En bref
- Malgré les importantes suppressions d'emplois chez Sunrise, UBS ou encore La Poste, le marché suisse reste robuste, selon deux experts
- En septembre, le taux de chômage atteignait 3,1% selon le Seco et 4,9% selon le BIT, bien en deçà de la moyenne de l'UE
- En hausse constante depuis 2023, le chômage pourrait repartir à la baisse
Les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Sunrise compte supprimer jusqu'à 450 postes à son siège d'Opfikon (ZH). UBS, désormais seule grande banque du pays, traverse la plus grande vague de suppressions de postes de son histoire. Le groupe américain de technologies médicales Zimmer Biomet biffe quant à lui 490 postes sur son site de Winterthour.
Enfin, l'entreprise traditionnelle saint-galloise Liosaplast cesse ses activités, entraînant la suppression de 32 emplois. Et du côté du secteur public? On ne fait guère mieux: La Poste entend ainsi sacrifier 110 postes dans l'administration, par mesure d'économies.
Pour de nombreux salariés concernés par ces licenciements, le choc a rapidement laissé la place à la crainte de ne pas retrouver un emploi équivalent sur le marché du travail. Jan-Egbert Sturm comprend ces inquiétudes. «Se focaliser uniquement sur les licenciements est toutefois trop réducteur», explique à Blick celui qui dirige le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). «Il y a certes beaucoup de licenciements à l'heure actuelle, mais de nombreux postes sont également créés en parallèle.» Dès lors, dans quel état se trouve réellement le marché du travail suisse?
Une résistance remarquable
Jan-Egbert Sturm l'assure: le moral des entreprises est loin d'être aussi morose que ce que l'on pourrait craindre au regard du contexte géopolitique ambiant. Jusqu'ici, l'économie suisse surpasse les prévisions pour 2026. Véritables piliers de la conjoncture, les exportations de marchandises et la consommation privée ont fortement progressé ces derniers temps. «Cela se voit aussi dans les derniers chiffres relatifs au marché du travail», explique l'expert.
Après correction des variations saisonnières, le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) fait état d'un taux de chômage de 3,1% en septembre. Ce chiffre monte à 4,9% si l'on se réfère au taux de chômage au sens du Bureau international du travail (BIT), qui se prête mieux aux comparaisons internationales et inclut également les demandeurs d'emploi non inscrits auprès des offices régionaux de placement (ORP).
Mais même dans ce cas, le taux de chômage helvétique est bien inférieur aux 5,9% relevés dans l'ensemble de l'Union européenne (UE). «Dans l'ensemble, le marché du travail suisse s'avère remarquablement résistant», résume Jan-Egbert Sturm, qui rappelle toutefois que le marché local n'est pas complètement immunisé contre les évolutions internationales.
Effet de l'IA perceptible
Pour être tout à fait exact, de fortes disparités existent selon les secteurs. Alors que le nombre d'offres d'emploi continue de progresser dans les métiers de l'artisanat et de la technique, les besoins s'effondrent dans les centres d'appels, le travail administratif de back-office ou les services de traduction. De nombreux employés de l'informatique, du marketing ou du contrôle de gestion craignent eux aussi pour leur avenir, comme l'illustre par exemple le cas de Sunrise. L'opérateur télécom prévoit de s'appuyer davantage sur l'IA et l'automatisation, motivant ainsi ces coupes d'effectifs.
Le KOF estime qu'entre 10'000 et 20'000 personnes sont actuellement sans emploi en raison de l'IA. Au total, 140'000 personnes étaient inscrites au chômage en septembre, d'après les chiffres du Seco.
Dans le secteur bancaire également, de nombreux salariés font face à des temps incertains. Ces douze derniers mois, le taux de chômage de la branche est passé de 3,1% à 3,7%. La suppression des doublons chez UBS, dans le cadre de l'intégration de Credit Suisse, pèse particulièrement lourd.
Inversion imminente de la courbe?
Si certains secteurs restent confrontés à d'importants défis, les perspectives pour l'ensemble du marché du travail demeurent positives. En hausse constante depuis 2023, le taux de chômage devrait avoir atteint son pic et pourrait rapidement repartir à la baisse, s'accordent à dire les experts interrogés. Pour l'année à venir, le Seco table déjà sur un léger recul.
Raphael Schmid se montre lui aussi confiant. En tant que directeur du groupe Interiman, l'une des plus grandes entreprises suisses spécialisées dans le placement de personnel, il est en permanence confronté aux réalités du marché de l'emploi. «Les entreprises recrutent aujourd'hui davantage que ces dernières années», observe-t-il. Même si elles se montrent plus sélectives et prudentes qu'auparavant malgré les bonnes perspectives d'affaires, précise l'expert.
La baisse des demandes de chômage partiel constitue un autre indicateur de détente sur le marché du travail. En général, avec quelques mois de décalage, ce signal finit par se traduire par une baisse du taux de chômage. «Le marché du travail temporaire évolue lui aussi de manière favorable», souligne Raphael Schmid.
Là aussi, après trois mauvaises années, les chiffres repassent au vert. «C'est un indicateur clair que la situation repart progressivement à la hausse.» Lorsque la situation économique s'améliore, les entreprises font d'abord appel à du personnel temporaire. Si la dynamique se confirme, elles concrétisent ensuite ces postes en contrats fixes.
Une telle création d'emplois s'effectue toutefois en toute discrétion et de façon continue, loin des gros titres et de l'écho médiatique. Tout le contraire des grandes vagues de licenciements.