Montrachet, en Bourgogne. C'est ici que sont cultivés les raisins de chardonnay qui composent l'un des plus célèbres vins blancs de Bourgogne. Pour les personnes présentes sur place, faire les vendanges à la lumière des lampes a constitué une grande première, comme l'a expliqué le gérant du domaine, Brice de La Morandière, lors d'un entretien téléphonique avec Blick.
Il l'assure: cette opération inédite a produit des résultats satisfaisants. Cette entame matinale a permis de faire d'une pierre deux coups: les raisins sont arrivés frais au pressoir, condition essentielle à la qualité du vin, et l'équipe de vendangeurs a été pleinement épargnée par les fortes chaleurs de l'après-midi. Une semaine plus tard, tout est rentré dans l'ordre pour la soixantaine de vendangeurs, les récoltes ayant repris en journée.
La maturation s'est accélérée
Les vendanges matinales ont eu un effet positif pour tous, assure Brice de La Morandière: «Travailler sous la lumière artificielle exigeait plus d’attention; aucun grain de raisin mûr n’est resté accroché aux rangs. L’équipe a fait un travail formidable. De plus, les gens ont pu profiter de leur après-midi en toute liberté, et ils ont même organisé des tournois de pétanque.»
Alors que les fortes chaleurs devaient théoriquement freiner la maturation du raisin, le processus s'est au contraire accéléré au début du mois d’août, déclenchant des vendanges précipitées dans plusieurs vignobles. Trouver la date de coupe s'est révélé être une opération particulièrement délicate, la teneur en sucre et en acidité devant impérativement s'accorder de façon optimale, sous peine de se retrouver avec des vins lourds et manquant de fraîcheur.
Pas de louanges prématurées
Brice de La Morandière est également très satisfait des raisins. Malgré la faible quantité produite, la qualité du moût s'est révélée bonne, voire excellente. Il ne souhaite toutefois pas se prononcer davantage sur la qualité du vin: «Il ne faut jamais juger un millésime au moment des vendanges. Il faut deux ans pour savoir comment les vins évolueront.»
Pour retrouver la trace de vendanges aussi précoces en Bourgogne, il faut remonter de près de cinq siècles, au 15 août 1556. Un précédent historique qui illustre le constat dressé par les climatologues et les historiens: le calendrier viticole bourguignon a progressivement glissé de l'automne vers le cœur de l'été. Pour mesurer ce glissement, l'historien Thomas Labbé a passé au crible tous les registres de la Côte-d'Or depuis 1354, dans le cadre d'une étude publiée dans la revue «Climat du passé».
Les résultats parlent d'eux-mêmes. Alors que les vagues de chaleur à l'origine de récoltes précoces ne survenaient en moyenne qu'une fois tous les 17 ans entre 1354 et 1719, le phénomène s'est ensuite raréfié, ne se répétant que tous les 53 ans, avant que la tendance ne s'inverse brutalement après 1988, ramenant l'intervalle à seulement cinq ans. Depuis, le rythme n'a eu de cesse de s'intensifier, à tel point que le chercheur a déjà comptabilisé dix de ces épisodes exceptionnels depuis le début du XXIe siècle.