Viticulture
Les dons à Valérie Dittli en 2025 soulèvent de nouvelles questions

En septembre 2025, Valérie Dittli a reçu un don de soutien de 15'000 francs du viticulteur Philippe Gex. Or ce dernier était membre de la Commission foncière rurale, supervisée par le département de la ministre. Le même mois, le Conseil d’État validait 17,2 millions d'aide à la viticulture vaudoise.
Le timing des donations de viticulteurs à Valérie Dittli interroge, tout comme le mandat de l'un d'eux à la Commission foncière rurale, que le Département de la ministre supervise.
Photo: Keystone
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Myret ZakiJournaliste Blick

Lorsqu’une conseillère d’Etat en charge de la viticulture reçoit, sur un compte destiné au soutien à son action politique, une somme importante de la part d’un viticulteur, qui siège au même moment à la Commission foncière rurale (CFR I), que son département supervise, des questions de gouvernance se posent.

Les interrogations persistent en effet autour des dons reçus par la ministre vaudoise Valérie Dittli. Philippe Gex, figure importante de la viticulture vaudoise, a versé 15'000 francs en soutien à la conseillère d’État. L'ancien syndic d'Yvorne (VD) et candidat PLR en 2011 au Conseil national est aujourd'hui l'un des principaux soutiens politiques de la ministre, qui a claqué fin août la porte du Centre Vaud pour fonder son propre parti, le Mouvement libéral.

Membre de la Commission foncière rurale

Blick a appris qu'au moment du versement, Philippe Gex siégeait à la Commission foncière rurale I (CFR I). Il a occupé ce mandat durant 8 ans, de 2018 à fin janvier 2026. D'après nos informations, Philippe Gex aurait souhaité quitter la CFR déjà au printemps 2025, mais il lui a été demandé de prolonger son mandat au 31 janvier 2026. Lorsqu'il a effectué le don à Valérie Dittli, le 18 septembre 2025, le Vaudois restait membre de la Commission, qui est placée sous la surveillance du département de Valérie Dittli. Il faut préciser ici que Philippe Gex ou les autres membres de la CFR I ne sont pas nommés par la cheffe du département, mais par le Conseil d’Etat.

La CFR, un organe clé dans les décisions sur les terres agricoles et viticoles

La CFR I, ou Commission foncière rurale, section I, est une autorité cantonale vaudoise qui tranche des questions liées aux terres agricoles. Concrètement, elle décide si une personne ou une société peut acheter un domaine agricole ou viticole, si le prix est admissible, ou si une opération respecte le droit foncier rural. Elle joue donc un rôle important dans le contrôle de la propriété et des transactions portant sur les terres agricoles.

Ses membres sont nommés par le Conseil d’Etat. La commission est indépendante dans ses décisions, mais son activité est soumise à la haute surveillance de la Direction générale de l'agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV), rattachée au Département de l’agriculture.

La CFR I, ou Commission foncière rurale, section I, est une autorité cantonale vaudoise qui tranche des questions liées aux terres agricoles. Concrètement, elle décide si une personne ou une société peut acheter un domaine agricole ou viticole, si le prix est admissible, ou si une opération respecte le droit foncier rural. Elle joue donc un rôle important dans le contrôle de la propriété et des transactions portant sur les terres agricoles.

Ses membres sont nommés par le Conseil d’Etat. La commission est indépendante dans ses décisions, mais son activité est soumise à la haute surveillance de la Direction générale de l'agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV), rattachée au Département de l’agriculture.

Valérie Dittli est donc l’autorité politique de tutelle de la viticulture vaudoise. Si la CFR I demeure indépendante dans ses décisions, le Département de la ministre chapeaute sa surveillance, et Valérie Dittli dispose du droit de recourir contre certaines de ses décisions. Ce qu'elle n'a pas manqué de faire, sur fond de discorde avec l'ancien président de la Commission, Jean-Claude Mathey, qui a démissionné en portant plainte contre elle. Plainte qui a été retirée ensuite, en échange d'un accord secret problématique, dévoilé par le rapport Meylan.

Le timing des dons interroge

En septembre 2025, le même mois où Philippe Gex a effectué le don, le Conseil d'Etat a pris la décision d'octroyer 17,2 millions de francs d'aides à la viticulture pour la période 2025-2028.

