Le coordinateur du festival La Belle Nuit
«Face au harcèlement, le monde de la nuit doit engager davantage de femmes»

La quatrième édition du festival lausannois La Belle Nuit, consacré au clubbing, se termine ce samedi 16 septembre. Son coordinateur Thomas Lecuyer tire un bilan positif, mais déplore que le monde de la nuit reste un monde d'hommes. Interview.
Publié: 15.09.2023 à 17:55 heures
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Dernière mise à jour: 15.09.2023 à 18:01 heures
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«Toute une frange de la population ne lit que les mauvais côtés du monde de la nuit dans la presse», constate le programmateur.
Photo: Keystone/Jean-Christophe Bott/Gustave Deghilage
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Amit Juillard

C’est bientôt fini, mais pas tout à fait. La quatrième édition du festival La Belle Nuit, dont Blick est partenaire, se termine ce samedi. Cette année, l’élément phare de la manifestation qui fédère 40 bars et boîtes de nuit de Lausanne était une exposition consacrée à 40 ans de clubbing dans la capitale olympique, au Forum de l’Hôtel de Ville. Depuis le 8 septembre, quelque 800 visiteurs uniques sont venus y découvrir la plus petite disco du monde.

La manifestation, qui collabore étroitement avec les autorités de la Ville, la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme et diverses associations de prévention, veut permettre de faire avancer les réflexions autour du monde de la nuit. De ses côtés festifs, mais aussi de sa face sombre. Une journée de discussion entre professionnels de la vie nocturne s’est déroulée le 11 septembre.

Joint ce vendredi, le coordinateur Thomas Lecuyer lève un coin du rideau: «Nous avons parlé d’inclusivité […], confie Thomas Lecuyer, coordinateur. Aujourd’hui, le monde de la nuit est un monde d’hommes […]. Nous devons décloisonner tout ça et engager davantage de femmes. C’est aussi ainsi que nous arriverons à lutter contre le harcèlement, par exemple.» Le programmateur tire par ailleurs un bilan positif de cette cuvée 2023 et nous dévoile son coup de cœur.

Thomas Lecuyer, le Festival La Belle Nuit se termine samedi soir. Quel bilan tirez-vous de cette quatrième édition?
Le bilan est positif. Notre expo gratuite au Forum de l’Hôtel de Ville — consacrée à 40 ans de vie nocturne lausannoise et à des producteurs de musique électronique vaudois qui ont su s’exporter — a permis d’asseoir la reconnaissance des mondes de la nuit comme des acteurs culturels à part entière. Quelques 800 personnes sont venues entre le 8 et le 15 septembre. Des touristes, des personnes âgées, des familles: tout sauf des clubbeuses et clubbeurs!

Plonger le grand public dans le monde de la nuit, en plein jour, c’était le but, non?
Oui. C’est ça qui nous intéresse: présenter le monde de la nuit à des gens qui ne le connaissent pas. Quand on se comprend mieux, on vit mieux ensemble. Toute une frange de la population ne lit que les mauvais côtés du monde de la nuit dans la presse.

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«Au Flon, le nombre d'événements négatifs, qu'il faut prendre au sérieux, est minime»
Thomas Lecuyer, coordinateur du festival La Belle Nuit
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Alors qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter?
Bien sûr, tout n’y est pas rose. C’est une zone grise, mais il s’y passe beaucoup de belles choses. Chaque week-end, le quartier du Flon accueille 30’000 personnes. Chaque week-end, c’est comme une soirée à Paléo! En proportion, le nombre d’événements négatifs, qu’il faut prendre au sérieux, est minime.

Lundi, lors du Forum à l’Arsenic, vous avez réuni des professionnels du monde de la nuit pour une grande discussion. Quelque chose d’intéressant en est ressorti ou vous avez parlé pour ne rien dire?
Nous avons parlé d’inclusivité, tant dans les équipes que dans les clubs. Aujourd’hui, le monde de la nuit est un monde d’hommes: les directeurs de boîte, les agents de sécurité… Nous devons décloisonner tout ça et engager davantage de femmes. C’est aussi ainsi que nous arriverons à lutter contre le harcèlement, par exemple. Ça, et les formations que nous aimerions mettre en place avec le soutien du Canton et des organismes de prévention. Mais d’autres choses sont aussi ressorties de ces débats.

Lesquelles?
Par exemple, l’inclusion des événements nocturnes dans un agenda culturel. Aujourd’hui, rien n’est centralisé. Nous avons aussi lancé l’idée d’afficher les horaires des transports publics à la sortie des clubs. Le but serait d’aider le public à éviter les situations de vulnérabilité au moment de rentrer chez soi. Tout ceci va être matérialisé par l’évolution de la charte La Belle Nuit (ndlr: qui veut permettre une vie nocturne apaisée et sécurisante).

Votre coup de cœur de cette mouture 2023?
C’était le 8 septembre au D! Club, au Folklor et au Mad. Des performances de danse contemporaine de la compagnie Le Marchepied au milieu des clubbeuses et des clubbeurs touchés par la grâce de ces instants. La rencontre d’univers qui ne se rencontrent pas toujours.

Que restera-t-il à découvrir jusqu’à samedi soir?
Par exemple, la plus petite discothèque du monde au sein de notre exposition au Forum de l’Hôtel de Ville, qui fermera définitivement ses portes samedi à 20h. Sinon, j’invite les gens à oser aller faire un tour dans les clubs même si ça n’est pas dans leurs habitudes!

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Plus d'informations sur www.la-belle-nuit.ch.

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