Les prix les plus chers du pays
Son village étranglé, ce Suisse défie un grand groupe d'électricité

La commune de Kestenholz (SO) affiche le prix de l'électricité le plus élevé de Suisse. Cela s'explique par un contrat particulier, conclu peu après le lancement de la guerre en Ukraine. Un riverain ne compte pas se laisser faire. Reportage.
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Andy Winiger préside le conseil d'administration d'Energie Kestenholz.
Photo: Raphaël Dupain

En bref

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  • A Kestenholz (SO), le courant coûtera 45,88 ct/kWh en 2025, un record en Suisse, en raison d’un contrat conclu avec Repower en 2022 et valable jusqu’en 2032.
  • La commune a déposé une plainte, portée notamment par Andy Winiger, qui estime que le tarif est devenu illégal après la baisse des prix du marché
  • De son côté, Repower dit avoir acheté l’électricité à des prix alors très élevés, et défend la sécurité des contrats à long terme.
Janic Urech, Raphaël Dupain et Tobias Bruggmann

Lorsque Andy Winiger comparaît devant les juges, tout le village est derrière lui. Cet homme, originaire de Kestenholz (SO), affronte le groupe énergétique grison Repower dans une affaire qui porte sur le prix de l’électricité. Et pour cause: l’année prochaine, le kilowattheure y coûtera 45,88 centimes, soit le tarif le plus élevé de Suisse. A titre de comparaison, la moyenne nationale s’élève à 26,5 centimes.

Face à cet écart, la commune de Kestenholz a déposé plainte en octobre dernier. Celle-ci avait conclu un contrat avec Repower en 2022. A l’époque, la guerre en Ukraine avait fait grimper les prix de l'énergie à des niveaux astronomiques. Ceux qui ne disposaient pas de fournisseur d’électricité et n’avaient pas anticipé leur approvisionnement se sont retrouvés dans une situation délicate. C'est justement le cas de la commune de Kestenholz: son contrat arrivait à échéance et, faute de temps, celle-ci devait trouver rapidement une solution.

Repower était le seul fournisseur à avoir présenté une offre. En la refusant, la commune aurait risqué de devoir recourir à un approvisionnement d’urgence, encore plus coûteux. «Nous avions le choix entre la peste et le choléra», résume Andy Winiger. Le contrat, particulièrement onéreux, court jusqu’en 2032.

«J’apporte mon aide là où on a besoin de moi»

Andy Winiger préside le conseil d’administration d’Energie Kestenholz, à titre bénévole. Il ne siège pas au conseil communal, ne travaille pas à l’administration et n’est pas un expert en énergie. En réalité, Andy Winiger est un simple habitant de Kestenholz.

Durant la journée, il travaille comme responsable des ventes; en parallèle, il préside un club de musique à Kestenholz; le week-end, il se bat pour faire baisser les prix de l’électricité. «J’apporte mon aide là où on a besoin de moi.» C’est son prédécesseur qui avait conclu ce contrat onéreux. Mais Andy Winiger promet de ne pas lâcher le morceau: «Quand je dis oui, je ne fais pas marche arrière.»

Le Soleurois déplore l’attitude de Repower. «Quand je rencontre un tel problème avec un client, nous cherchons ensemble une solution.» Mais le groupe grison n’a pas voulu céder. Andy Winiger dénonce «une impudence sans bornes» et lui reproche de «s’enrichir aux dépens de nos concitoyens» en continuant à vendre l’électricité à un prix exorbitant, alors que les tarifs ont baissé depuis longtemps.

Face à cette situation, il a décidé de porter plainte. «La situation a tellement changé que cela n’est plus légal», estime-t-il. Pour lui, une chose est certaine: «Nous n’aurions jamais signé ce contrat si nous avions su que les prix baisseraient aussi vite.» Reste que l’accord a été conclu en bonne et due forme. «Nous voulons simplement payer l’électricité moins cher. Quant à savoir s’il faut résilier le contrat ou simplement réduire le prix de l’énergie, je laisse la question ouverte.»

L’électricité solaire pose de nouveaux problèmes

Quand on descend à l’arrêt de bus «Dörfli» à Kestenholz, l’atmosphère paisible du village se fait sentir jusque sur la route principale. Le magasin Spar fait une pause de deux heures pour le déjeuner, et le prochain bus n’arrivera que dans une demi-heure. Seuls les enfants qui courent sur le trottoir pour se rendre à l’école insufflent un peu de vie à ce petit village.

C'est désormais aux tribunaux de trancher.
Photo: Raphaël Dupain

Les habitants de Kestenholz se sont adaptés: lorsque l’électricité du réseau coûte trop cher, ils produisent la leur. D’immenses installations solaires ornent les toits des anciennes fermes au cœur du village. «Chaque semaine, on voyait s’ériger un nouvel échafaudage», raconte Andy Winiger. Au total, on compte 200 installations solaires pour 650 propriétés.

Mais ce boom du solaire a ses inconvénients. En effet, le contrat comporte une clause d’achat minimum; si Kestenholz consomme moins d’électricité que prévu, la commune doit payer des pénalités. «En 2027, le prix de l’électricité augmentera donc de trois centimes supplémentaires.»

Repower se défend

Repower se montre prudente, la procédure étant toujours en cours. L’entreprise affirme néanmoins avoir agi dans le respect de la légalité. Elle reconnaît que le niveau actuel des prix de l’électricité représente une situation difficile pour Kestenholz. Concernant le contrat de fourniture d’énergie conclu fin 2022, Repower explique avoir dû acheter l’électricité nécessaire sur le marché à une période où les prix étaient «très élevés et volatils». «Les conditions convenues à l’époque correspondaient à la situation du marché de l’époque», souligne l’entreprise.

L'entreprise souligne que les contrats à long terme offrent une certaine sécurité aux deux parties. Ils permettent de mieux planifier les activités et de répartir sur une période plus étendue les risques et les opportunités liés à l’évolution des prix et des volumes sur le marché. Repower rappelle toutefois que toute modification d’un contrat existant doit être convenue d’un commun accord entre les deux parties.

A la justice de trancher

C’est désormais aux tribunaux de trancher. Une chose est néanmoins sûre: des erreurs ont été commises par le passé. De nombreux fournisseurs d’énergie achètent leur électricité de manière échelonnée afin d’atténuer l’impact des fluctuations de prix.

Kestenholz risque aujourd’hui de subir d’importantes pertes financières si sa plainte est rejetée. Andy Winiger estime néanmoins que le jeu en vaut la chandelle. «Se mettre à l’abri et attendre que la tempête passe n’est pas une option. Nous prenons au sérieux les préoccupations des citoyennes et des citoyens.»

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