Le grand dossier sur le millésime 2025 des vins de Bordeaux
Bordeaux réinvente son millésime! Petits volumes, mais qualité d'exception!

La qualité? Exceptionnelle! Les prix? Exceptionnels. Le millésime 2025 restera dans les annales comme l'un des plus intéressants depuis des décennies. Blick a dégusté plus de 300 vins sur place. Voici les meilleurs de toutes les régions. Et les meilleures affaires.
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Marielle Cazaux, directrice du château La Conseillante: «Au bout de onze ans, j'ai constaté que je faisais enfin de bons vins»
Photo: Alain Kunz
Alain Kunz

Pour une fois, pas besoin de longs traités scientifiques sur le climat. Presque aucune discussion sur la chaleur ou la sécheresse, ni sur les périodes de pluie et la pression du mildiou. «Nous n’avons eu à trier que 1,2% des baies», explique Romain Jean-Pierre, directeur technique du Château Figeac, l’un des deux Grands Crus Classés A de Saint-Emilion, soit la plus haute classification de la région. «C’est pourquoi nous n’avons utilisé que 10% des raisins pour le Petit Figeac, tout le reste est parti pour le Grand Vin. En moyenne, un quart de la récolte sert à l'élaboration du second vin.»

La qualité des quelques raisins récoltés (le volume était le plus faible depuis 1991!) était excellente à tous les égards, ce qui justifiait d’en consacrer une grande partie au vin principal. «Cette année, nous n’avons tout simplement pas mis en bouteille le second vin, le Petit Cheval», précise Pierre-Olivier «Pierrot» Clouet, directeur du Cheval Blanc. «Tout a été intégré au vin de tête.»

«Trouver le bon moment pour les vendanges»

Approfondissons un peu le sujet avec Olivier Berrouet, directeur et vigneron du légendaire domaine Petrus, dont le chai est le sujet le plus photographié de la région, provoquant fréquemment des embouteillages de touristes. «La seule chose qu’il fallait, c’était bien décrypter et comprendre ce millésime. Surtout pour saisir le moment parfait de la récolte. On a pu amener les raisins à une maturité parfaite», explique-t-il.

«De plus, la maturité aromatique et phénolique a été atteinte simultanément», ajoute l'expert. Qu’est-ce que cela signifie? D’une part, les composés phénoliques, tels que les tanins et les pigments, sont parfaitement développés. D’autre part, les arômes propres aux cépages se sont pleinement épanouis.

«Je fais enfin de bons vins…»

«Le sentiment était similaire à celui de 2022. Et celui-ci est considéré comme le millésime du siècle», conclut Olivier Berrouet. Au Pin, un autre domaine emblématique, la satisfaction était également immense. Jacques Thienpont, le propriétaire, déclare: «C’est un millésime qui se situe quelque part entre 2022 et 2023. Il possède la puissance du premier et la complexité du second.»

Marielle Cazaux, directrice et œnologue au Château La Conseillante, résume la situation encore plus succinctement avec un sourire. «Après onze ans, je me suis rendu compte que je fais enfin de bons vins…»

Quel bilan tirer après la visite de nombreux châteaux?

1. La qualité est excellente, bien que l’année ait été chaude. Les principales raisons? Les vignerons bordelais ont su s'adapter au «nouveau» climat. Ils en sont un parfait exemple. Ce n'est pas un hasard si Bordeaux est la première région viticole du monde. Et, tout aussi important: la vigne s'y est aussi adaptée.

Ce fut le coup d'envoi d'une dégustation de 300 vins: Alain Kunz, rédacteur au Blick, lors de la dégustation organisée par l'Union des Grands Crus de Bordeaux.
Photo: zVg

2. Les vignerons pensent et agissent de manière moderne. A Bordeaux, comme dans presque aucune autre région, l'époque des vins Parker, lourds et fortement alcoolisés, est révolue. Bien sûr, il arrive parfois que les vendanges soient manquées et que le vin devienne opulent et alcoolisé. Mais c'est désormais l'exception. Les vins sont devenus relativement «légers». Leur teneur en alcool se situe généralement entre 13 et 13,5% vol. Ils sont vivants, frais et agréables dès leur jeunesse.

