Maman solo et présentatrice
«Mes journées sont une montée en tension», confie Jennifer Covo

Soixante ans après le premier présentateur du téléjournal, elle incarne la grand-messe de l’actualité à 19h30, en semaine. Malgré des horaires de plus de douze heures, la Genevoise, maman d’un garçon de 11 ans, sait garder son optimisme et les pieds sur terre.
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Jennifer Covo passe au maquillage à 14h afin d'être prête pour un passage en plateau avant 19h30 si besoin.
Photo: Julie de Tribolet

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Jennifer Covo, 47 ans, succède à Philippe Revaz et présente le 19h30 de la RTS du lundi au jeudi après sept années à l’édition du week-end. Basée à Genève, elle jongle entre son rôle de maman solo et ses journées intenses à Ecublens
  • Elle décrit un rythme de travail exigeant, débutant à 8h30 avec des journées dépassant souvent 12 heures. Reconvertir l’information de dernière minute, comme l’annulation de la tournée de Patrick Bruel, relève parfois du défi
  • L’équipe derrière le téléjournal compte des dizaines de professionnels. Pour Jennifer Covo, le mandat de service public exige des moyens solides et une exigence constante pour délivrer une information qualitative et vérifiée
Didier DanaJournaliste L'illustré, Chef de la rubrique Personnalités

Elle est entrée à la RTS il y a seize ans. «C’était en août 2010», se souvient-elle. Yeux clairs, pommettes hautes, teint cuivré, avec ses faux airs de Laura Smet et dix-huit ans de journalisme au compteur, Jennifer Covo, 47 ans, présente désormais le 19h30 du lundi au jeudi.

Elle succède à Philippe Revaz à l’édition phare du TJ, après sept années aux manettes du week-end. Si elle a dit oui sans la moindre hésitation, elle sait la charge qui l’attend et des journées de travail, en équipe, de plus de douze heures. Le prix de la passion.

Jennifer Covo, comment s’est passé votre été?

Je suis partie avec mon fils (Elie, 11 ans, ndlr) et des amis en Espagne, sur la Costa Blanca, au moment de l’éclipse solaire totale. Le 12 août, nous étions à Moraira par hasard. C’était l’un des meilleurs endroits au monde pour observer et vivre l’expérience étonnante de la nuit en plein jour.

Pendant vos vacances, vous continuez à vous informer?

C’est le seul moment de l’année où je n’ai pas le nez dans l’actu en permanence. Tout en restant au courant des gros événements, je lâche mon téléphone et je lis des romans. En l’occurrence une brillante comédie de mœurs, trilogie de l’auteur américain Jay McInerney. Le premier volume s’intitule Trente ans et des poussières. Il raconte les nuances d’une relation amoureuse. A New York, un couple traverse les décennies et l’histoire américaine, les folles années 1980, le drame du 11 septembre... c’est passionnant.

Des week-ends au 19h30

Vous assuriez les éditions du téléjournal le week-end. Comment s’est présentée cette nouvelle opportunité?

Les planètes se sont alignées. Philippe Revaz souhaitait arrêter le TJ pour rejoindre le magazine Mise au point. Ma rédaction en chef et la direction de l’actualité, sans me consulter, ont songé à sa succession. Avant l’été, mon rédacteur en chef m’a invitée à déjeuner et m’a fait la proposition du 19h30 la semaine. J’ai tout de suite accepté.

Pourquoi?

Cela me permettait d’opérer une transition en restant dans ce que j’adore faire. C’est aussi un gain en termes de vie privée. Sept ans de week-end, matin et soir, c’est un engagement lourd. Mon collègue Valentin Emery a brillamment pris le relais.

Qu’est-ce qui va changer pour vous?

Pour moi, c’est un nouveau challenge, même si l’ambition du téléjournal reste la même du lundi au dimanche. La pression? Je me la mets naturellement. Vu de l’extérieur, le rôle de journaliste pivot au 19h30 est peut-être perçu un peu différemment. Vous êtes dans le foyer des téléspectateurs toute la semaine.

Comment sont rythmées vos journées?

Je me lève à 7h, j’arrive à 8h30 au bureau et notre première séance démarre à 8h45.

Dans les coulisses de l'info

Quelles sont vos habitudes pour vous informer?

J’écoute d’abord le journal de 7h de la radio romande suivi de l’interview à 7h30. Ensuite, je bascule sur France Inter. Dans l’intervalle, je me prépare et je lis les résumés de la presse alémanique, compilés par nos confrères de la radio. En arrivant à la rédaction, je lis la presse romande et je parcours le programme du jour de l’Agence télégraphique suisse. Le soir, en rentrant, je regarde en replay le 20h des chaînes françaises. Sinon, je m’informe toute la journée, en zappant sur CNN, BFMTV, LCI, sans parler des alertes infos des médias suisses. Je baigne dans un flux d’infos continu.

