Plusieurs pendulaires se plaignent de l'intransigeance des contrôleurs de trains lors de l'achat tardif d'un titre de transport. Blick avait relaté l'histoire de cette Romande, qui s'était faite amender pour avoir pris son ticket quelques secondes trop tard. Mais où commence l’indulgence, et qui peut vraiment en bénéficier?
Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.
Cet article a été publié initialement dans le «Beobachter», un magazine appartenant à Ringier AG, éditeur de Blick.
Monika Henderson* est contrôleuse dans les transports publics de Suisse orientale. Elle a accepté de nous répondre pour nous donner un aperçu de son quotidien. Elle dit contrôler de nombreux passagers qui achètent leur billet via Easy Ride. Le concept de l'application est simple: les passagers ne paient leur billet qu’après la fin du trajet, le prix dépendant de la distance parcourue au total. Peu importe qu'Easy Ride soit activé dix secondes avant ou après le départ du train, le prix du billet reste le même.
Selon la contrôleuse, de nombreux voyageurs n'achètent leur billet qu'après être montés à bord. Beaucoup se voient donc infliger une amende. «Les règles sont claires: les passagers doivent valider leur titre de transport avant de monter à bord, même s’ils utilisent Easy Ride. Dans ma région, cela est explicitement indiqué sur chaque porte de bus», explique Monika Henderson.
Un manque de souplesse pointé du doigt
Cette pratique ne fait pas l'unanimité. Peter König, ex-chef du service juridique de l’Office fédéral des transports, a récemment critiqué le manque de flexibilité lors des contrôles dans les colonnes de la NZZ: «Celui qui arrive de justesse à attraper un train ou un bus n’a d’autre choix que d’acheter son titre de transport une fois à bord. Doit-il pour autant attendre le prochain départ? C’est déconnecté de la réalité et peu convivial pour les usagers.»
Monika Henderson ne partage pas son avis. «Celui qui doit vite passer du bus au tram dispose déjà d’un titre de transport valide. Ceux qui n’arrivent à attraper le bus dans leur quartier qu’en courant à toute vitesse devraient peut-être envisager de partir plus tôt de chez eux, ou alors activer Easy Ride lorsqu'ils marchent en direction de l’arrêt. Cela n’entraîne aucun coût supplémentaire.»
Elle s’appuie sur le règlement national en matière de transports publics, abrégé «T600». Ce règlement de 74 pages stipule également: «L’obligation de posséder un titre de transport s’applique avant le début du trajet.» Mais le début du trajet correspond-il au moment où l’on rentre dans le véhicule, ou seulement au moment du départ du train, du bus ou du tramway?
Dans son commentaire publié dans la NZZ, Peter König souhaite qu’un groupe de resquilleurs sanctionnés ou l’association de défense des consommateurs clarifie cette question devant les tribunaux. «Les directives actuelles me suffisent pour faire mon travail», rétorque de son côté Monika Henderson.
Pas de réseau dans le métro? Il fallait s’y attendre!
Dans notre sondage, de nombreux lecteurs s’indignent d'être sanctionnés en cas de panne ou d'une erreur technique. Comme cette lectrice, qui raconte la fois où elle a reçu une amende, alors qu'elle n'avait pas pu activer son Easy Ride à cause d'un manque de réseau sur le quai souterrain de l’aéroport de Zurich.
Monika Henderson comprend la décision du contrôleur: «J’aurais sans doute fait pareil. Quiconque utilise un service doit le payer. Si je vais à la Migros et que la caisse en libre-service est en panne, je paie à la caisse. Cette femme aurait pu activer Easy Ride avant ou acheter un billet au distributeur.»
Dans de telles situations, la contrôleuse recommande aux passagers de signaler leur problème par la suite au centre de service. Celui-ci se montre souvent conciliant, à condition toutefois que le personnel ferroviaire n'ait pas été insulté ou menacé. Dans le cas contraire, une note est ajoutée au dossier du client et sera consultée lors du traitement de sa demande. Toute indulgence devient alors peu probable. «Une attitude respectueuse fait toujours la différence», rappelle Monika Henderson.
Ne pas tenter de duper
Monika Henderson juge particulièrement irrespectueux que des voyageurs essaient de la berner. Il n'est pas rare qu'on lui présente des billets mal validés ou des abonnements expirés, dans l'espoir qu'elle n'y prête pas trop attention.
Un voyageur particulièrement audacieux est même allé jusqu'à utiliser le SwissPass d'une autre personne, qu'elle avait égaré sans s'en rendre compte. Monika Henderson l'a surpris en flagrant délit. «Quand quelqu'un cherche à tricher de cette manière, je ne comprends vraiment pas», confie-t-elle.
En tant que contrôleuse, elle est libre de décider si elle renonce ou non à infliger une pénalité. Son employeur ne lui impose aucune directive en la matière. Elle reconnaît toutefois qu'il lui arrive rarement de fermer les yeux.
*Nom d'emprunt