La donation de Philippe Gex à Valérie Dittli s'est faite au nom de Tilleul SA, société dont il est directeur, d'après le registre du commerce, et dont André Hoffmann est administrateur. André Hoffmann, vice-président du géant pharmaceutique Roche, issu de la deuxième famille la plus riche de Suisse avec 30 milliards de fortune estimée, a racheté dès 2017 à Philippe Gex deux domaines viticoles, le Domaine de la Pierre Latine à Yvorne, et le Clos du Crosex-Grillé à Aigle. Philippe Gex est ensuite devenu l'exploitant de ces domaines. Lors de la vente, c’est d'ailleurs la Commission foncière rurale, déjà présidée par Jean-Claude Mathey, qui a fixé le prix licite de la transaction à 8,75 millions de francs.

Rôle et prérogatives des uns et des autres

Contacté, le Département de l'agriculture de Valérie Dittli nous répond: «Le plan d’action en faveur de la viticulture vaudoise répond aux difficultés structurelles rencontrées par l’ensemble de la branche. Il s’agit d’une politique publique adoptée par le Conseil d’Etat, et non par le Département, lors de sa séance du 12 novembre 2025».

Il faut toutefois préciser que le département de Valérie Dittli a joué un rôle central dans la conception et la mise en oeuvre du plan d'action, en collaboration avec les organisations de la branche viticole, comme indiqué par le site de l'Etat de Vaud.

«Les subventions, ajoutent les services de Valérie Dittli, sont octroyées par la Direction générale de l’agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires (DGAV), et non le Département, selon des règles strictes». Le DGAV a certes une autonomie de décision sur l'octroi des subventions individuelles, mais il fait partie intégrante du Département de l'agriculture qui a porté le plan d'aide décidé par le Conseil d’Etat.

«Aucun conflit d'intérêt»

Enfin, «Philippe Gex n’a pas perçu de subvention pour améliorations foncières dans le cadre du plan de relance viticole à ce jour au titre d’exploitant», assure le Département. Les aides s'étaleront sur 4 ans, jusqu'en 2028. A priori, certaines mesures, à commencer par la promotion collective des vins vaudois, ont toutes les chances de profiter aux vins produits par les domaines du canton.

Plusieurs aides du plan ciblent les vignes en pente, notamment. Or comme l'indique le site du domaine de Gex et Hoffmann, ses vignes présentent des pentes pouvant atteindre 35 à 40%. Le communiqué de l'Etat de Vaud du 13 novembre 2025, qui renvoie pour toutes questions au Département de l'agriculture et à Valérie Dittli, évoque aussi des mesures d'aide à la production pour des exploitations répondant à des critères précis, ou destinées aux reconversions et à la relève (formation et promotion des métiers viticoles).

Le cœur des aides individuelles vise surtout les exploitants vaudois actifs, inscrits dans les dispositifs agricoles et de paiements directs, qui acceptent de restructurer leur vignoble (arracher, reconvertir, planter des cépages plus résistants, modifier leurs pratiques ou entretenir des vignobles particulièrement coûteux en pente ou en terrasses).

«Finalement, conclut le Département dans ses réponses, l’action de l’administration cantonale est encadrée par des dispositions légales visant à garantir l’impartialité des décisions publiques et à prévenir les conflits d’intérêts. Dans le cadre de ses compétences de surveillance, le Département respecte l’indépendance de la Commission et n’intervient pas dans ses délibérations. Au regard de ces éléments, aucun fait ne permet d’établir l’existence d’un conflit d’intérêts dans le cadre de l’élaboration et de l’adoption du plan d’action viticole.»

Avocat du Centre Vaud «stupéfait»

Le Ministère public vaudois a ouvert il y a un mois une enquête préliminaire sur les dons versés sur le compte de Valérie Dittli (clôturé depuis), suite aux révélations de Blick, fin août, sur le litige qui a éclaté entre la conseillère d'Etat et le Centre Vaud à ce sujet. Mais il n'avait pas encore été mentionné dans les médias qu'au moment du versement, l'un des donateurs était par ailleurs membre de la Commission foncière rurale.

«J'apprends maintenant que M. Gex était membre de la CFR I au moment du versement des fonds, et je suis stupéfait, réagit Samuel Thétaz, avocat du Centre Vaud dans deux procédures qui opposent le parti à Valérie Dittli. A mon sens, cela soulève encore d'autres questions au niveau de l'éventuel octroi d'un avantage. Le procureur général vaudois n'est pas au courant de cela à ma connaissance. Je vais ajouter cet élément au dossier».

Les règles du Conseil d’Etat insistent sur le fait qu’un don ou autre avantage perçu par un(e) ministre ne doit pas compromettre l’indépendance, l’objectivité et la liberté d’action, ni créer un risque de partialité.

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