3. Les prix restent bas. Ils ont diminué de moitié en l’espace de deux ans. Du moins pour les grands crus. Par exemple, alors que le Mouton Rothschild 2022 coûtait 650 francs suisses, le millésime 2025 est disponible en primeur à 350 francs. Les prix n’ont pas baissé davantage en raison des faibles quantités disponibles, mais ils ont globalement pu se maintenir au niveau de ceux du millésime 2024. Les marges bénéficiaires n'ont jamais dépassé 10%.

Voici ce que vous trouverez dans la première partie de notre dossier spécial sur Bordeaux:

  • Les meilleurs vins de la rive gauche (notamment le Médoc et Pessac-Léognan)
  • Les meilleurs vins de la rive droite (notamment Saint-Émilion et Pomerol)
  • Les meilleurs vins blancs
  • Quelques excellents vins doux (principalement de Sauternes)
  • L'histoire de la révélation de ces dernières années: Les Carmes Haut-Brion
  • L'histoire d'un tout petit domaine qui a réussi à améliorer considérablement sa qualité: le Château Lamothe-Bergeron
  • Et nous en arrivons à l'histoire la plus passionnante: celle des bonnes affaires de l'année. Elles n'ont jamais été aussi alléchantes depuis le début des années 2000! Faut-il pour autant payer ces vins dès maintenant, c'est-à-dire en primeur, pour les recevoir deux ans plus tard? Honnêtement: non! Les chais étant pleins à craquer, ce sont d'abord les derniers millésimes qui doivent être écoulés. Il y en aura donc suffisamment du millésime 2025, malgré les quantités limitées. Bonne dégustation!

Dans les prochains jours, nous publierons la deuxième partie et le récit des succès déjà rencontrés par le vigneron à la suite de son installation à Château Lascombes après Ornellaia. Nous évoquerons également les performances cette année des vins de Silvio Denz, actionnaire majoritaire suisse de Lalique et collectionneur de vignobles, notamment une cuvée en édition limitée issue de vignes centenaires.

Guillaume Pouthier a propulsé le Château Les Carmes Haut-Brion au sommet du classement bordelais, et donc mondial, en un temps record.
Photo: Alain Kunz

Les Carmes Haut-Brion: le génie Pouthier décroche les 100 points

S'il est un château qui mérite le titre de domaine urbain, c'est bien Les Carmes Haut-Brion. Le domaine est le seul à avoir une adresse en ville. Pourtant, lorsque les moines carmes ont commencé à planter des vignes sur les 4,5 hectares de cette petite colline de gravier en 1584, ils savaient déjà ce qu'ils faisaient. Il y a bien sûr la proximité du mythique Château Haut-Brion. Les sols ne peuvent qu'être exceptionnels. Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est que des analyses pédologiques récentes ont montré qu'il n'y a pratiquement aucun besoin d'optimisation!

Le nouveau chai, conçu par l'architecte de renom Philippe Starck, ressemble à la coque d'un navire renversé qui semble labourer le paysage. Bien sûr, il est solidement ancré. D’autres, en revanche, labourent bel et bien les sols: les chevaux, dont la mission est d’ameublir les sols lourds et argileux, particulièrement exposés au compactage. L'application des principes de la biodynamie va de soi.

La nouvelle cave du Château Les Carmes Haut-Brion, conçue par le célèbre designer Philippe Starck, ressemble à un navire à l'envers qui fend les flots.
Photo: Alain Kunz

Le cerveau derrière tout cela, c'est Guillaume Pouthier, sans doute le vigneron le plus obsessionnel, méticuleux et perfectionniste de la région. Il est épaulé par Stéphane Derenoncourt, consultant de renom en France. Guillaume Pouthier a quitté son poste de directeur du légendaire domaine rhodanien Chapoutier pour Bordeaux en 2012, lorsque Les Carmes a été racheté par une société immobilière. Depuis, il a hissé le château au sommet. Ce succès tient peut-être aussi au fait qu'il est l'un des rares à Bordeaux à pratiquer le pressurage de grappes entières, comme en Bourgogne. Ces dernières années, le fleuron de la gamme a régulièrement obtenu la note maximale de 100/100 auprès de la critique. Le millésime 2025 approche lui aussi, à nos yeux, du seuil magique de la perfection.

Et pourtant, Guillaume Pouthier avait décelé un tout petit problème, comment pourrait-il en être autrement: «Ce millésime présente une faible teneur en alcool. Et c’est un défi de taille, car il faut composer avec le principal vecteur de saveur. Or, c’est justement l’alcool. Sans alcool, un vin perd ses arômes. Dans ce millésime, nous avons donc dû démontrer qu’il était possible d’apporter de la texture et de la richesse à un vin même avec de faibles teneurs en alcool.»

