«Cette punition est démesurée!»
Des gymnasiens vaudois privés de voyage d'études pour avoir bu de l'alcool: les parents s'indignent

Une vingtaine d'élèves scolarisés au Gymnase de Burier, à la Tour-de-Peilz (VD), ont été exclus d'un voyage d'études prévu cet automne, après avoir consommé de l'alcool durant un camp sportif. Jugeant cette punition excessive, plusieurs parents ont fait recours et déplorent une réaction trop lente du Canton.
Après avoir consommé de l'alcool durant un camp sportif, des gymnasiens vaudois ont été exclus du voyage d'études d'octobre.
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Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

«Ces jeunes sont traités comme des délinquants», s'insurge Adrien*, père d'un élève scolarisé au Gymnase de Burier, à la Tour-de-Peilz (VD). Voilà plusieurs mois qu'il tente, en compagnie de plusieurs autres parents, de faire annuler une punition qu'il estime «démesurée». En effet, une petite vingtaine de gymnasiens, dont le fils d'Adrien, ont été exclus du voyage d'études prévu pour le tout début du mois d'octobre 2026.

La raison de cette sanction, décidée par la directrice de l'établissement? Les jeunes concernés ont bu de l'alcool durant un camp de surf organisé par leur école au mois de juin. A la suite d'une consommation excessive, une adolescente a malheureusement dû être conduite à l'hôpital en ambulance, où elle a été prise en charge et soignée. Accusés d'avoir «abandonné» leur camarade, les autres participants du camp sont convoqués par la direction de leur Gymnase, dès leur retour: 18 d'entre eux admettent avoir bu de l'alcool durant ladite soirée, et écopent d'une suspension provisoire d'une semaine, ainsi que d'une privation de voyage d'études.

Offusqués, plusieurs parents contactent immédiatement la directrice de l'établissement, puis la Direction générale de l'enseignement post-obligatoire (DGEP) du Canton, afin de s'opposer à la punition. Six recours sont déposés, mais la réponse des autorités semble tarder.

Pas de réponse avant le début de l'année?

«Malgré de nombreuses relances durant l’été, l’avance de frais de 400 francs ne nous a été transmise que le 28 août, déplore Adrien. Cela a encore rallongé la procédure, puisque rien n’est communiqué à la directrice avant le paiement de ces frais de traitement. Elle ne pouvait donc pas prendre position, de son côté. A ce rythme, nos recours ne recevront jamais de réponse avant la date du voyage d'études, qui doit se dérouler début octobre. Le département nous a d’ailleurs laissé entendre par téléphone qu’ils ne pourraient donner suite avant le début de l’année!» Deux des six recourants ont alors décidé de se retirer.

Ainsi qu'il nous l'explique par téléphone, Adrien a l'impression que le département «essaie de gagner du temps», pour s'assurer que la décision ne puisse tomber que «lorsqu'il sera trop tard». Un reproche quasiment identique avait déjà été formulé par des parents d'élèves de primaire scolarisés à Vevey, soudainement changés de bâtiment pour la rentrée 2026: les réponses aux recours déposés étaient, pour la plupart, tombées après la rentrée. Pourquoi cela est-il si long, au point où la temporalité menace de rendre l'objet du recours complètement caduque?

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Au 17 septembre 2026, le DEF comptabilise, rien que pour l'enseignement postobligatoire, plus de 200 dossiers de recours exigeant un traitement selon ladite procédure pour l’année civile en cours.
Un porte-parole du Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF)
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Une hausse des recours de 25%, par rapport à 2025

Face à ces questionnements, le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle (DEF) affirme que chaque recours fait l’objet d’un «traitement spécifique détaillé», réglementé par la Loi sur la procédure administrative vaudoise. Celle-ci inclut différents échanges de courriers, divers délais et une «analyse juridique approfondie du dossier». Au vu du nombre important de recours déposés durant la période estivale, un tri est obligatoirement réalisé, selon la priorité. Actuellement, le nombre de recours connaît une «hausse inattendue de 25%» par rapport à l'année 2025, nous précise un porte-parole.

