Potentiellement illégal
Beat Jans, Ursula von der Leyen: l'UDC utilise l'IA pour s'attaquer à ses rivaux

La photo de couverture d'un podcast de l'UDC montre Beat Jans en train de dormir. Sauf que cette scène ne s'est jamais produite: l'image a été créée à l'aide de l'IA. Les partis politiques ont-ils le droit de recourir à ces méthodes?
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Sur l'image de couverture YouTube, la mention de l'IA est peu lisible.
Photo: RMS
Janic Urech

Grâce à l'intelligence artificielle (IA), on peut présenter le monde tel qu'on souhaite le montrer. L’Union démocratique du centre (UDC) en sait quelque chose. Le parti recourt de plus en plus à ces outils dans sa communication politique.

Un exemple récent l’illustre bien: la photo de couverture d’un épisode du podcast de l’UDC «Dütsch. Dütlich. Dettling!», avec le président du parti Marcel Dettling, montre le conseiller fédéral socialiste Beat Jans endormi. Sauf que cette scène ne s'est jamais produite: cette image a été entièrement générée par IA.

Certes, le parti précise que l’image a été «générée par IA». Mais même en zoomant, cette mention reste à peine lisible. Il est donc probable que seule une poignée de personnes a remarqué cette discrète inscription. Plus problématique encore, dans certaines versions du teaser, la mention «IA» a tout simplement disparu.

Trump, un précurseur

Jusqu’à présent, c’est surtout Donald Trump qui s’est fait remarquer sur la scène internationale pour son recours à l’intelligence artificielle dans les campagnes politiques. A travers des images et des vidéos souvent extravagantes, il se représente tour à tour en médecin, en roi, en pape ou même en messie...

En Suisse, l’UDC n’est toutefois pas le seul parti à utiliser des images générées par l’IA. En 2023, le Centre, le Parti socialiste (PS), les Vert-e-s, les Vert'libéraux et le Parti évangélique suisse (PEV) se sont toutefois engagés à respecter un code commun encadrant l’usage de l’intelligence artificielle.

Celui-ci prévoit notamment que les partis ne recourent pas à des images générées par l’IA dans le cadre de campagnes négatives, contrairement à ce que fait actuellement l’UDC. Les Vert'libéraux, par exemple, utilisent depuis quelque temps des visuels créés par IA sur leur site web, mais ceux-ci se limitent à des représentations de paysages sans caractère polémique.

L'UDC ne voit pas le problème

L’UDC et le PLR, eux, n’ont pas signé ce code. Interrogé par Blick, le secrétaire général adjoint de l’UDC, Peter Keller, remet en question la pertinence de cet engagement commun et doute de son respect par les partis signataires. L'élu ne mâche pas ses mots: il considère ce code comme une «absurdité», estimant que «dénoncer la politique des autres partis fait partie du débat politique».

En ce qui concerne l'image représentant le conseiller fédéral Beat Jans, Peter Keller ne voit pas le problème. Selon lui, le recours à l’IA est clairement signalé et le montage est facilement identifiable comme tel. «Beat Jans dort dans son bureau et non dans la ville de Ceuta», affirme-t-il.

Lorsqu’il lui est demandé quelles règles l’UDC applique pour le traitement de ce type d’images, Peter Keller répond que «les faits doivent être exacts et vérifiables». Il ne précise toutefois pas comment le parti entend vérifier ou démontrer que le conseiller fédéral Jans dormait effectivement dans son bureau.

De son côté, Beat Jans n’a pas encore réagi à cette affaire. Contacté par Blick, son département a également refusé de prendre position.

L’UDC, «récidiviste»

Ce n’est pas la première fois que l'UDC fait parler d’elle en raison de contenus générés par l'IA. Il y a quelques années, le conseiller national UDC Andreas Glarner avait suscité la controverse en publiant une vidéo générée par l'IA sur la Verte Sibel Arslan. Dans cette vidéo, l’élue semblait faire la promotion de l’UDC. La diffusion de ce contenu avait alors donné lieu à une procédure judiciaire.

Cette semaine encore, l’UDC s’est retrouvée sous les projecteurs pour avoir recouru à l’IA dans sa communication politique. Dans une vidéo de l’UDC de Zoug, une fausse Ursula von der Leyen apparaît en train de déchirer la Constitution fédérale. La présidente de la Commission européenne y est caricaturée en véritable méchante, avec un regard menaçant et un visage inquiétant.

Atteinte aux droits de la personnalité

Pour le journaliste spécialisé dans les technologies Reto Vogt, cette représentation va trop loin. Interrogé par la «Zuger Zeitung», il qualifie la vidéo de «deepfake», soit une falsification du visage d’Ursula von der Leyen. «Il est punissable de représenter une personne sans son consentement ou de publier une telle image sans son accord», explique-t-il.

Selon lui, la présidente de la Commission européenne pourrait donc engager des poursuites judiciaires. Il en irait de même pour Beat Jans, également mis en scène dans la vidéo, où il apparaît endormi.

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