Les portes du «Constellation» sont-elles devenues un piège mortel?
«L'escalier du bar n'était pas le problème principal»

Les portes du bar «Le Constellation» à Crans-Montana suscitent l'effroi de l'expert Frank Rostert. Il défend la thèse selon laquelle les portes sont devenues un piège mortel car elles ne pouvaient s'ouvrir que vers l'intérieur et étaient probablement trop étroites.
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Les portes à l'intérieur de l'Inferno-Bar «Le Constellation» sont-elles devenues des pièges mortels?
Photo: facebook

Depuis 45 ans, Frank Rostert a fait de la conception et de l'évaluation de portes son domaine d'expertise. De 2012 à 2017, cet Allemand a travaillé dans les cantons de Zurich et de Schwytz. Durant cette période, il a notamment pris en charge la planification des portes pour la bibliothèque de stockage à Büron (LU). Il a également planifié les portes du bâtiment 12 sur le site de Roche Diagnostics à Rotkreuz (ZG). Dernièrement, il a expertisé les portes coupe-feu du nouveau terminal de l'aéroport de Munich.

Lorsqu'il a vu les images du dramatique incendie dans le bar «Le Constellation» à Crans-Montana, le responsable de la protection incendie a été horrifié. Pour lui, plusieurs violations graves des normes de protection incendie sautent aux yeux.

«Les portes doivent s’ouvrir dans le sens de la fuite»

Interrogé par Blick, Frank Rostert s’appuie sur les directives de l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI). Certes, le canton du Valais n'est pas membre de l'AEAI, mais les normes de l'AEAI constituent une référence technique uniforme dans toute la Suisse. En Valais, la protection incendie s'y réfère explicitement.

«Les portes doivent pouvoir s'ouvrir dans le sens de la fuite», dit par exemple la directive de protection incendie de l'AEAI sur les voies d'évacuation et de sauvetage. Et les images des réseaux sociaux le prouvent: dans le bar «Le Constellation», c'est exactement le contraire qui s'est produit. C'est ce que montre également un plan datant de 2015 publié par la RTS. Il montre que toutes les portes s’ouvraient vers l’intérieur.

Pour l’expert, la conséquence est évidente: «Les gens n’ont pas pu sortir par le haut. Quand une foule paniquée pousse de l’arrière, ouvrir une porte vers l’intérieur devient impossible.» Les deux battants de la porte auraient dû pouvoir s'ouvrir, mais l’un d’eux n’était visiblement pas équipé pour une ouverture d’urgence.

Il aurait fallu des portes entièrement blindées

Alors que de nombreux médias suisses et étrangers ont pointé du doigt l’escalier étroit menant à la sortie principale, Frank Rostert n’est pas de cet avis. «Ce n’était pas l’escalier le principal problème, mais les portes mal installées. La fumée s’accumulait en haut, et la porte d’entrée était sans cesse repoussée vers l’intérieur», assure l'Allemand.

Selon lui, les portes doivent pouvoir être ouvertes rapidement et à tout moment, même sans moyens auxiliaires. Frank Rostert aurait installé dans le bar «Le Constellation» des portes dites entièrement blindées. «Là, les deux battants se seraient ouverts tout seuls.»

Un meuble a-t-il bloqué une issue de secours?

Les portes entièrement blindées permettent d'appuyer sur une large barre ou une poignée anti-panique pour que la porte s'ouvre sans poignée, clé ou code. En cas de panique, de feu et de fumée, éventuellement dans l'obscurité, la recherche d'une poignée de porte devient un véritable défi.

Des médias italiens ont publié mardi des images d'une caméra de surveillance qui montreraient la sortie d'une autre issue de secours. Sur ces images, un meuble semble obstruer la porte au moment du départ du feu. «Les voies d'évacuation doivent être dégagées à tout moment. Si un gérant de bar bloque une issue de secours, elle n'est pas dégagée», rappelle Frank Rostert.

«Qui planifie, construit et autorise de telles portes?»

Le spécialiste s’interroge enfin sur la chaîne de responsabilités. «Comment un bâtiment avec des défauts aussi évidents peut-il être autorisé?» Certes, en Valais, il est possible de demander une dérogation aux mesures standard de la directive de protection incendie. Mais pour cela, il faut présenter un concept de protection incendie et une preuve d'équivalence. Ensuite, l'autorité compétente prend une décision au cas par cas.

Or, les autorités sont souvent peu disposées à faire des compromis, notamment dans les établissements ouverts au public, car le risque et la responsabilité sont élevés. Si une porte de secours ne satisfait pas à la solution standard, il faut fournir une compensation très forte, par exemple une sortie supplémentaire ou un système de détection d'incendie.

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