Guillaume Pouthier qualifie le résultat de son travail sur le millésime 2025 d’ultra-paradoxal. «Bien que le vin soit très compact, il n'en demeure pas moins raffiné. Comme une femme vêtue d’une robe d’été légère, qui cache en elle quelque chose d’extrêmement profond.» Dès la dégustation des primeurs en avril, le chêne était déjà parfaitement intégré. «Nous n'avons jamais rien vu de tel. C'est ainsi que nous pouvons surprendre avec ce vin.»

Par ailleurs, il existe des châteaux où la crise bordelaise, qui sévit depuis des siècles, est à peine perceptible. Les 50'000 bouteilles du Grand Vin des Carmes se vendent comme des petits pains. «Là-bas, c'est de la pure folie», s'exclame Pouthier. «Aux Primeurs 2022, nous avions 1000 invités, cette année 1500…»

Eh bien, si vous proposez un vin qui rivalise avec les Premiers Grands Crus Classés, mais qui provient du seul domaine de la rive gauche à avoir été écarté du classement de 1855, toujours en vigueur, pour moins de 90 francs, il ne faut pas s’étonner…

Lamothe-Bergeron: un domaine de rêve avec un vin à petit prix

Quand on parle de grands vins de Bordeaux abordables, on pense généralement à des vins autour de 25 à 30 francs suisses. Il faut dire qu'il y a à peine deux ans, les Premiers Grands Crus Classés avoisinaient les 600 francs. Ces temps sont révolus. Aujourd'hui, même la catégorie «moins de 20 francs» recèle des pépites. En cherchant bien, on finit toujours par trouver son bonheur. Par exemple, au Château du Retout dans le Haut-Médoc, l'exceptionnel millésime 2022 était disponible en primeur à 14,50 francs et a obtenu la note de 93/100. Le millésime 2025 a même décroché 94/100! Chez le caviste Gerstl, vous ne le trouverez qu'à 13,50 francs!

Lamothe-Bergeron: (encore) assez méconnu, mais quel château de rêve, rénové avec tant de soin !
Photo: Alain Kunz

Ceci n'est qu'une brève introduction, car nous parlons du voisin de Du Retout, le château de rêve de Lamothe-Bergeron. Jusqu'à présent, ce domaine était plutôt moyen. Mais avec le millésime 2025, tout a changé – radicalement! Qu'est-ce qui a donc changé dans ce petit château enchanté de Cussac-Fort-Médoc, situé dans le no man's land du Haut-Médoc? Le directeur Charles Lemoine explique: «Pour le millésime 2025, nous avons appliqué pour la première fois la méthode dite 'trioptique' aux baies de cabernet sauvignon et de petit verdot. Cela a tout changé!» Le petit château ne dispose pas d'un personnel suffisant pour le tri manuel et doit donc, pour cette même raison, s'appuyer sur des machines. Mais grâce à la méthode trioptique, où un ordinateur compare les raisins sur le tapis roulant à des raisins parfaits et élimine ceux qui ne répondent pas à cet idéal par un simple souffle d'air, ils peuvent garantir que seuls des fruits parfaits seront pressés.

Par ailleurs, les vignes de moindre qualité ont été arrachées: 25 hectares sur les 65 d’origine. Cela a également permis d’améliorer la qualité. La production a diminué, passant de 250'000 à 200'000 bouteilles. Le choix des cépages à replanter reste encore en partie incertain. «Nous plantons six hectares de cépages blancs», explique Charles Lemoine. «Pour le reste, nous verrons ce que le marché nous proposera.»

Le directeur et les propriétaires – depuis 2019, il s’agit d’une grande caisse de sécurité sociale française – promeuvent activement le domaine en proposant des visites de l'ancien château du XIVe siècle, entièrement rénové et dont il ne reste aujourd'hui qu'un plan sommaire. Il est toutefois certain que du vin y était déjà produit à cette époque. Les visites sont immersives: les visiteurs déambulent dans les caves au milieu de jeux de lumière et de son, de projections et d'expériences sensorielles. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que Lamothe-Bergeron ait déjà remporté plusieurs prix d'œnotourisme.

