Nouveau directeur de la Star Ac’
Mosimann, le bébé de la Star Academy devenu DJ star

Vainqueur du télé-crochet en 2008, le franco-suisse a annoncé cette semaine qu’il en devenait le directeur. Entre les deux, c’est l’histoire d’une réinvention, qui s’est jouée notamment sur les réseaux sociaux.
Mosimann "Crossover Festival"
Photo: SIPA
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Margaux BaralonJournaliste Blick

Immensément populaire dans les années 2000, l’émission Star Academy n’a pas toujours apporté à ses gagnants un succès à la hauteur. Certes, Jenifer a réussi à creuser son sillon dans la musique, jusqu’à devenir jurée de The Voice. Nolwenn Leroy s’est diversifiée avec des rôles à la télévision. Et Grégory Lemarchal, vainqueur en 2004 et décédé trois ans plus tard de la mucoviscidose, a marqué le programme pour d’autres raisons plus tragiques. Mais à part eux, difficile de retenir les prénoms de ceux qui sont arrivés au bout des 12 semaines d’entraînement au chant et à la danse. Le vainqueur de l’édition 2008 ne fait pas exception. Pas parce qu’il est tombé dans l’oubli. Mais parce que dix-huit ans après son sacre, Quentin Mosimann l’a abandonné, préférant se contenter de son nom de famille.

Photo: AP TF1

Aujourd’hui, le DJ apparaît comme une anomalie dans l’histoire du télé-crochet. Celui qui s’est le plus éloigné de l’émission qui l’a fait connaître pour mieux se réinventer et survivre dans l’industrie. Avant de rencontrer, depuis deux ans, une extraordinaire popularité, bâtie notamment sur les réseaux sociaux. Le DJ, né en 1988 à Genève, est partout: en concert bien sûr, mais aussi chaque semaine sur les ondes de France Inter, radio la plus écoutée de France, et surtout vedette de «dream track», une pastille qui cartonne sur Instagram et TikTok. Mais n’allez pas croire qu’il en a terminé avec le fameux château de Danmarie-les-Lys. Lundi dernier, le franco-suisse a annoncé qu’il serait le directeur de la Star Academy pour la prochaine saison, qui débutera le mois prochain.

Un bon petit soldat de la variété…

Ce parcours a de quoi étonner. D’autant plus lorsqu’on s’amuse à superposer les photos de l’époque et celles récentes. Comment ce garçon un peu emo aux cheveux longs et soigneusement méchés (Justin Bieber dictait la mode masculine de l’époque, rappelons-le), piercing au menton et voix moyennement assurée, est-il devenu le DJ crâne rasé et volontiers peroxydé qui impose son timbre profond chaque fois qu’il ouvre la bouche? En réalité, Mosimann a failli rejoindre la longue liste des vainqueurs qui n’ont jamais réussi à transformer l’essai télévisuel. Celui qui a grandi en Haute-Savoie, avec sa mère française, après le divorce de ses parents, a fait tout ce qu’on attendait de lui après avoir empoché son chèque d’un million d’euros auprès de TF1. Notamment sortir un double album, «Duel», très vite. Des remix électro, des sonorités jazzy: le jeune homme, 20 ans à peine à l’époque, se cherche. «J’ai connu une petite redescente après l’expérience de la Star Academy», reconnaît-il d’ailleurs auprès de «GQ». «Je n’étais pas aligné avec tout ce qu’on me proposait, je n’ai pas toujours fait les bons choix. Je ne me sentais pas à ma place.»

Un deuxième album, «Exhibition», suit deux ans plus tard. Clip avec des femmes en maillot de bain, musique ultra commerciale: Mosimann joue encore une fois les bons petits soldats de la variété. Cela lui ouvre les salles de concert les plus prestigieuses et lui laisse quand même un goût amer. «Il y a eu un moment symptomatique dans ma carrière», raconte-t-il à la RTS. «Le jour où j’ai fait l’Olympia (une salle mythique à Paris, ndlr) pour la première fois, j’ai eu peur, cette espèce de boule qui monte, et je ne me suis pas senti à ma place.»

Seulement voilà, Mosimann a aussi peur de son enfance «un peu compliquée», comme il le résume sur France Inter, dans des conditions modestes avec sa mère qui l’élève seule – sa sœur est restée en Suisse avec son père. Celui qui a gagné son premier cachet comme animateur en maison de retraite pour pouvoir acheter du vrai Nutella et du vrai Coca-Cola, et a longtemps eu l’obsession de rapporter un peu d’argent à la maison, ne peut pas totalement se permettre d’être lui-même. «Il y a cette nécessité de réussite quand on n’a pas le choix.»

