Des escrocs lui ont soutiré 250'000 francs
«J’ai perdu ma retraite, mes économies… ils m’ont tout pris»

Un retraité espérait s'enrichir rapidement, mais il est tombé dans un piège. Des escrocs spécialisés dans les cryptomonnaies lui ont soutiré 250'000 francs. Il est désormais ruiné et couvert de honte.
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«Je me sentais compris», déclare Wilfried à propos des criminels. Ils ont soutiré 250'000 francs à cet habitant de Suisse orientale.
Photo: Scheiber Pascal

En bref

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  • Un septuagénaire de Suisse orientale a perdu 250'000 francs après avoir investi dans des cryptomonnaies dès 2022. Victime d'une arnaque aux placements en ligne, il a vu ses économies et sa caisse de pension s'évaporer.
  • En 2025, un faux conseiller financier a contacté Wilfried, lui promettant de récupérer ses fonds en échange de nouveaux virements. Les escrocs ont ensuite utilisé son compte bancaire pour transférer de l'argent provenant d'autres victimes, exploitant le retraité comme «mule financière».
  • Selon le Réseau d’aide aux enquêtes numériques sur la cybercriminalité, les arnaques aux investissements en ligne ont causé un préjudice de 236 millions de francs en 2024 et 185 millions en 2025.
Pascal Scheiber

Début 2022, Wilfried* a investi 250 francs dans des cryptomonnaies. Mais au final, il a essuyé une perte de 250'000 francs. Cet habitant de Suisse orientale est désormais ruiné. Ses économies et sa caisse de pension sont entre les mains de cybercriminels spécialisés dans les cryptomonnaies.

Une annonce a attiré le septuagénaire sur un site web. «Dans la tanière des lions – gagnez de l'argent en sept jours», promettait-elle. Le site semblait digne de confiance aux yeux de Wilfried, qui s'est ainsi retrouvé entraîné dans un engrenage infernal.

«La perspective de gagner plus d’argent m’a semblé alléchante», admet aujourd’hui le retraité. Tandis qu'il parle, des larmes coulent sur ses joues. Il est assis sur son canapé, un tensiomètre posé à côté de lui. Au lieu de gagner plus d’argent, il n’a plus rien. «J’ai honte», confie-t-il.

Aimables et sympathiques? Non, sournois et criminels!

Mais comment la situation a-t-elle pu dégénérer de la sorte? Après avoir investi ses 250 premiers francs, Wilfried a vu son argent fructifier sur une plateforme de cryptomonnaies. Le cours – et donc son capital – augmentait, petit à petit. Il a eu le sentiment de vivre «quelque chose de grand». Mais dès que le cours a commencé à stagner, puis même à baisser, des soi-disant «conseillers financiers» ont repris contact avec lui.

Ils promettent un suivi compétent, une disponibilité permanente et des rendements mirobolants. En réalité, ils ne veulent qu'une seule chose: de l'argent! Ces cybercriminels disposent d’un réseau international bien développé et opèrent depuis l’étranger, en choisissant méticuleusement leurs victimes: des personnes seules et âgées, comme Wilfried.

Lorsque ses Bitcoins ont perdu de la valeur, les escrocs sont revenus à la charge. «Il fallait que j'injecte plus d'argent pour que la mise initiale ne parte pas en fumée», se rappelle le retraité. Les montants réclamés ont vite grimpé. 5000 francs, puis dix fois plus. «Sous la pression, en pleine nuit, ils m'ont recommandé de verser immédiatement 50'000 francs. J'ai suivi leur conseil», se souvient-il. C'était au printemps 2022.

A l’époque, Wilfried ne s'est pas méfié une seule seconde de ces escrocs. «Ils étaient aimables, très bavards et discutaient avec moi de la vie, je me sentais compris». Il s’avère qu’ils lui disaient ce qu’il voulait entendre. Jusqu'au jour où ils ont disparu de la circulation.

Du jour au lendemain, Wilfried n’a plus eu aucune nouvelle des escrocs. Il leur a écrit, les a appelés, mais n’a reçu aucune réponse. Après des mois de frustration et d’attente, il a décidé de faire le deuil de la somme perdue jusqu'alors, soit environ 180'000 francs. «Qu’aurais-je dû faire?», se demande-t-il. A l’époque, Wilfried M. n’a pas porté plainte auprès de la police. Il savait de toute façon qu'il devait faire une croix sur son argent.

Un cybercriminel propose son aide

Près de trois ans et demi plus tard, fin 2025, un nouveau «conseiller financier» prend contact avec le septuagénaire, en prétendant qu'il est capable de lui faire récupérer ses fonds perdus. Mais pour revoir la couleur de son argent, il doit d’abord ressortir le chéquier. Et Wilfried tombe dans le piège. Au cours des mois suivants, il effectue de nouveaux virements. Les relevés bancaires, dont dispose Blick, montrent qu’il a transféré plusieurs dizaines de milliers de francs sur des comptes à l’étranger.

Une chose frappante ressort du détail des relevés de compte. Non seulement de l’argent sort, mais il y en a aussi qui y entre. Pourquoi? «Je n’en ai aucune idée, je ne les connais pas», répond le retraité.

Des investigations révèlent que Wilfried s'est fait exploiter comme «money mule», une «mule financière». Les sommes provenaient d’autres victimes d’escroqueries liées aux cryptomonnaies, incitées à verser ces fonds par les criminels. Sans surprise, l'argent quittait tout aussi rapidement le compte de Wilfried, qui n’en savait rien. Car les criminels étaient parvenus depuis longtemps à prendre le contrôle de son ordinateur et de son compte. Le retraité leur transmettait en effet régulièrement ses identifiants.

L’un de ces virements provenait d'un certain Fridolin, un octogénaire. Ce n’est qu’après avoir été contacté par Blick qu'il a découvert les agissements criminels de ses «conseillers financiers». Depuis le début de l'année, ce Zurichois a perdu plus de 40'000 francs. A plusieurs reprises, il a transféré de l'argent sur d'autres comptes à la demande des prétendus conseillers, en pensant qu'ils l'aidaient dans ses investissements en cryptomonnaies. Alors qu'il se faisait simplement berner.

Des centaines de millions dérobés

Depuis plusieurs années, les arnaques aux placements en ligne donnent du fil à retordre aux forces de police suisses. Le Réseau d’aide aux enquêtes numériques sur la cybercriminalité (Nedik), dirigé par la police cantonale de Zurich, a recensé ces dernières années entre 2000 et 2400 cas d’escroquerie aux investissements en ligne par an. Le montant des préjudices s’élevait à 147 millions de francs en 2023, à 236 millions de francs en 2024 et 185 millions de francs l'année dernière.

Depuis que Wilfried a de nouveau été contacté par les criminels à la fin 2025, il a transféré de sa poche environ 70'000 francs vers des comptes étrangers. Ce n’est que face aux conseils insistants de son entourage qu'il est parvenu à mettre fin à cette situation.

Fin avril, le septuagénaire s'est enfin décidé à porter plainte. «J’ai perdu 250'000 francs. Ma caisse de retraite, mes économies… ils m’ont tout pris, lâche-t-il en sanglotant. Ces types ont ruiné ma vie, ils devraient en payer le prix.»

Pour le retraité, le constat est ames. Il est contraint de vendre sa collection de voitures de course miniatures pour se procurer de l’argent». Face à la honte qui l'habite, il ne souhaite pas, pour l’instant, percevoir l’aide sociale. «Je veux m'en sortir seul», dit-il.

*Prénom d'emprunt

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