Ce que la Commission de gestion du Conseil national a rendu public mardi n’était que la confirmation de ce que l’on savait depuis longtemps: l’organe de contrôle conclut que les Etats-Unis n’ont jamais garanti à la Suisse un prix fixe pour l’achat de 36 avions de combat de type F-35. Le Contrôle fédéral des finances l’avait déjà souligné en 2022. Les détracteurs faisaient remarquer depuis des années que ni les Etats-Unis ni le constructeur du F-35, Lockheed Martin, n’avaient jamais promis contractuellement à aucun autre pays un montant fixe – indépendant de l’inflation et de la demande.
Ces avertissements n’ont empêché ni l’ancienne ministre de la Défense Viola Amherd (64 ans, au Centre), ni les responsables de l’Office fédéral de l’armement (Armasuisse) de répéter inlassablement que la Suisse obtiendrait 36 avions américains pour 6 milliards de francs grâce à ce prix fixe. Viola Amherd garde aujourd’hui le silence à ce sujet et indique à Blick qu’elle a fourni des informations aux instances parlementaires compétentes: «Je respecte le processus politique et parlementaire en cours.»
La perspective d’obtenir l’avion de combat le plus moderne sans débourser plus que pour la concurrence avait de quoi surprendre. Cela a constitué un argument de poids dans le choix du modèle par le Conseil fédéral. En effet, les électeurs avaient approuvé à une très faible majorité l’octroi de 6 milliards pour de nouveaux avions. Les experts et le Conseil fédéral ont estimé qu’il en fallait au moins 36 pour équiper les Forces aériennes.
Les fonds sont versés régulièrement
L’inflation, la demande et l’émergence de nouveaux conflits amènent désormais le Conseil fédéral à estimer qu’il ne pourra acquérir que 30 avions de combat américains pour ces 6 milliards. Il n’est pas certain non plus que la livraison puisse avoir lieu comme prévu d’ici 2030. Afin de pouvoir acheter au moins 36 avions de combat, le Département fédéral de la Défense et les responsables politiques de droite proposent à un rythme soutenu de nouveaux modèles de financement.
Malgré toutes ces incertitudes et indépendamment des tensions avec les Etats-Unis concernant leur politique douanière, la Suisse s’avère être un partenaire contractuel modèle dans le dossier du F-35: elle paie et paie encore. Sans savoir exactement combien d’avions elle obtiendra pour ces 6 milliards.
Au total, la Suisse a versé jusqu’à présent aux Etats-Unis l’équivalent de 1,7 milliard de francs – soit 2,1 milliards de dollars – pour les F-35. C’est ce qu’a indiqué Kaj-Gunnar Sievert, porte-parole d’Armasuisse, à la demande de notre rédaction. Ce montant correspond à la situation à la fin du mois de juin, la dernière tranche ayant été versée en mars. «Selon le calendrier actuel, la prochaine échéance pour l’acquisition des avions de combat est prévue début 2027», précise Kaj-Gunnar Sievert.
Quelques avions prévus pour 2028
A la mi-2025, Armasuisse avait chiffré à 870 millions de francs les dépenses engagées jusqu’alors pour le F-35. Depuis, près d’un milliard supplémentaire a donc été versé aux Etats-Unis. En mai, Lockheed Martin a commencé, en contrepartie, l’assemblage final du premier F-35 suisse. Quelques avions sont attendus ici à partir de mi-2028. De plus, des composants destinés à la flotte suisse sont fabriqués en Italie depuis le mois d’août.
Comme pour l’avion de combat, la Suisse finance également les missiles antiaériens Patriot en provenance des Etats-Unis, dont la mise en service sera fortement retardée et coûtera plus cher que prévu. A ce titre, l’armée a déjà versé 800 millions de francs par tranches.