Depuis juillet 2023, le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) facilite la reconnaissance du statut de réfugiées pour les femmes et les filles originaires d'Afghanistan. Réprimées et discriminées par le régime des talibans, elles peuvent prétendre à l'asile, plutôt qu'à la simple «admission provisoire». «Le SEM continuera d'examiner leurs demandes au cas par cas», précise-t-il toutefois.
Or, via une motion déposée au Conseil national le 16 septembre, Gregor Rutz (UDC/ZH) demande au Conseil fédéral «d'annuler» ce changement de pratique. Selon l'élu, les examens individuels promis par le SEM «n'ont plus lieu», tandis que ce droit d'asile facilité «sape les efforts visant à maîtriser la crise de l’asile». A noter que le conseiller fédéral Beat Jans soulignait en août 2026, que les demandes d'asile continuent de baisser en Suisse.
Malgré l'avis négatif du Conseil fédéral, qui avait déjà rejeté un texte quasiment identique, en mai 2025, la motion a été acceptée le jeudi 17 septembre, par 101 voix contre 84 et 8 abstentions. L'UDC, une majorité du PLR et une part conséquente du Centre se sont prononcés en faveur du texte.
«Le régime des talibans est épouvantable»
Dans sa motion, Gregor Rutz déclare que l'accueil des femmes et des filles afghanes «ouvre la porte au regroupement familial». Pour le conseiller national socialiste Jean Tschopp, cet argumentaire suggère que les femmes afghanes réfugiées en Suisse puissent faire venir des hommes qui pourraient s’avérer dangereux. Or, en avril 2025, le SEM avait justement durci sa pratique en matière d'asile pour les hommes afghans seuls: en cas de demande rejetée ceux-ci peuvent, dans certains cas, être renvoyés.
Pour le conseiller national socialiste Jean Tschopp, cette motion représente «une surenchère» contre les droits fondamentaux, les droits des femmes et les principes de la démocratie. «Il faut rappeler que le régime des talibans est absolument épouvantable pour les femmes et les filles, muselées, privées de tout accès à l’éducation, sans moyen de divorcer d’un conjoint violent, rappelle-t-il. Alors que les hommes, de leur côté, n’ont qu’à battre des cils pour quitter leur femme.»
«Des méthodes proches de celles de Trump»
Autre argument de Gregor Rutz: le changement de pratique en faveur de l'asile des afghanes «favorise la migration secondaire, à savoir le fait que des personnes qui vivent depuis longtemps dans des pays tiers choisissent de venir s’installer en Suisse.» Pourtant, le Conseil fédéral avait immédiatement contredit cet argument, expliquant que «les Afghanes qui peuvent retourner dans un Etat tiers dans lequel elles avaient séjourné auparavant ne sont pas reconnues comme réfugiées en Suisse et n’obtiennent donc pas l’asile.»
Pour Jean Tschopp, l'argument de Gregor Rutz relève d’un «faux-problème» autour duquel l'UDC crée un «immense narratif». Et c'est justement cela qui l'inquiète: «Cette méthode me rappelle celles de Donald Trump, estime le socialiste. Il s’agit de pure manipulation, qui ne doit pas devenir une habitude, en Suisse. Le Conseil fédéral a clairement expliqué la situation, dans un avis que les élus sont censés avoir lu, mais l’UDC est quand même parvenu à construire un narratif pour détourner les opinions.»
«Un signal désastreux pour les valeurs de liberté»
Par ailleurs, le résultat du vote a fortement inquiété la gauche: «Il s’agit d’une décision inquiétante, à mes yeux, poursuit Jean Tschopp. Pas tant du côté de l’UDC, qui nous a habitués à ce type de discours, ni de la part du PLR, qui s’aligne souvent sur l’UDC pour les questions de l’immigration. Je suis plutôt surpris de la position du Centre, dont la majorité des membres masculins ont soutenu assez largement cette motion. Ce glissement me semble très préoccupant.»
Le texte est désormais entre les mains du Conseil des Etats, qui devra se prononcer à son tour. Jean Tschopp espère ainsi que le résultat du National provoque des réactions, parmi la société civile: «La population suisse n’est pas indifférente à la situation des femmes afghanes et porte une tradition humanitaire très ancrée, observe le socialiste. J’espère que ce vote suscitera une prise de conscience. Car on peut encore corriger le tir. Ce vote est un signal désastreux par rapport aux valeurs de liberté que la Suisse défend».