Autant l’admettre de suite: je ne suis pas du tout objectif. Voilà qui est dit. C’est mon devoir d’honnêteté. En même temps, est-il coutume de parler en bien de son ex? Car oui, avant de lancer Blick en Suisse romande, j’ai eu l’honneur et le bonheur de diriger «L’illustré» pendant dix ans. Un sacré bail à l’échelle de ma vie professionnelle, une paille à l’ombre de la trajectoire de ce chêne centenaire, dont les racines ont pris en terres romandes le 10 septembre 1921.
«L’illustré» est un témoin, une boussole, un copain, il est un peu tout ce que vous voudrez. Il est souvent, dit-on, un membre à part entière de la famille. Et quel parent fiable! Plus fidèle que la tante Adèle, plus surprenant que le cousin Armand, (presque) toujours ponctuel, à la différence de tonton Samuel. Pas étonnant que, dans cette société qui zappe, vibre et vire sur l’aile à tout bout de champ, on apprécie toujours autant sa permanence rassurante et son regard pertinent, miroir de notre société. Miroir de nos âmes aussi, qu’il investigue avec un œil, un respect et une délicatesse rares.
De start-up à star romande
«L’illustré a d’abord été une start-up», rappelle son éditeur Michael Ringier, dans le numéro exceptionnel que l’on trouve en kiosque. Un numéro éblouissant de photos et d’infos qui nous apprend qu’au moment de la naissance de cet illustre magazine hebdomadaire dont la première édition coûtait 20 centimes, la Suisse avait d’autres dimensions. Elle comptait 4 millions d’habitants… et seulement 12’000 voitures.
A l’époque, pas de réseaux sociaux, pas de télévision. Cette dernière allait faire son apparition une quinzaine d’années plus tard dans les foyers romands. Il était donc logique que dans cette société en quelque sorte aveugle, «L’illustré» commence par faire découvrir ce que seule notre imagination avait fait danser devant nos yeux jusque lors. «Ceci est un esquimau», peut-on lire en légende photo de l’un des premiers exemplaires. Nous avions tout à apprendre.
Nous avons encore tout à apprendre, mais les images du monde se sont accélérées et, tout naturellement, «L’illustré» s’est recentré sur le terrain où il est encore imbattable aujourd’hui en matière de photographie: la Suisse romande.
Un numéro spécial très touchant
La rédaction de Blick n’est qu’à un étage de celle de «L’illustré», mais j’ai réussi à résister à la tentation d’aller «guigner» le mur d’affichage de mes consœurs et confrères, là où prenait vie avec passion ce numéro du centenaire. Pour vivre l’événement comme une surprise, ce qu’est «L’illustré» chaque semaine pour ses adeptes. Ses 196 pages m’ont énormément touché car elles font le pont entre 100 personnalités publiques romandes, photographiées de manière spectaculaire et 100 lecteurs mis en lumière par trois talentueuses signatures de la photo romande employées par le magazine.
Mettre sur un pied d’égalité les «people» parfois plus ordinaires qu’ils n’y paraissent et les quidams presque toujours plus extraordinaires qu’attendu, c’est le cocktail subtil qui rend cette publication si attachante.
Une expo à ne pas rater à Vevey
Tout centenaire qu’il est, l’alerte «illustré» compte bien passer ce cap majeur de son existence avec une fête. Elle aura lieu dès ce samedi et jusqu’au 10 octobre à Images Vevey. On y trouvera plus de cent couvertures du magazine et les coulisses fascinantes des deux shootings événementiels réalisés dans le cadre du numéro spécial paru mercredi.
Je vous l’avais dit, je ne suis pas du tout objectif. Alors j’en profite pour témoigner mon profond respect et mon admiration pour ce que mes anciens collègues et mon successeur accomplissent chaque semaine. Et souhaiter longue vie à ce magazine sans lequel la Suisse romande ne serait pas ce qu’elle est.