Les primes d'assurance maladie devraient une nouvelle fois augmenter l'an prochain. Selon les dernières prévisions, elles pourraient grimper de 5%, voire de 20% dans les cas les plus extrêmes. Le cas de Walter O.*, de Stans (NW), illustre toutefois que, dans le domaine de la santé, chaque franc facturé n'est pas nécessairement justifié.
Ce mécanicien à la retraite éprouvait depuis des années des difficultés à marcher. Son petit orteil gauche lui faisait mal à chaque pas. Au début de l'année, sa podologue l'a alors incité à consulter un spécialiste. «J'avais un orteil en griffe. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait plus le soigner, que c'était devenu trop grave.»
Le soulagement laisse vite place à la stupeur
Quelques mois après l'opération, ce passionné de randonnée peut enfin marcher sans douleur. Une première depuis longtemps. Mais sa bonne humeur est vite ternie par la facture.
L'opération réalisée à la clinique Hirslanden de Meggen (LU) lui a coûté 2500 francs, un montant que Walter peut comprendre. Sous anesthésie générale, son orteil y a été remis en place. «Toute une équipe s'est occupée de moi, et l'intervention a duré plus longtemps que prévu. Je comprends donc ces coûts», explique le retraité.
En revanche, le suivi au centre podologique de Lucerne lui a été facturé... 1642 francs! «Je n'en croyais pas mes yeux quand j'ai vu le montant indiqué sur la copie destinée au patient. C'était une intervention minime, qui n'a même pas duré dix minutes!»
Il s'agissait simplement de retirer un fil de soutien. «La médecin a tiré sur le fil, et hop, il était sorti. J'aurais très bien pu le faire moi-même», assure le senior.
La faute au nouveau système tarifaire Tardoc
Après avoir reçu cette facture exorbitante, Walter a immédiatement contacté le centre podologique pour comprendre comment le montant avait été calculé. Au final, c'est probablement sa caisse d'assurance maladie qui devra en assumer le coût. «Les employés du centre podologique ont bien compris ma colère, mais ils ne pouvaient rien faire. Ils m'ont dit qu'ils avaient les mains liées», raconte-t-il.
Depuis le début de l'année, le centre médical doit facturer ce type d'intervention selon le nouveau système tarifaire Tardoc, entré en vigueur en janvier dernier. Celui-ci était notamment censé simplifier la facturation au forfait. Sauf qu'avant cette révision tarifaire, le retrait du fil coûtait moins de 100 francs, soit une fraction des 1642 francs désormais facturés. «Le système de santé veut faire des économies, n'est-ce pas? Ou je me trompe de film?», s'exclame Walter.
Blick a interrogé l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) à ce sujet. Celui-ci reconnaît un problème avec le code tarifaire «C08.33D». «Il s'est avéré que ce forfait couvrait un large éventail d'interventions et que l'évaluation pour des interventions plus simples, comme le retrait de fils, n'était pas toujours appropriée», nous explique la porte-parole Stéphanie Germanier.
Le problème a depuis été signalé aux partenaires tarifaires. «Dans la version révisée au 1er janvier 2027, actuellement à l'étude à l'OFSP, des ajustements ont été apportés», écrit Stéphanie Germanier.
«Sans commune mesure»
Le directeur du Centre de podologie de Lucerne, Daniel Krapf, confirme lui aussi le constat de son patient. Il explique que le nouveau système ne lui laisse aucune marge de manœuvre: «Pour cette intervention, nous devons facturer le forfait prévu par Tardoc. Ces positions sont fixées par contrat et ne laissent aucune marge de manœuvre.»
Dans le cas de Walter, le montant facturé est toutefois sans commune mesure avec le travail effectué. «Dans ce cas, le montant du forfait par cas est sans commune mesure avec l'effort réel qui, comme l'a mentionné le patient, était très limité», précise le médecin.
Daniel Krapf confirme qu'avant l'entrée en vigueur de Tardoc, fin 2025, la facturation reposait sur l'ancien système, basé sur les prestations. «Pour la même intervention, environ 100 points tarifaires auraient été facturés, soit environ 90 francs. A cela s'ajoutaient la consultation, le matériel et le rapport – soit au total plusieurs centaines de francs. Auparavant, la facturation était transparente et compréhensible.»
Une facture trop élevée, mais des tarifs trop bas
Le directeur du centre podologique tient toutefois à préciser que cette hausse concerne uniquement cette intervention spécifique. Dans l'ensemble, la rémunération a nettement diminué avec le nouveau système. «De nombreuses prestations que nous fournissons dans l'intérêt d'une prise en charge de haute qualité ne peuvent plus être facturées aujourd'hui», explique-t-il.
Selon lui, cette situation met sous pression non seulement la qualité des soins, mais aussi les emplois dans les cabinets spécialisés. Globalement, les facturations sont donc plutôt trop faibles, estime le directeur.
Walter O., lui, souhaite adresser un conseil à tous les patients: «Renseignez-vous si une facture vous semble trop élevée. Ce n'est qu'en signalant ces montants excessifs que nous pourrons peut-être faire évoluer les tarifs.»
*Nom connu de la rédaction