Pourquoi commencer si tôt pour un rendez-vous fixé à 19h30?

Un journal télévisé quotidien se construit. On réfléchit dès 8h45 aux angles à apporter et aux sujets intéressants à développer. C’est aussi le début du travail des équipes qui vont réaliser des reportages pour le soir. Parfois, il faut monter un sujet en deux heures, juste avant le direct.

«
Je suis du soir, pas du matin. J'ai besoin de trois cafés pour bien démarrer
»

Le mardi 1er septembre, vous avez pu annoncer que Patrick Bruel annulait sa tournée.

L’info, tombée à 19h, a été intégrée, mais à cette heure-là il est impossible de fabriquer un sujet télé dans un laps de temps aussi court.

Affronter la tension du direct

Avec de telles journées, comment rester d’attaque jusqu’au TJ?

La journée est une montée en tension. Il faut apprendre à la gérer. Plus le temps passe et plus le stress va s’intensifier. Je suis du soir, pas du matin. Cela fait rire mes collègues (rires). Quand j’arrive à 8h30, même si mon cerveau fonctionne, je suis mal coiffée, j’ai la tête à l’envers et je dois avaler trois cafés. Il y a des gens qui sont crevés à midi, moi, c’est l’inverse. Après, il faut une vie équilibrée et saine pour tenir la distance. Cela n’empêche pas de faire la fête le week-end.

On vous voit à l’antenne, mais le téléjournal est un travail d’équipe: rédaction en chef, chef d’édition, journalistes, correspondants, sans oublier une multitude de techniciens, femmes et hommes invisibles. Combien êtes-vous?

Nous sommes des dizaines. Si c’est bien moi que l’on voit à l’antenne, je ne pourrais rien faire toute seule. Il est très important de le souligner. Les équipes sont la base du métier. Sans elles, il n’y a pas de journal.

Jennifer Covo et Melchior Oberson, coproducteur du «19h30», règlent quelques derniers détails.
Photo: Julie de Tribolet

La redevance a, une fois encore, été attaquée le 8 mars dernier. Est-il possible d’assurer une information de qualité sans de solides moyens financiers?

On ne s’en rend pas compte, mais notre mandat de service public est de fournir une information qualitative, c’est-à-dire vérifiée. Ça ne tombe pas du ciel. On a besoin de journalistes pour ça. La télé est un média lourd. Une fois l’info vérifiée, on part à la rencontre des intervenants, on fait des interviews et donc de l’image pour illustrer le sujet. Ensuite, on doit le rédiger, l’enregistrer et le monter. Cela nécessite des compétences et du monde. Après, on peut toujours s’améliorer, rationaliser, sans oublier que nous informons aussi à la radio et sur le digital.

Garder la bonne distance

La canicule s’est invitée dans l’actualité et dans nos vies. Récemment, lors de l’une de vos interviews face à Albert Rösti, on se serait cru dans un film catastrophe, une situation sans issue. Est-on voué à n’annoncer que des mauvaises nouvelles au 19h30?

C’est une question intéressante qui touche le cœur même de notre métier. D’abord, il y a ce que l’on ressent face à un phénomène comme la canicule. Chacun de nous l’a vécu. Nous avons le sentiment diffus d’être à un point de non-retour. Moi, je ne suis pas là pour porter un jugement, mais pour interroger les experts, interpeller les politiques et l’ensemble de ceux qui ont en main, aujourd’hui et demain, les clés pour agir: «Qu’allez-vous faire et comment?» Nous nous devons de donner des réponses à la population. C’est notre mandat de service public. De manière plus personnelle, j’ai appris à garder de la distance avec les événements, sinon vous risquez de faire une dépression.

Qu’est-ce qui a pu vous affecter?

Tout d’abord, j’aime à croire qu’il existe des solutions. Sans être naïve, j’essaie de rester dans une vision optimiste du monde. Je me souviens qu’au lendemain de l’attentat terroriste du 14 juillet 2016, à Nice, après une journée à visionner en boucle des images du camion-bélier ayant tué 86 personnes, je suis rentrée chez moi en larmes. Le détachement naît de l’expérience. Si je reste le messager, je dois aussi me préserver de la tristesse du monde.

Vous recevez, de manière continue, des images d’une extrême violence que vous ne diffusez pas forcément.

L’équipe de la rubrique internationale est la plus exposée. Elle va tout regarder et faire une sélection avant que je ne les visionne à mon tour. Mais, même à ce stade, je vais être confrontée à des choses très dures et qui, par leur caractère parfois insoutenable, ne seront pas diffusées à l’antenne.

