En 2012, la Suisse s’est prononcée sur une initiative visant à instaurer six semaines de vacances pour tous. Le peuple a clairement rejeté cette initiative. L’UDC, en particulier, s’y était opposée avec véhémence. Elle avait averti que la Suisse ne pouvait pas se permettre davantage de vacances. Selon elle, des «vacances obligatoires» entraîneraient davantage de stress et de chômage.
Or, c’est justement un conseiller national du groupe UDC qui a changé de camp: dans une motion, Daniel Sormanni (GE), membre du «Mouvement Citoyens Genevois» (MCG), réclame cinq semaines de vacances pour tous les salariés. Pour les moins de 21 ans, ce serait même six semaines. Mais n’est-ce pas déjà la norme depuis longtemps? Blick présente un grand tour d’horizon par secteur.
Voici les secteurs où l'on bénéficie déjà de cinq semaines de vacances
Dans le secteur de la construction et de l’électrotechnique, il est courant d'avoir cinq semaines de vacances depuis longtemps. La convention collective nationale pour le secteur principal de la construction en Suisse les prescrit; pour les moins de 21 ans et les plus de 50 ans, elles s’élèvent même à six semaines. Cela s’explique: le travail est physiquement exigeant et les collaborateurs sont exposés toute l’année à la chaleur, au froid et à d’autres intempéries. Ces semaines de vacances supplémentaires contribuent également à attirer la main-d’œuvre qualifiée: le secteur est en plein essor, notamment grâce aux pompes à chaleur et aux installations photovoltaïques.
Le secteur de la restauration, ainsi que les boulangers et pâtissiers, ont des horaires de travail atypiques: dans la restauration, les soirées, les week-ends et les jours fériés font partie du quotidien professionnel. A cela s’ajoutent souvent des «heures de chambre», de longues pauses entre deux services. Dans les boulangeries, en revanche, le travail commence souvent dès 2 ou 3 heures du matin, afin que le pain frais et les viennoiseries soient prêts tôt le matin. Les cinq semaines de vacances compensent ces horaires de travail particuliers.
Les secteurs MEM et horloger sont encore plus généreux. En 1937, l’industrie horlogère a été la première branche suisse à se doter d’une convention collective de travail. Dans ce secteur, les apprentis bénéficient même de sept semaines de vacances dès leur première année. Dans le secteur MEM, les vacances durent six semaines à partir de 40 ans; de nombreuses entreprises affiliées accordent même 6,5 ou 7 semaines aux collaborateurs de longue date âgés de 50 ou 60 ans.
Ces deux secteurs exigent un travail de grande précision: dans l’industrie MEM, s’y ajoutent le travail posté et le bruit; dans l’horlogerie, des heures de travail sur des composants minuscules. Cela nécessite une grande concentration et sollicite fortement le corps et les yeux. Ces congés supplémentaires constituent également un argument de poids dans la «guerre des talents».
C’est l’employeur qui décide
Pour les enseignants, le calcul est plus complexe: ils bénéficient généralement de cinq semaines de vacances, alors que les vacances scolaires durent environ 13 semaines. Environ huit de ces semaines sont considérées comme du temps de travail – notamment pour la préparation des cours, les corrections, les entretiens avec les parents, les formations continues et l’organisation scolaire. Les enseignants peuvent généralement organiser ces tâches à leur guise, mais doivent les accomplir au cours de l’année.
Dans le secteur de la santé, il n’existe pas de CCT uniforme. Les règles varient selon le canton, l’hôpital, la maison de retraite, le service d’aide à domicile ou l’organisme gestionnaire. La plupart des établissements accordent toutefois cinq semaines au lieu des quatre prescrites par la loi.
Dans le secteur de l’informatique et des technologies, il n’existe pratiquement pas de CCT d’application générale. La loi prescrit quatre semaines. De nombreuses entreprises bien établies offrent volontairement cinq semaines afin d’être attractives en tant qu’employeurs. Dans les start-ups, cependant, quatre semaines demeurent courantes.
La situation est similaire dans le conseil, les banques et les assurances. Les jeunes professionnels bénéficient souvent de quatre semaines, tandis que les collaborateurs expérimentés peuvent obtenir cinq ou six semaines selon leur employeur. Même dans les PME de services classiques telles que les agences de marketing, les cabinets d’architectes ou les sociétés fiduciaires, chaque entreprise décide de manière autonome.
Ici, il n’y a que quatre semaines de vacances
En matière de travail temporaire, la durée reste en principe de quatre semaines pour les personnes âgées de 20 à 49 ans. La CCT sur la location de services s’applique à un large éventail de professions – du spécialiste en informatique à l’ouvrière du bâtiment – et prévoit donc un droit de base uniforme.
Dans le secteur du nettoyage et des services de sécurité privés, la règle est également la suivante: quatre semaines pour les 21 à 49 ans, cinq semaines pour les plus jeunes et les plus âgés. Dans le secteur du nettoyage, à compter de l’année civile au cours de laquelle on atteint l’âge de 50 ans, on ne bénéficie toutefois de cinq semaines que si l’on a accumulé au moins cinq années de service. Ces secteurs se caractérisent fortement par des salaires horaires et des missions flexibles, et sont soumis à une forte pression sur les prix.
Dans le secteur de la coiffure, on ne dispose en principe que de quatre semaines de congés. Ceux qui restent au moins cinq ans dans la même entreprise après leur formation bénéficient d’une semaine supplémentaire. Dans le commerce de détail également, par exemple dans les petites boutiques, les kiosques ou les magasins de village, quatre semaines constituent le minimum légal. Les grandes chaînes telles que Coop, Migros ou Manor offrent toutefois généralement davantage à leurs employés grâce à leurs propres conventions collectives de travail.