En bref
- L'action Novartis a chuté de plus de 10% mardi 8 septembre 2026, entraînant une perte de plus de 24 milliards CHF de capitalisation boursière en une journée. Ces turbulences font suite à l'échec de deux études cliniques sur des médicaments prometteurs, ébranlant la confiance des investisseurs.
- Le PDG Vas Narasimhan, malgré les revers, reste confiant et maintient des prévisions de croissance annuelle de 5 à 6% jusqu’en 2030. Les analystes, comme Urban Fritsche de la ZKB, jugent que ces échecs ne compromettent pas fondamentalement la position de l'entreprise.
- Malgré les récents déboires, le pipeline de médicaments de Novartis pourrait générer entre 30 et 40 milliards CHF si les produits candidats aboutissent. En 2025, l’entreprise avait réalisé un chiffre d’affaires de 44 milliards CHF et un bénéfice net de 14 milliards CHF.
C'est une semaine à oublier pour Vas Narasimhan. Elle pourrait même figurer parmi les pires que l'Américain ait connues à la tête de Novartis depuis son entrée en fonction en février 2018. Le moment est-il venu pour lui de se retirer? Apparemment non. «Aucun changement dans mes projets»: fin juillet, lors de l'annonce des résultats semestriels, l'Américain s'est vu contraint de balayer les rumeurs concernant son départ. Il a alors assuré vouloir mener le groupe pharmaceutique bâlois vers sa prochaine phase de croissance.
Si ce n’est pas le PDG lui-même qui plonge, c’est l’action: mardi, une chute de plus de 10% a secoué les marchés. Novartis étant un poids lourd du SMI, le géant pharmaceutique a entraîné dans sa chute le principal indice de référence suisse. Le lendemain, l'action continuait de perdre du terrain, et le SMI passait sous la barre des 14'000 points pour la première fois depuis la mi-juin. Selon la plateforme financière cash.ch, plus de 24 milliards de francs de capitalisation boursière de Novartis ont été anéantis – et ce, rien que mardi! C’est plus que lors des chutes de cours qui ont suivi l’abandon du taux plancher de l’euro ou lors du krach lié au COVID-19.
Echecs des médicaments lucratifs
Deux revers majeurs consécutifs dans le pipeline des futurs médicaments susceptibles de générer des milliards ébranlent actuellement la confiance en l’avenir de l’entreprise.
D'une part, Novartis a annoncé l'échec d'une étude sur le cholestérol. «Cet échec est un choc pour le secteur pharmaceutique», écrit Raiffeisen dans un commentaire boursier. On estimait que ce médicament aurait pu générer un chiffre d'affaires maximal compris entre 1,3 et 2,0 milliards de dollars. La banque Vontobel évoque même un potentiel pouvant atteindre 3 milliards de dollars. D’autre part, un revers a été essuyé concernant un produit candidat destiné au traitement d’une maladie musculaire rare. Il s’agissait là aussi d’un médicament susceptible de générer des milliards.
Est-ce toutefois une raison de s’inquiéter? Le PDG de Novartis, Vas Narasimhan, doit aujourd'hui lutter pour conserver la confiance des investisseurs. C’est pourquoi il a réaffirmé cette semaine ses prévisions: un taux de croissance annuel moyen compris entre 5% et 6% d'ici 2030.
Quid des petits investisseurs?
Urban Fritsche, analyste à la Banque cantonale de Zurich (ZKB), ne voit «aucune raison de s’inquiéter fondamentalement» face à ces échecs dans le domaine médical. «Ce qui était inhabituel, c’est que les résultats des deux études aient été annoncés en l’espace de cinq jours.» Selon l’expert, il s’agissait néanmoins d’une pure coïncidence.
Cela dit, les investisseurs ont été pris au dépourvu. Le groupe pharmaceutique bâlois figure parmi les actions européennes les plus largement représentées dans les fonds et les ETF. Novartis occupant une place de premier plan dans le secteur mondial de la santé, l’entreprise constitue un investissement de base dans des centaines de portefeuilles diversifiés.
«Comme pour tous les investissements dans des actions individuelles, il est judicieux de ne pas tout miser sur une seule carte et de plutôt investir dans un large éventail de titres», explique Urban Fritsche, analyste à la ZKB. Selon lui, de nombreux fonds et portefeuilles gérés par des professionnels ont des directives strictes concernant la taille maximale autorisée d’une position en actions, précisément afin d’éviter les risques de concentration. «Et pour protéger les investisseurs», précise-t-il. Un certain risque est toutefois toujours inhérent aux placements en actions.
Il ne faut pas encore vendre les actions Novartis
Selon la ZKB, l’action Novartis reste correctement valorisée malgré la correction de son cours. D’autres analystes du secteur pharmaceutique affirment également qu’il n’est pas conseillé, à l’heure actuelle, de vendre les titres Novartis à l’aveuglette. La plupart recommandent aux investisseurs de conserver leurs titres. Ils estiment que le pipeline de médicaments du groupe reste bien diversifié malgré quelques échecs. Il est toutefois difficile d’en chiffrer la valeur exacte.
Les estimations oscillent entre 30 et plus de 40 milliards de francs de chiffre d’affaires potentiel, si tous les produits candidats parviennent à être commercialisés avec succès. L’année dernière, Novartis a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 44 milliards de francs et dégagé un bénéfice net de 14 milliards.
Il n’est donc pas étonnant que l’action Novartis ait grimpé cette année, atteignant même début septembre un niveau record de 132,68 francs. A la fin de cette semaine, elle s’établissait cependant à environ 113 francs. Son PDG Vas Narasimhan a sans doute déjà tourné la page sur ces derniers jours, mais la pression pour réussir reste forte.