«Au 17 septembre 2026, le DEF comptabilise, rien que pour l'enseignement postobligatoire, plus de 200 dossiers de recours exigeant un traitement selon ladite procédure pour l’année civile en cours, poursuit notre interlocuteur. En vertu des dispositions applicables et de l’organisation de la vie scolaire, certains recours exigent un traitement prioritaire. Il s’agit en particulier des cas de recours impactant la promotion des élèves de l’enseignement postobligatoire, et donc la poursuite de leur cursus dans les Gymnases, les Ecoles de métiers ou encore en relation aux procédures de qualification CFC dans le canton de Vaud.»

Le DEF précise encore que les services sont «conscients des conséquences individuelles de chaque situation», «du souhait légitime de chaque recourante et recourant d'obtenir réponse rapidement», et qu'ils s'efforcent de traiter chaque situation «dans les meilleurs délais».

«
Nos enfants nous ont assuré que la jeune fille hospitalisée n’a pas été abandonnée et qu’ils n’étaient pas avec elle au moment des faits, Il s’agit d’une accusation complètement fausse.
Adrien*, père d'un gymnasien privé de voyage d'études
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Une punition que les parents jugent «démesurée»

Reste que, selon Adrien, les élèves ne se sentent pas pris en compte, ni écoutés par la direction: «Surtout qu’ils ont été suffisamment honnêtes pour avouer qu’ils avaient bu de l’alcool, alors qu’ils auraient pu mentir, souligne-t-il. Le fait que cela n’ait pas été récompensé ne les incitera pas à faire preuve de la même sincérité la prochaine fois.»

Par ailleurs, d'après les parents, la grande majorité des gymnasiens exclus du voyage sont restés raisonnables, n'ont bu «qu'un ou deux verres» et ont pu participer sans problème à toutes les activités sportives du lendemain. «Nos enfants nous ont assuré que la jeune fille hospitalisée n’a pas été abandonnée, qu’ils n’étaient pas avec elle au moment des faits et qu'ils n’avaient pas conscience de sa situation, poursuit le père de famille. Il s’agit d’une accusation complètement fausse».

«Les élèves se sont potentiellement mis en danger»

Contactée, la directrice du Gymnase de Burier, Suzanne Peters, explique la nature de la punition: «Au cours des camps sportifs organisés chaque année pour les élèves de première et deuxième année, les règles en vigueur au Gymnase s’appliquent: la consommation d’alcool et de substance est interdite et les heures de rentrée sont fixées par les enseignants qui encadrent les élèves. Ces règles ont été explicitement rappelées aux élèves à leur arrivée au camp.»

Selon la directrice, les élèves concernés sont ressortis de l'enceinte du camp après le couvre-feu pour se rendre sur une plage et consommer de l'alcool, dérogeant ainsi au cadre réglementaire. «Ce faisant, ils et elles se sont aussi potentiellement mis en danger et hors de portée de l’assistance des adultes qui les encadraient», souligne Suzanne Peters.

«Ces jeunes ne présentent aucun problème de comportement»

Pour notre interlocutrice, il est impossible pour le Gymnase d'apprendre «autant d'infractions» sans les sanctionner: «Lorsqu’un incident de ce type survient au cours d’un camp, l’élève ou les élèves concernés sont en principe renvoyés chez elles et eux immédiatement et à leurs frais, tandis qu'une sanction (suspension) leur est ensuite infligée à leur retour en Suisse, précise-t-elle. En l’occurrence, le renvoi immédiat n’a pas été possible du fait de la minorité de 16 des 19 élèves concernés et de l’impossibilité de trouver des moyens de transport coordonnés. Dès lors, nous avons pris l’option de laisser les élèves terminer leur camp et de recourir à une mesure alternative consistant à les priver du prochain voyage agendé pour toutes et tous, à savoir le voyage d’études.»

Reste à savoir si les parents seront entendus et si les gymnasiens concernés pourront quand même participer au voyage. «A notre connaissance, il s’agit de jeunes qui vont bien, ne présentent aucun problème de comportement et ont de bonnes notes», plaide Adrien, rappelant que l'incertitude qui continue de planer n'est pas facile à vivre pour eux. Les parents ont jusqu'à la fin du mois pour réagir aux arguments présentés par la Direction, en réponse à leur recours.

*Nom connu de la rédaction

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