Lamothe-Bergeron n’est actuellement pas présent sur le marché suisse, pourtant lucratif pour les vins de Bordeaux. «Nous étions autrefois référencés chez Swiss, ce qui était formidable», explique Charles Lemoine. «Et Coop vendait également nos vins grâce à notre négociant. Ça marchait très bien.» Le millésime 2018 est toutefois toujours disponible chez Coop. Mais sa qualité n’a absolument rien à voir avec celle du magnifique millésime 2025… Quoi qu’il en soit: si un distributeur suisse venait à s’y intéresser, cela en vaudrait la peine. Le vin principal pourra être proposé à 15 ou 16 francs. Le prix des primeurs en France est de 13,50 euros. C’est tout simplement incroyable!

Les voici, les dix meilleures affaires à ne pas manquer!

Et voilà! Neuf vins sélectionnés parmi plus de 300. Le critère de sélection? Un potentiel de 95/100 points. Le meilleur a obtenu l'excellent score de 97/100. Et aucun ne coûte plus de 27 francs. Critère final: les vins doivent être disponibles en Suisse.

P.S: Le moins cher, à 17,50 francs, est un vin de la famille Vauthier. Ce sont eux qui élaborent le légendaire Ausone, et ce depuis 1690! Château Fonbel – un Ausone miniature, en quelque sorte…

Ces dernières années, il figure toujours parmi les vins offrant le meilleur rapport qualité-prix: le Château Sociando-Mallet de l'Haut-Médoc (bouteille à gauche).
Photo: Alain Kunz
  1. Château Sociando-Mallet (Haut-Médoc): Le meilleur rapport qualité-prix de ces trois dernières années est de retour en tête cette année: un nez frais, ample et harmonieux, un bon fruité, ainsi qu’une touche de bois et de moka, le tout avec une grande discrétion; onctuosité, puissance, densité, profondeur, une belle prise en bouche, de magnifiques tanins croquants et juteux, éthéré, qui remplit tout l’espace en bouche, une finale extrêmement longue. Génial! 97/100 (Gerstl. Baur au Lac. Martel. Environ 27 francs)
  2. Château Mangot (Saint-Emilion): Les vins que les frères Todeschini mettent actuellement en bouteille sont tout simplement spectaculaires! Un nez complexe et équilibré, dense, aux arômes de cerise, d'une grande finesse; une bouche souple, délicate et d'une grande élégance, aux tanins veloutés, longue et persistante, où tout s'harmonise parfaitement; une finale aérienne, une légère astringence et une finale très longue et élégante. 95-96/100. (Schubi. Gazzar. Coop. Environ 25 francs)
  3. Château Faugères: Le meilleur Faugères de tous les temps? Une dégustation verticale a apporté la réponse: oui! 95/100 (Zweifel. 26 francs)
  4. Château de Fonbel (Saint-Emilion): Un des six domaines du légendaire Château Ausone, produit par la famille Vauthier! Un vin exceptionnel pour ce prix! 95/100 (Primeurs.ch. 17,50 francs)
  5. Château Tour Saint Christophe (Saint-Emilion): Ce vin n’a jamais atteint un tel niveau. Chapeau! 95/100 (Arvi, Gerstl, Casa del Vino. Environ 27 francs)
  6. De la Dauphine (Fronsac): La sensation de l’appellation Fronsac, souvent méconnue. 94-95/100. (Schüwo. 23,80 francs)
  7. La Louvière (Pessac-Léognan): Les vins de la région urbaine des Graves sont généralement toujours bons. Mais rarement à ce niveau! 94-95/100 (Millesima.ch. 27 francs)
  8. Poujeaux (Moulis-en-Médoc): Après son retour dans cette liste l’an dernier, ce vin classique au rapport qualité-prix exceptionnel est de nouveau présent. 94-95/100 (Gerstl, Baur au Lac. Environ 21 francs)
  9. Château Meyney (Saint-Estèphe): C’est un grand classique, réputé pour son excellent rapport qualité-prix. Les trois dernières années n’ont pas été particulièrement brillantes. Cette année? Absolument! 94-95/100 (Gazzar, Mövenpick, Gerstl. 25 francs)
  10. Belgrave (Haut-Médoc): Top 5ème Grand Cru Classé! 94-95/100 (Schubi. 23 francs)
Karl Todeschini a propulsé le Château Mangot vers de nouveaux sommets, aux côtés de son frère Yann.
Photo: Alain Kunz
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