En bref
- Les services municipaux de Grenchen investissent 34 millions de francs dans un parc éolien sur le Grenchenberg (SO), avec des subventions potentielles jusqu’à 135 millions de francs. Ce projet bénéficie d’une garantie fédérale ancienne malgré des recours qui retardent sa réalisation depuis des années
- Les subventions massives, financées par les ménages via une taxe de 2,3 centimes par kilowattheure, suscitent des critiques. Selon l’UDC Rémy Wyssmann, le système enrichit injustement les groupes énergétiques
- Le parc éolien du Grenchenberg bénéficie de tarifs garantis jusqu’à 21,5 centimes par kilowattheure pour les premières années. Actuellement, 392 éoliennes ont obtenu un engagement, mais peu de projets avancent en raison de procédures d’autorisation complexes
C'est un investissement qui en vaut assurément la peine. Les services municipaux de Grenchen (SWG) ont placé 34 millions de francs dans un parc éolien situé sur la montagne du Grenchenberg (SO). Au cours des prochaines années, les exploitants devraient percevoir des subventions estimées entre 93 et 100 millions de francs, voir même 135 millions dans les cas les plus extrêmes, a récemment annoncé la Confédération.
En clair: l'investissement initial de 34 millions de francs pourrait être compensé par trois à quatre fois ce montant en subventions. Un rendement de trois à quatre francs serait ainsi garanti pour chaque franc investi.
Ce flux financier massif s’explique par la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC), financée par les ménages: chaque consommateur d’électricité verse 2,3 centimes par kilowattheure. Cet argent est en partie consacré à l’énergie éolienne, ainsi qu'à d’autres mesures de soutien aux énergies renouvelables.
De nos jours, un tel niveau de financement ne serait plus possible pour de nouveaux projets éoliens. Mais le projet du Grenchenberg bénéficie d’une ancienne garantie sur ces rétributions élevées, valable même après près de deux décennies de planification. En effet, comme beaucoup d’autres projets éoliens, celui du Grenchenberg est bloqué par des recours depuis des années.
«Une gigantesque pompe à fric»
Ces millions garantis suscitent des critiques. «Les éoliennes sont devenues une gigantesque pompe à fric», s'offusque le conseiller national UDC Rémy Wyssmann (SO). «Grâce à la rétribution de l’injection, chaque ménage finance des bénéfices colossaux pour les magnats de l’électricité. Les groupes énergétiques s’enrichissent sans vergogne grâce à ces prélèvements obligatoires.» 392 éoliennes supplémentaires ont obtenu un engagement selon ce modèle RPC, mais nous ignorons encore combien d’entre elles seront construites. Actuellement, les projets éoliens sont au point mort presque partout.
Il faut savoir que le taux de rétribution pour un parc éolien comme celui du Grenchenberg serait aujourd'hui nettement inférieur. Or, l’ancien modèle de soutien promet au fournisseur d’énergie des taux garantis de 21,5 centimes par kilowattheure pendant les cinq premières années, puis de 13,5 centimes pendant les 15 années suivantes. En d'autres termes, si le prix du marché est inférieur au tarif garanti, la collectivité comble la différence. A l’inverse, si le prix du marché est supérieur, les services municipaux de Grenchen (SWG) doivent rembourser cette différence.
Les responsables se défendent
Le directeur général des services municipaux, Lars Losinger, souligne que cette aide est conforme aux dispositions fédérales. «Sans de tels instruments, de nombreux investissements dans de nouvelles installations ne seraient pas viables sur le plan économique.» Les critiques du conseiller national UDC Rémy Wyssmann ne tiennent compte ni des coûts de développement, de planification, de construction, d’exploitation ou d’entretien, ni de ceux liés au démantèlement ultérieur. «A ces coûts s’ajoutent les risques considérables que supporte le promoteur du projet pendant la longue phase de développement et d’autorisation.» En effet, le projet traîne depuis plus d’une douzaine d’années. Des recours et des procédures judiciaires ont retardé la construction jusqu’à aujourd’hui.
«L’analyse de rentabilité fait état d’un rendement à un chiffre», ajoute Lars Losinger. «Ce rendement raisonnable est nécessaire pour couvrir les risques liés au développement, à l’investissement et à l’exploitation d’un tel projet d’infrastructure sur le long terme.» Pour le directeur des services minicipaux, il ne s'agit donc en aucun cas d’une «arnaque».
Des procédures d’autorisation très longues
L’Office fédéral de l’énergie, compétent en la matière, défend lui aussi les engagements pris par le passé. «La mise en œuvre réussie des objectifs de politique énergétique suppose que les investissements dans les énergies renouvelables s’effectuent dans des conditions stables et prévisibles», explique l’Office. «Des modifications rétroactives affaibliraient la confiance dans la politique énergétique de la Confédération.»
Mais pourquoi ne pas avoir construit davantage d’éoliennes malgré des incitations lucratives? «Le modèle de soutien n’a pas échoué. De nombreux projets éoliens sont en phase de planification depuis des années, parfois depuis plus de 20 ans, et sont retardés par des procédures d’autorisation fastidieuses», constate l’Office fédéral.