…qui fait son coming-out électro

En réalité, le jeune homme n’a pas envie de ressembler éternellement au Justin Bieber francophone. Il fait son coming-out musical en 2012, dès le titre de son nouvel album, «Je suis DJ»: ce qui lui plaît, c’est l’électro. «Il m’a fallu 15 ans pour le comprendre», explique-t-il à «GQ». Sur France Inter, il développe: «Moi ce qui me fait du bien, c’est d’être devant 400 personnes dans un club et que ça sente la transpiration.» Mosimann les écume, Ibiza, Malte, Barcelone… La rupture avec l’univers Star Ac’ est consommée. Il devient aussi DJ résident sur la station Fun Radio. Mais surtout, il se sent enfin à sa place.

Nommé meilleur DJ français lors des Fun Radio European DJ Awards en 2014, il a également les honneurs de DJ Mag en 2015. Devant des pontes de la discipline, comme David Guetta ou DJ Snake. En 2020, l’artiste figure littéralement cette mue dans le clip (très violent) de sa chanson «Lonely». On l’y voit rouer de coups une version de lui-même qui ressemble furieusement au Quentin méché de Star Ac’, avant de lui raser la tête, d’effacer tout ce que contient son ordinateur, et de mettre le feu à son appartement. Difficile de faire plus clair.

Reste que DJ est souvent un métier de l’ombre. Rares sont ceux dont la notoriété dépasse les cercles d’initiés. Parallèlement, Mosimann continue de composer pour d’autres, comme Grand Corps Malade, Suzane, Melody Gardot ou Patrick Bruel – certaines collaborations ont mieux vieilli que d’autres. Ce travail en coulisses suppose d’abandonner certains rêves. «J’ai fait le deuil de vouloir absolument faire un tube radio», confie l’artiste au média Aficia. «Je me suis rendu compte que ça pouvait fonctionner autrement.» Brasser différents genres musicaux ravit cet enfant de divorcés, habitué à faire plaisir à tout le monde.

Le succès de «dream track»

C’est précisément au moment où il lâche prise que la gloire lui revient en pleine poire, un peu par hasard. Parce qu’il n’arrive que difficilement à finir ses morceaux, Mosimann demande de l’aide à d’autres. Très vite, de ces collaborations naît en 2024 le concept des «dream tracks», des compositions dans lesquelles le DJ mêle différentes sonorités choisies par un invité. Il y a parfois des choses classiques – Craig David lui demande de reprendre le riff de guitare de la chanson «Seven Days» – et souvent des choses qui le sont moins – Karine Le Marchand, présentatrice de L’Amour est dans le pré, lui impose les cris d’une vache, d’un mouton, d’une chèvre et d’un coq. Mettre tout ça en musique de façon cohérente constitue le coeur de ces petits formats qui explosent sur les réseaux sociaux.

Avec 250’000 abonnés sur YouTube, près de 677’000 sur TikTok et 1,3 million sur Instagram, Mosimann sort définitivement de l’ombre. Ce succès surprise, «je ne l’explique pas», assure-t-il à Aficia. «Ça me dépasse complètement. A la base, ce n’était pas du tout une stratégie marketing.» Mais Mosimann saisit parfaitement ce que les réseaux sociaux peuvent lui apporter. Pour sa tournée «Dream Tour», achevée il y a quelques jours par un concert à Toulouse, dans le sud de la France, il se calque sur des vlogs d’influenceurs et en documente de nombreuses étapes.

Entre Paris et les Alpes lucernoises

Que ressent-on quand on se retrouve face à une marée humaine bouillonnante qui danse sur ses compositions? «Comme ce moment où tu viens de faire une bonne séance de sport et tu sors de la douche. T’es bien», répond-il sur France Inter. Et «bien», Mosimann semble l’être enfin, après des années de recherche de soi. Tout est une question d’équilibre. Entre l’électro et la variété, puisqu’il continue de composer pour d’autres – notamment le prochain album de Céline Dion. Entre les chroniques intimes dans un studio de radio et les concerts gigantesques. Entre l’effervescence parisienne et les Alpes lucernoises, dans lesquelles il se réfugie lorsqu’il a besoin de calme (et de pratiquer le suisse allemand). Entre la vie d’artiste et une paternité arrivée il y a deux ans un peu par hasard, lorsqu’il est devenu d’abord donneur de gamètes pour une amie célibataire désireuse de tomber enceinte, puis officiellement papa, frappé par la nécessité de reconnaître la petite fille à sa naissance.

L’artiste ne se dit pas star («Le jour où je me sens 'arrivé', je pense que j’arrête», assure-t-il à Aficia) mais la suite parle pour lui: deux zénith à Paris le mois prochain, l’Arena de Genève au printemps… et, donc, la direction de la Star Academy pour la 14e saison. «Je me suis dit que c’était le moment de boucler la boucle», dit-il sur le plateau de l’émission Quotidien. «J’ai envie d’être un directeur qui ne dira pas [aux élèves] qui devenir, mais de les aider à comprendre qui ils sont avant d’aller dans tout ce processus d’artiste.» Le petit Quentin tout frêle qui chantait à côté de Johnny Hallyday, et a reçu un message de ce dernier lorsqu’il a gagné la Star Academy, en aurait rêvé.

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