Le climat change peu les habitudes des Suisses
Malgré les feux de forêt et les canicules, le réchauffement climatique n’a pas d’influence sur les achats des Suisses

Malgré les vagues de chaleur et incendies, 80% des Suisses disent que le climat influence peu leurs choix. Une enquête Comparis révèle une déconnexion entre intentions affichées et comportements réels, surtout chez les ménages aisés.
En Suisse, on aime visiblement dire qu'on arrête la viande, mais de là à le faire...
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En bref

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  • Quatre adultes sur cinq en Suisse déclarent que le débat climatique influence peu ou pas leurs décisions de consommation et choix financiers, selon une enquête Comparis. 34% des sondés ne se sentent «pas du tout» concernés
  • Les ménages aisés sont les moins influencés. En revanche, 74% des foyers avec enfants admettent que le climat impacte leurs choix
  • Des marqueurs comme la consommation de viande ou les voyages en avion ne cessent d'augmenter.
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Les images de forêts en flammes et les vagues de chaleur à répétition ne semblent pas suffire à modifier profondément les habitudes des Suisses. Selon une enquête représentative de Comparis, quatre adultes sur cinq affirment que le débat sur le climat influence peu, voire pas du tout, leurs décisions de consommation et leurs choix financiers.

Dans le détail, 34% des personnes interrogées disent n’être «pas du tout» influencées par la question climatique, et 46% seulement «faiblement». Seule une personne sur cinq estime que le sujet pèse réellement dans la réflexion au sujet de ses achats ou de ses placements financiers.

Un résultat qui tranche avec les intentions régulièrement affichées. «Un grand nombre de Suisses affirment qu’ils seraient prêts, par exemple, à réduire leurs voyages en avion ou leur consommation de viande, mais les faits parlent d’eux-mêmes», résume Michael Kuhn, expert Consumer Finance chez Comparis.

Plus on est riche, plus on s'en fiche

Le phénomène touche toutes les catégories de revenus, mais il est encore plus marqué chez les ménages les plus aisés. Parmi ceux dont le revenu brut dépasse 8000 francs par mois, 84% déclarent que le débat climatique n’influence que peu ou pas du tout leurs décisions.

Photo: RMS

Chez les ménages gagnant jusqu’à 4000 francs, ils sont 75%. «Il semble que renoncer ou changer de comportement soit encore plus difficile pour les personnes à revenus élevés que pour celles qui disposent de moins d’argent», analyse Michael Kuhn. Selon lui, cela tient aussi au fait que les plus aisés «peuvent tout simplement se permettre de voyager davantage et de consommer plus».

Les parents davantage concernés

Une différence apparaît en revanche entre les foyers avec ou sans enfants. Parmi les personnes vivant avec des enfants, 74% disent que le débat climatique exerce au moins une certaine influence sur leurs décisions, contre 62% chez celles qui n’en ont pas.

Le fait de penser aux générations futures jouerait un rôle. Les ménages de trois personnes ou plus se montrent également plus sensibles à la question que les foyers plus petits.

La «fatigue climatique» progresse

Comparis pose régulièrement les mêmes questions depuis 2019, au sujet de l'importance du climat dans les dépenses des ménages. Et la tendance est nette.

Entre fin 2020 et l’été 2023, entre 66 et 70% des personnes interrogées déclaraient que le climat avait peu ou pas d’influence sur leurs choix. Cette proportion atteint aujourd’hui 80%.

La part de ceux qui affirment n’être absolument pas influencés est, elle, passée d’environ 20% à 34%. Michael Kuhn y voit une forme de «fatigue climatique», nourrie selon lui par «un mélange fatal de problèmes plus concrets et plus urgents», comme la hausse des primes maladie et des loyers, les guerres ou encore l’inflation, mais aussi par une lassitude face à un débat omniprésent et un sentiment d’impuissance.

Entre ce qu’on dit et ce qu’on fait

Les réponses des sondés montrent pourtant que les bonnes intentions existent. Parmi les personnes qui disent tenir au moins un peu compte du climat, 40% affirment avoir réduit leur consommation de viande et de produits animaux. Et 36% disent prendre moins souvent l’avion.

Les statistiques racontent toutefois une histoire plus nuancée. La consommation de viande, tombée à 48 kilos par habitant en 2023, est remontée à 50 kilos en 2024 puis à 51 kilos en 2025. Depuis 2019, elle reste globalement stable autour de 50 kilos par personne.

Même tendance du côté des produits animaux: la consommation d’œufs a dépassé pour la première fois les 200 unités par habitant en 2025, pour atteindre 209. Et l’avion ne semble pas non plus avoir perdu de son attrait. L’aéroport de Zurich a enregistré 23,2 millions de passagers locaux l’an dernier, davantage qu’en 2019.

«On aimerait bien que des mesures soient prises, mais lorsqu’il s’agit de renoncer soi-même à un voyage en avion, à des vêtements ou à une escalope, on n’est finalement pas disposé à faire ce sacrifice», estime Michael Kuhn. Pour Comparis, une partie de la population a bien adapté ses habitudes au changement climatique. Mais elle serait vraisemblablement moins nombreuse que ne le laissent penser les déclarations d’intention.

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