Les concentrations de microplastiques dans le Léman et les rivières environnantes ont peut-être été sous-estimées de plus de 650 fois. C'est ce que révèle une nouvelle étude de l'EPFL.
Grâce à une technique basée sur l'IA, les spécialistes de l'EPFL ont révélé que les microplastiques mesurant entre 1 et 100 micromètres dans le lac Léman et les cours d'eau environnants sont beaucoup plus abondants qu'on ne le pensait. La méthode de l'EPFL a été publiée le 17 août dans Nature Partner Journals Clean Water.
Pollution qui peut durer des siècles
Provenant soit de produits manufacturés, soit de la dégradation d'objets en plastique plus gros, les microplastiques peuvent être désormais trouvés partout, des océans et des rivières aux sols et à l'air intérieur, indique le communiqué de l'EPFL. «Comme la plupart des plastiques se dégradent très lentement, ces particules peuvent rester dans l'environnement pendant des décennies, voire des siècles».
Contrairement aux microplastiques plus gros, qui peuvent être détectés et classés plus facilement, les particules de moins de 20 microns restaient jusqu'ici un défi majeur. Or elles représentent la vaste majorité des particules plastiques présentes dans l'environnement. «Nous devons pouvoir détecter bien en dessous de 100 microns. Sinon, nous ne voyons que la partie émergée de l'iceberg», explique Christel Hassler, ancienne coordinatrice scientifique à l'EPFL.
Un risque à la limite
C'est ainsi que, pour améliorer la détection des particules minuscules, l'équipe de l'EPFL, dirigée par Christel Hassler et Florian Breider, directeur du Laboratoire central environnement de l'EPFL, a développé cette nouvelle technique. Grâce à celle-ci, il est possible de détecter des particules aussi petites que cinq micromètres, ce qui est essentiel pour mesurer la pollution, sachant que l'abondance des microplastiques augmente de manière exponentielle lorsque leur taille diminue.
C'est en étudiant 38 échantillons d'eau provenant du lac Léman et des rivières environnantes que les chercheuses et chercheurs ont découvert que les concentrations de microplastiques ont probablement été sous-estimées de plus de 650 fois. Environ six échantillons dépassent les seuils écotoxicologiques. «Nous ne sommes pas dans une situation alarmante, mais nous pourrions être à la limite où nous devrions nous inquiéter», avertit Christel Hassler.
D'autant que les microplastiques transportent également des additifs avec eux et interagissent avec d'autres polluants présents en milieu aquatique. Plus de 15’000 produits chimiques sont utilisés dans la fabrication des plastiques. En Suisse, certaines de ces substances sont interdites, comme certains additifs. «C'est le cocktail de substances qui est problématique. Étudier sa toxicité est extrêmement complexe, et encore plus son impact sur l'ensemble de l'écosystème», ajoute Florian Breider.