En bref
- La vigne suisse a souffert de la sécheresse et des vagues de chaleur depuis juin 2026, affectant la croissance des plantes, notamment sur la Côte (VD) où l'irrigation est limitée. Cependant, les vignes du Valais, mieux irriguées, ont mieux résisté.
- Malgré des rendements plus faibles et des baies plus petites, les raisins atteignent un niveau de maturité exceptionnel, promettant des vins très riches en qualité, mais en quantité réduite.
- La Confédération explore des solutions pour contrer les effets du changement climatique, comme des cépages plus résistants. En 2026, les vendanges pourraient être précoces, mais cela ne compromettrait pas la qualité des raisins.
Si vous aimez le vin – et plus particulièrement le vin suisse – sachez que cet article détient à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. Commençons par la mauvaise, puisqu'elle n'est pas si étonnante, après un été aussi étouffant que sec: la vigne a souffert des extrêmes de la saison, qui ont indéniablement affecté la croissance des plantes, selon les régions du pays.
«Les faibles précipitations et les vagues de chaleur à répétition que nous connaissons depuis le mois de juin ont provoqué des symptômes de sécheresse dans le vignoble romand», confirme Vivian Zufferey, responsable du groupe de recherche Viticulture de l'Agroscope, le Centre de compétences de la Confédération pour la recherche agronomique. En effet, les spécialistes déplorent l'arrêt de croissance des rameaux et le jaunissement des feuilles sur certains terroirs: les vignes du Valais, par exemple, historiquement irriguées, s'en tirent beaucoup mieux que celles de la Côte (VD), qui possèdent moins de possibilités d'irrigation et ont davantage souffert du manque d'eau.
«En fonction de la réserve en eau des sols, ces symptômes de manque d’eau ont été plus ou moins marqués, poursuit notre intervenant. Les jeunes vignes ont été plus touchées que les vignes plus âgées, dont l’enracinement en profondeur est souvent important. Le grossissement des baies a été affecté dans les situations de stress hydrique, particulièrement lorsque le manque d’eau s’est fait ressentir durant la phase de croissance des baies.»
La météo d'août et septembre sera «déterminante»
Vivian Zufferey décrit toutefois cette contrainte hydrique comme étant «modérée» dans l'ensemble du vignoble. Cela signifie-t-il que les vendanges de cet automne ne seront pas si catastrophiques que cela? Encore mieux: elles pourraient même être assez spectaculaires, malgré les enchaînements de canicules ayant accablé la nature, cet été. La vigne pourrait même, contrairement à d'autres plantes, en tirer profit!
«Ces conditions sont, en ce moment, très favorables à l’accumulation des sucres dans les baies, poursuit notre expert. Les températures de ce mois d’août et du début de septembre seront déterminantes pour l’évolution de la teneur en acidité des baies jusqu’à la vendange.»
Voici donc la bonne nouvelle: malgré tout, la vigne s'est montrée incroyablement résiliente face aux conditions ensoleillées de l'été: «La viticulture est le secteur de l’agriculture qui est, dans l’ensemble, le moins touché par la sécheresse, se réjouit Olivier Viret, responsable du centre de compétence vitiviniculture de l'Etat de Vaud. Les conséquences sont bien plus visibles sur d’autres cultures, comme les betteraves ou les blés.»
Un vin plus riche… mais plus rare (et plus cher)
En effet, la vigne étant une plante méditerranéenne dotée de racines pouvant s'ancrer en profondeur, elle est capable de se stabiliser face à des températures élevées et la sécheresse des sols. «La principale conséquence est donc plutôt quantitative, poursuit Olivier Viret. On observe des rendements plus faibles, notamment parce que les baies sont plus petites».
Notre intervenant décrit toutefois cette situation comme étant positive, puisque le marché est actuellement saturé: «Il reste notamment encore des stocks des millésimes 2024 et 2025 et, si la récolte n’est pas pléthorique cette année, ce n’est finalement pas plus mal, analyse-t-il. Par ailleurs, on obtient des raisins extrêmement mûrs, qui n’ont jamais atteint un tel niveau de maturité aussi tôt dans la saison, ce qui donne des vins très riches et de bonne qualité.» On peut donc s'attendre, logiquement, à des vins délicieux, bien que plus rares et potentiellement plus chers, selon l'évolution des marchés.
Des récoltes plus précoces à long terme
Et si ces météos caniculaires devaient s'accumuler, d'année en année? La vigne et le vin suisses pourraient-ils quand même survivre au bouleversement de leur climat? «La répétition des vagues de chaleur et de stress hydrique affecte la mise en réserve de l’amidon et des minéraux dans les racines et le tronc de la vigne avec des impacts sur la croissance végétative et les rendements de l’année suivante», déplore Vivian Zufferey.
Pour se prémunir, la Confédération étudie actuellement des systèmes de production capables d’atténuer ces effets: notre intervenant évoque notamment la gestion de l’enherbement des sols, le choix de porte-greffes plus vigoureux et résistants à la sécheresse, des cépages ou des clones avec des teneurs plus élevées en acidité dans les terroirs les plus affectés par le réchauffement climatique.
Un autre effet possible, d'après Olivier Viret, est une récolte de plus en plus précoce: «Mais le fait que les raisins arrivent à maturité plus tôt n’est, en soi, pas nécessairement négatif, rassure-t-il. On sait que lorsqu’il fait chaud durant l’été, la vigne fait mûrir ses raisins plus rapidement. Cela ne signifie pas pour autant que les raisins seront de moins bonne qualité: ils peuvent au contraire atteindre un bon équilibre. A long terme, il faudra simplement envisager de vendanger plus tôt.»