Un contrat douteux?
Ce Suisse doit payer 17'000 francs pour de l'électricité qu'il n'a jamais consommée

Claudio Stauffer, un boucher de 54 ans, doit payer environ 17'000 francs pour de l'électricité qu'il n'a jamais consommée. La faute à la signature d'un contrat aux conditions douteuses, explique l'intéressé.
Publié: 27.03.2024 à 17:07 heures
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Claudio Stauffer a économisé de l'énergie et investi des centaines de milliers de francs dans une installation solaire.
Photo: STEFAN BOHRER
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Stefan Bohrer et Sebastian Babic

Cela semble absurde, et pourtant: Claudio Stauffer, un boucher de 54 ans, a toujours fait attention à sa consommation d'énergie et a investi des centaines de milliers de francs dans une installation solaire. C'est précisément cette électricité verte qui l'a plongé dans le rouge: il doit aujourd'hui près de 17'000 francs à son fournisseur d'électricité... pour de l'électricité qu'il n'a jamais achetée! «J'aurais pu chauffer mon jardin tout l'hiver, la facture d'électricité aurait été la même», s'énerve Claudio Stauffer. «Je refuse catégoriquement de payer cette facture!»

La colère du boucher est d'autant plus compréhensible que ces dernières années, il a fortement réduit sa consommation d'électricité: «Ce sont mes enfants qui m'ont convaincu d'investir dans l'énergie durable.» Dans son entreprise, la chaleur dégagée par les nombreuses unités de réfrigération est récupérée. La chaleur de chauffage provient d'un réseau de chauffage urbain.

Il essaie autant que possible de produire lui-même l'énergie nécessaire à son exploitation. Pour ce faire, il a équipé pratiquement chaque mètre carré disponible d'installations photovoltaïques. Grâce à ces mesures, il a pu réduire sa consommation d'électricité de plus de la moitié.

Le prix de l'électricité explose

Comment le boucher en est-il arrivé à devoir payer une facture de 17'000 francs? Pour une question de timing. Claudio Stauffer a en effet construit son installation solaire en automne, après le début de la guerre en Ukraine, alors que les prix de l'électricité ont flambé. En tant que gros consommateur, il a décidé depuis des années d'acheter son électricité sur le marché libre. Problème: on peut certes y faire des économies, mais les fluctuations de prix sont plus importantes. La facture d'électricité a donc rapidement gonflé avec la guerre en Ukraine, passant d'à peine 7 centimes par kilowattheure à plus de 60 centimes.

Pour réduire sa consommation d'électricité, le boucher a donc contracté un crédit et investit à nouveau environ 200'000 francs dans les énergies renouvelables, ce qui lui a permis de réduire sa consommation d'électricité de moitié: «L'augmentation des prix a certes été douloureuse, mais nous avons pu l'absorber d'une manière ou d'une autre. Notamment grâce à nos investissements.»

Une signature de contrat ayant des conséquences

L'entrepreneur part donc du principe qu'il pourra atténuer les hausses de prix grâce à son électricité solaire et signe un contrat auprès du fournisseur Elektra, qui ne lui laisse que 30 minutes pour accepter les nouvelles conditions. «À ce moment-là, l'électricité était déjà achetée, sans mention d'achat en plus ou en moins», explique-t-il.

Pourtant, en août 2022, sans même que les contrats ne soient encore signés, Elektra achète, en coulisses et à des prix lunaires, l'électricité prétendument commandée. Ne sachant rien des achats du fournisseur d'énergie, Claudio Stauffer installe un mois plus tard une grande installation photovoltaïque, pour réduire davantage sa consommation d'électricité.

En octobre, il reçoit finalement le contrat, avec des mensualités nettement trop élevées. «Je pensais que ce montant incluait ma propre production d'électricité», explique Claudio Stauffer. «Du point de vue des quantités d'électricité, tout correspondait». Il finit par signer le contrat en octobre 2022... Une erreur qui lui coûtera cher.

17'000 francs pour l'électricité non consommée

Entre 2023 et 2024, les prix de l'électricité baissent à nouveau et Claudio Stauffer bénéficie d'une grande réserve d'électricité, facturée aux anciens prix extrêmement élevés.

Comme Claudio Stauffer consomme moins, Elektra revend le surplus, mais cette fois-ci à bas prix. Une différence de 17'000 francs est ensuite facturée au boucher.

Selon ce dernier, Elektra a été informée à temps, avant la signature du nouveau contrat, qu'il allait nettement réduire sa consommation d'électricité en raison de la nouvelle installation photovoltaïque. «J'ai calculé ma consommation presque au kilowatt près et j'ai transmis toutes mes données à Elektra» s'insurge aujourd'hui Claudio Stauffer.

Interrogée par Blick, Elektra se défend: «Le client ne nous a informés de la construction de son installation photovoltaïque et de la réduction de quantité qui en découlait que cinq semaines après la conclusion de son contrat.» Le fournisseur d'électricité rajoute: «Les courts délais pour les conclure un contrat de fourniture d'énergie sont également une pratique courante, notamment en cas de fortes fluctuations de prix.»

Le boucher conteste les éléments avancés par Elektra: «Je les ai informés dans les cinq semaines après avoir reçu l'offre. Il n'était pas question de contrat à ce moment-là. Celui-ci n'a été signé qu'en octobre. Je n'aurais jamais pensé que mon engagement pour réduire ma consommation d'énergie me coûterait aussi cher! Quand on se fait arnaquer de la sorte, c'est frustrant !»

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