Feu d’appartement à Lausanne
«L’incendie m’a pris mon chien. J’aurais préféré qu’on m’arrache le coeur»

Lorsque les flammes ont ravagé son appartement lausannois le 12 août dernier, Charlotte a tout perdu, mais surtout Ulysse, son compagnon à quatre pattes. Elle raconte cet événement déchirant et la vague de soutien qui a déferlé pour la consoler.
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Charlotte et Ulysse, son labrador croisé cane corso.
Photo: DR
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Camille BertholetTeam Lead Vidéo & Social Media Production

Lorsque les flammes ont ravagé son appartement lausannois le 12 août dernier, Charlotte a tout perdu, mais surtout Ulysse, son compagnon à quatre pattes. Elle raconte cet événement déchirant et la vague de soutien qui a déferlé pour la consoler.

«C’était ma vie, j’ai l’impression qu’on m’a coupé les deux bras et les deux jambes. J’aurais préféré qu’on m’arrache le cœur.» La voix de Charlotte se brise et ses yeux se remplissent de larmes lorsqu’elle évoque l’incendie qui a ravagé son appartement de la rue de la Harpe, à Lausanne, et lui a arraché Ulysse, son fidèle compagnon à quatre pattes. Traits tirés, elle a le regard hagard et les gestes fébriles de ceux qui ont tout perdu.

Présente à la manifestation quotidienne de la «veille pour Gaza» devant la gare de Lausanne, qui se tient depuis plus d’un an, elle est maintenant logée à Chailly chez son ami Luc, qui y participe également. Elle peine à se remettre des événements, mais un geste inattendu lui a apporté un peu de réconfort: des membres de l’association Gazaland, fondée par des Palestiniens à Lausanne et soutenue par les veilleurs, ont rendu hommage à Ulysse en peignant une fresque sur les décombres de Gaza

Au réveil, le cauchemar

Mais revenons un peu en arrière. Le 12 août dernier, alors que toute la Suisse a les yeux rivés vers le ciel où la lune éclipse le soleil, Charlotte choisit de suivre les astres depuis son balcon, toujours accompagnée d’Ulysse. Lovés l’un contre l’autre, ils restent dehors tard dans l’espoir d’apercevoir quelques étoiles filantes. Vers deux heures du matin, après s’être assoupie dans la fourrure tiède de son compagnon, Charlotte rentre et grimpe dans son lit pour finir sa nuit, laissant Ulysse «à la fraîche».

Soudain, le drame. «J’ai été réveillée par ses aboiements. J’ai ouvert les yeux, et la moitié de l’appartement était en flammes. Une barrière de feu me séparait du balcon. Mon premier réflexe a été d’essayer d’éteindre le brasier, j’ai attrapé l’extincteur, mais c’était si difficile de le dégoupiller. J’ai essayé de traverser les flammes, je n’ai pas réussi, je ne voyais rien. Puis les pompiers sont arrivés.»

«Quelqu’un m’a dit qu’il s’en était sorti»

Les gendarmes la sortent de l’appartement et lui demandent alors d’attendre l’ambulance dans la cour. «Ils m’ont embarquée au CHUV. Je pétais les plombs, je voulais des nouvelles de mon chien, j’ai demandé pendant des heures. Le plus terrible, c’est que quelqu’un a commencé par me dire qu’il s’en était sorti, donc la seule chose que je voulais, c’était partir le retrouver. Puis d’un coup, on est venu me dire que les pompiers l’avaient trouvé sans vie sur le balcon.»

Une larme coule sur la joue de Charlotte, sous ses yeux cernés. Luc l’essuie du bout du doigt, soutenant silencieusement son amie. «Une fois sortie de l’hôpital, j’ai pu aller lui dire au revoir. Je l’ai recouvert d’un keffieh et je l’ai tenu dans mes bras pendant quatre heures.» Elle marque une pause, puis reprend d’une voix étranglée: «Des choses dures, j’en ai endurées. Mais ce chien, c’était mon binôme, c’était mon tout. Vous voyez la chanson de Goldman qui dit “Tu es de ma famille, de mon ordre et de mon rang”? Ulysse, pour moi, c’était ça.»

Ulysse participait régulièrement aux «Veilles pour Gaza».
Photo: DR

Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances de l’incendie. Charlotte est retournée sur les lieux, dans l’espoir de retrouver des fragments de son ancienne vie, sans succès. Elle soupire. «Je ne conceptualise pas que c’est chez moi, qu’il n’y a plus rien et que tout a cramé.» La famille de Charlotte a depuis ouvert une cagnotte pour la soutenir financièrement.

Charlotte est retournée sur les lieux de l'incendie.
Photo: DR

Une fresque en l’honneur d’Ulysse

Très touchée par le sort des Gazaouis, Charlotte avait rejoint les «veilleurs pour Gaza» dès la mise en place du rassemblement, l’été dernier. Le groupe se réunit quotidiennement devant la gare de Lausanne, entre 17h30 et 18h30, pour une manifestation silencieuse. Sociable et attachant, Ulysse avait rapidement conquis les autres participants. «Deux Palestiniens qui prennent part à la veille et qui ont monté l’association Gazaland à Lausanne envoyaient régulièrement des photos du groupe à Gaza, et on y voyait mon chien qui jouait, qui faisait le con. Il donnait le sourire à tout le monde. Vous connaissez beaucoup de chiens qui restent assis une heure sous la pluie ou la neige sans broncher, vous?», lance Charlotte, fière.

Les membres de l'association Gazaland ont rendu hommage à Ulysse.
Photo: A Brilliant Photo

Après l’incendie et la mort d’Ulysse, un hommage inattendu lui parvient de Gaza Elle sourit doucement. «J’ai reçu une vidéo d’une fresque incroyable qu’ils ont peinte là-bas sur les décombres en l’honneur de mon chien, avec une lettre magnifique. Recevoir le soutien de personnes qui n’ont vraiment plus rien, c’est bouleversant. J’étais gênée au début, mais ils m’ont répété qu’il n’y avait pas d’échelle dans la souffrance. Dès que je vais mal, je regarde la vidéo, et ça me fait du bien.»

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Malgré l’énorme casquette qui lui recouvre la tête, elle est éblouie par la lumière de la fin d’après-midi, les yeux sensibles d’avoir trop pleuré. Luc boit ses paroles et complète ses phrases lorsque les mots lui manquent. Charlotte reprend: «Je suis fière. Je suis heureuse qu’il soit avec eux. Je compte sur lui, là-haut, pour jouer avec une tripotée d’enfants gazaouis.»

Une cérémonie d’adieu

Deux semaines après l’incendie, Charlotte a organisé une cérémonie en l’honneur d’Ulysse, au bord du lac, un lieu qu’ils affectionnaient particulièrement tous les deux. Elle raconte: «À la fin, on a lâché deux ballons blancs. Un pour les enfants de Gaza, l’autre pour mon chien.» Alors que le soleil s’approche de l’horizon, sa voix se fait plus faible. «J’ai fait incinérer Ulysse, il est sur ma table de nuit, je le garderai toujours. Il me manquera à jamais.» Elle marque une pause et soupire. Son regard s’embue alors que Luc lui prend la main. «Maintenant, en ville sans laisse, je suis obligée d’avoir deux sacs à main. Sinon mes deux bras ne me servent à rien.»

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