Le conseiller fédéral UDC Albert Rösti avance-t-il à contresens? Malgré le rejet par le peuple, en 2024, du grand projet d’élargissement des autoroutes, le ministre des Transports veut relancer plusieurs chantiers sur le réseau des routes nationales.
D’ici à 2045, Albert Rösti prévoit d’investir environ 11 milliards de francs dans ce domaine. Dans le cadre de son programme «Transport 45», il a mis en consultation une liste de dix projets. Parmi eux figurent trois objets rejetés dans les urnes: le tunnel du Rhin à Bâle, le tunnel de Fäsenstaub à Schaffhouse et le troisième tube du tunnel de Rosenberg à Saint-Gall.
Un procédé jugé «antidémocratique»
Le fait que le conseiller fédéral UDC remette ces projets sur la table suscite l’indignation. «Le conseiller fédéral Rösti se focalise sur la construction de nouvelles routes et le bétonnage massif, au lieu de saisir l’occasion de mener une politique des transports durable», déclare à Blick Jelena Filipovic, coprésidente de l’ATE. Selon elle, le rejet de l’élargissement des autoroutes par la population constitue une décision historique. Le projet d’Albert Rösti reviendrait donc à ignorer la volonté populaire.
Jelena Filipovic semble bénéficier d’un large soutien dans la population. Selon un sondage représentatif réalisé en août par Demoscope auprès de plus de 900 personnes, 61% des sondés estiment «antidémocratique» que le Conseil fédéral envisage malgré tout de réaliser certains projets d’extension rejetés dans les urnes. Seuls 32% ne partagent pas cet avis.
Près de trois personnes interrogées sur cinq estiment également que l’élargissement des autoroutes ne résoudra pas les problèmes de circulation actuels, mais entraînera au contraire une augmentation du trafic. Près de deux tiers des sondés souhaitent plutôt que la hausse du trafic soit absorbée par le développement des transports publics, ainsi que des infrastructures piétonnes et cyclables. Même 54% des automobilistes partagent cette opinion.
24 milliards pour les transports publics
Jelena Filipovic ne s’inquiète pas, en revanche, du projet d’Albert Rösti d’investir 24 milliards de francs dans le développement du réseau ferroviaire d’ici à 2045. «Les transports publics, la marche et le vélo nécessitent beaucoup moins d’espace que les routes», souligne la représentante de l’ATE.
Un autre argument important, qui trouve un écho jusque dans les rangs de la droite conservatrice, concerne la préservation des terres agricoles. Selon le sondage, 85% des personnes interrogées jugent essentiel de produire autant de nourriture que possible en Suisse. Trois quarts des sondés souhaitent donc que les terres agricoles soient préservées pour les générations futures, plutôt que bétonnées pour élargir les autoroutes.
Une menace pour la biodiversité
Ce point bénéficie d’un large soutien sur l’ensemble de l’échiquier politique. Il est partagé par 97% des sympathisants des Verts, 91% de ceux du Parti socialiste et 79% de ceux des Vert’libéraux. Même au centre et à droite, l’adhésion reste importante: 66% au Centre, 63% à l’UDC et 57% au PLR. Par ailleurs, 72% des personnes interrogées craignent que l’élargissement des autoroutes ne porte atteinte à la nature et à la biodiversité. Et 57% redoutent une progression de l’étalement urbain.
Pour Jelena Filipovic, la direction à prendre est claire. «Nous avons besoin d’une mobilité durable, dans laquelle les différents modes de transport sont mieux connectés et gérés de manière plus intelligente», explique-t-elle. «Personne ne devrait être contraint de dépendre d’une voiture. En particulier dans les zones rurales, chacune et chacun devrait pouvoir choisir entre les transports publics, le vélo ou la marche.»
Référendum envisagé
La coprésidente de l’ATE s’oppose donc aussi à un élargissement massif des autoroutes, comme le réclame l’UDC dans une nouvelle prise de position. L’association envisage même de lancer un référendum si de nouveaux projets sont proposés. «L’élargissement à six voies déjà prévu pour la prochaine étape en Argovie entraînerait une perte importante de terres agricoles. Et c’est précisément ce que la population ne souhaite pas», affirme Jelena Filipovic.
Elle rejette également catégoriquement la demande de l’UDC de lier les projets ferroviaires et routiers dans un seul paquet. «Cela créerait un véritable chaos et nous n’avancerions pas d’un iota en matière de politique des transports. Toute personne qui rejette les projets ferroviaires bloquerait automatiquement les projets routiers, et inversement», prévient-elle. «La population doit pouvoir choisir librement ses priorités.»
La consultation menée par Albert Rösti court jusqu’au 9 octobre. On saura alors à quoi pourrait ressembler la prochaine bataille autour des routes nationales.