Les marchés près de la chute
Pétrole, IA, taux d'intérêt: tous les ingrédients sont réunis pour un krach boursier

Le pétrole dépasse les 100 dollars le baril, les obligations américaines rapportent près de 5% et les actions liées à l’IA ont flambé. Sur les marchés financiers, cette combinaison fait craindre une forte baisse des cours.
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Les élections de mi-mandat aux Etats-Unis sont source d'une incertitude supplémentaire sur les marchés boursiers.
Photo: AP
Beat Schmid

A la pompe, le litre de diesel coûte jusqu’à 2,40 francs. Dans certaines régions, celui d’essence sans plomb ne passe pratiquement plus sous les 2,10 francs. Les prix pourraient encore grimper dans les prochains jours, alors que les tensions au Moyen-Orient pèsent sur le marché pétrolier. L’Arabie saoudite a fermé un important oléoduc après des attaques de drones lancées depuis l’Irak.

Au Yémen, les rebelles houthis ont par ailleurs pris le contrôle de positions proches du détroit de Bab al-Mandab, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Leur avancée fait craindre de nouvelles perturbations sur cette route maritime, qui donne accès au canal de Suez. Le baril de pétrole a dépassé les 100 dollars la semaine dernière.

Michael Burry parie sur l'effondrement

Ces tensions suffiront-elles à provoquer une chute des marchés boursiers? Plusieurs investisseurs mettent en garde depuis des mois contre le risque d’une correction. Parmi eux figure Michael Burry, connu pour avoir parié contre le marché immobilier américain avant la crise financière de 2008.

Michael Burry, dont le parcours a inspiré le film «The Big Short», a misé sur la baisse d’actions liées à l’intelligence artificielle au moyen d’options «put». Parmi les titres concernés figurent Nvidia, Oracle, Palantir, Micron et Caterpillar. Ces contrats financiers prennent de la valeur lorsque le cours de l’action sur laquelle ils portent baisse. Ses positions évoluent toutefois rapidement. Il a indiqué avoir vendu ses options «put» sur Nvidia et Palantir.

Personne ne sait si ses anticipations se réaliseront. Malgré les crises internationales, les grands indices boursiers américains restent proches de leurs records. Mais plusieurs évolutions préoccupent les investisseurs, à commencer par la hausse des prix de l’énergie et celle des taux d’intérêt à long terme.

Un seuil inconfortable

Outre la forte hausse des prix de l’énergie, les investisseurs professionnels s’inquiètent de la montée des rendements sur le marché obligataire. La semaine dernière, les obligations d’Etat américaines à dix ans ont parfois offert un rendement proche de 5%. Un niveau qui commence à devenir inconfortable pour les marchés boursiers.

Plus ces obligations, considérées comme des placements sûrs, rapportent, moins les actions paraissent attrayantes en comparaison. Dans le même temps, emprunter coûte davantage aux entreprises comme aux Etats. Le problème est particulièrement sensible pour le gouvernement de Donald Trump. La dette publique américaine atteint désormais environ 40’000 milliards de dollars. Financer de nouvelles dépenses par l’emprunt ou remplacer des titres de dette arrivant à échéance lui revient donc de plus en plus cher.

La Fed sous pression

L’inflation américaine complique encore la situation. Les derniers chiffres publiés vendredi montrent que les prix continuent d’augmenter à un rythme élevé. La Réserve fédérale américaine (Fed), présidée par Kevin Warsh, devra tenir compte de cette évolution lors de sa prochaine décision sur les taux. Une hausse, ou même la perspective de taux élevés plus longtemps, pourrait peser sur les marchés.

Le calendrier ajoute une part d’incertitude. Septembre a historiquement été un mois difficile pour la Bourse américaine. Les élections de mi-mandat, prévues début novembre aux Etats-Unis, pourraient également retenir l’attention des investisseurs.

Les sources d’inquiétude s’accumulent. Le baril de pétrole dépasse les 100 dollars, les taux américains sont élevés et continuent de grimper, tandis que de nombreuses actions liées à l’intelligence artificielle affichent des valorisations très élevées. A cela s’ajoutent la volatilité habituelle du mois de septembre et l’incertitude entourant les élections américaines.

Un gestionnaire de portefeuille suisse, actif sur les marchés depuis plusieurs décennies, juge ce mélange dangereux. Une baisse de 10 à 20% pourrait survenir à tout moment, estime-t-il. Elle n’a pourtant rien d’inévitable. Le gestionnaire s’étonne d’ailleurs de voir les marchés résister aussi bien jusqu’ici.

Cette résistance s’explique en grande partie par les bénéfices des entreprises. Tant qu’ils augmentent et répondent aux attentes, les investisseurs peuvent continuer à accepter des actions chères.

La BNS surveille la situation

La Banque nationale suisse (BNS) devrait elle aussi suivre ces évolutions de près. Elle annoncera sa prochaine décision sur les taux le 24 septembre. Une hausse de 0,25 point, qui porterait son taux directeur de 0% à 0,25%, ne serait pas une grande surprise. L’écart entre les taux suisses et ceux des Etats-Unis et de la zone euro s’est récemment creusé.

La situation de la BNS s’est par ailleurs améliorée ces derniers temps. Elle dispose d’une marge de manœuvre pour réduire son bilan, par exemple en vendant une partie de ses obligations ou de ses actions étrangères.

La banque centrale investit une part importante de ses réserves de devises dans des obligations d’Etat. Elle ne précise pas combien de bons du Trésor américain elle détient. Selon le Département américain du Trésor, les avoirs attribués à la Suisse représentent environ 285 milliards de dollars. Ce montant inclut toutefois aussi les placements de banques, de fonds et d’autres investisseurs.

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