«
Mon fils de 11 ans est ma priorité absolue
»

Vous expliquez la canicule ou les guerres à votre fils de 11 ans?

Oui, face à un enfant curieux de nature, je réponds à ses questions et je l’informe. Je pense qu’à son âge il faut avoir de l’espoir et des rêves. Je veille à ne pas le déprimer en lui disant que les choses sont fichues. Parce que, à 11 ans, tout est encore possible.

Les défis du quotidien

Comment s’articule votre vie de maman solo?

Ma priorité absolue, même si je ne suis pas présente physiquement, c’est mon enfant et il le sait. Pendant sept ans, j’ai travaillé tous les week-ends. Je n’étais donc pas avec lui pendant ses congés et j’ai compensé la semaine dans les moments importants de sa vie et de sa scolarité. Aujourd’hui, je suis moins présente en semaine, mais à ses côtés du vendredi au dimanche. Parfois, c’est difficile pour mon fils quand je rentre à 21h alors qu’il aurait eu envie de me voir à 16h. Heureusement, il y a le week-end. Dimanche dernier, je l’ai emmené à Walibi Parc où nous avons passé une journée merveilleuse. C’est une logistique mentale et organisationnelle que de savoir être présente dans ces moments-là. Certains soirs, je vais rester avec lui jusqu’à ce qu’il s’endorme avant de recommencer à travailler. Honnêtement, ça n’est pas toujours évident.

«Au parc des Bastions avec un sandwich en guise de déjeuner. J'ai une heure et demie de pause en général, parfois beaucoup moins.»
Photo: Julie de Tribolet

Vous habitez Genève. Faire les trajets jusqu’à Ecublens, où se situe le tout nouveau site de production de la RTS, va prolonger vos journées. A quelle heure finirez-vous?

A Ecublens, si je quitte le bureau vers 20h30, je ne serai pas chez moi avant 21h30 dans le meilleur des cas. Comme le débriefing avec le rédacteur en chef de la journée se tient à 20h05, on va peut-être le faire par téléphone. Je ne songe en aucun cas à déménager. Ma vie privée est à Genève, mon fils y est scolarisé. Ses amis et les miens y vivent, tout comme mes parents et mes deux sœurs. C’est la base de mon existence. Je préfère faire un trajet plus long pour ne pas bousculer nos habitudes.

Dans cette activité en flux tendu, qu’est-ce qui vous ressource?

Le sport. Depuis deux ans, je fais du spinning deux fois par semaine. C’est du vélo d’endurance et du cardio-training en salle et en musique. Je surveille aussi mon alimentation. Quand on termine à 20 h 30, il faut veiller à manger équilibré vers 22h (large sourire). Et le week-end, je dors tard le matin, le samedi et le dimanche.

Style, notoriété et humilité

Si les hommes portent invariablement un veston et une cravate au TJ, les femmes sont soumises aux aléas du changement. Comment faut-il s’habiller pour présenter l’actualité?

On ne peut pas entrer dans le salon des gens en étant mal habillé. C’est ça, la clé. Il faut être d’une élégance sobre, tout en restant dans l’air du temps. Je travaille avec le styliste romand Julien Choffat. Nous choisissons des vêtements tous les six mois. Un joli vêtement peut ne pas passer à l’image, on va donc toujours faire des essais en studio, en situation réelle.

«Je choisis ma tenue du soir dans le dressing. La tension commence sérieusement à monter...»
Photo: Julie de Tribolet

Comment réagissent les téléspectateurs qui vous arrêtent dans la rue?

Ils me disent: «Ah, c’est super, on vous voit à la télé!» J’échange un peu, je rigole beaucoup et ils soulignent souvent: «Vous êtes beaucoup plus rigolote dans la vie qu’à l’écran.» Je m’en amuse et j’acquiesce. Il est vrai que l’actualité n’incite pas à rire tous les jours!

Question quiz: si je vous dis José Ribeaud, que me répondez-vous?

Il a été le tout premier présentateur du journal romand, le 2 octobre 1966 à 20 h. Le journal, diffusé depuis Zurich, ne durait alors que quinze minutes. J’ai eu le plaisir de l’interviewer et j’ai été marquée par son humilité. Nous, journalistes de télé, traversons une époque, on fait notre travail le mieux possible, on passe à l’antenne, le public nous reconnaît dans la rue. Quelques années plus tard, d’autres têtes auront pris notre place. Tout passe. Je retiens donc la leçon d’humilité de ce pionnier et illustre confrère. A mon sens, c’est la meilleure façon de garder les pieds sur terre.

Un article de «L'illustré» n°37

Cet article a été publié initialement dans le n°37 de «L'illustré», paru en kiosque le 9 septembre 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°37 de «L'illustré», paru en kiosque le 9 septembre 2026.

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