Franc affaibli et inflation
Le président de la BNS va-t-il serrer la vis des taux d'intérêt?

Alors que les taux d'intérêt augmentent partout dans le monde, la Banque nationale suisse reste sereine. Son président, Martin Schlegel, pourrait relever les taux directeurs au plus tôt en décembre. Et les marchés s'y sont déjà préparés.
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Martin Schlegel, président de la BNS, va-t-il baisser les taux d'intérêt?
Photo: keystone-sda.ch
Christian Kolbe

Les responsables des banques centrales internationales sont sous pression. La guerre en Iran fait grimper les prix de l'énergie et attise l'inflation. Le seul levier disponible: relever les taux d'intérêt, même si cette mesure est loin de faire l'unanimité.

Sont-ils réellement tous sous pression? Non, tous les gouverneurs de banques centrales ne sont pas logés à la même enseigne. L’un d’eux vit actuellement une situation particulièrement confortable. Dans son pays, l’inflation reste faible, la monnaie nationale, habituellement forte, s’est exceptionnellement affaiblie et les taux d’intérêt sont bas. Rien ne l’oblige, en réalité, à intervenir.

Son nom: Martin Schlegel. Le président de la Banque nationale suisse (BNS) peut donc rester tranquillement en retrait et observer ses homologues ajuster leurs taux d’intérêt.

Martin Schlegel n’y est pas contraint, mais il pourrait néanmoins décider de relever le taux directeur. Et ce, peut-être dès jeudi prochain, à l'issue de la réunion de la Banque nationale consacrée à sa politique monétaire. Car les décisions en matière de politique monétaire mettent du temps à produire leurs effets sur l'économie. La dernière baisse des taux, en juin 2025, ne déploie ainsi pleinement ses effets que maintenant.

Et l'économie suisse tourne à plein régime: au deuxième trimestre, elle a connu une croissance de 1,9%, une progression qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps.

Comment la BNS évalue-t-elle l’inflation?

Un facteur joue en faveur de l'économie helvétique: l’écart de taux d’intérêt avec la zone euro et les Etats-Unis ne cesse de se creuser, ce qui contribue à affaiblir sensiblement le franc. Ces derniers mois, les plaintes de l'industrie exportatrice, qui critiquait la vigueur excessive du franc, se font beaucoup plus rares.

Seule ombre au tableau: le franc plus faible est moins à même d'atténuer la flambée des prix du carburant et du fioul. La Suisse ressent ainsi elle aussi davantage les turbulences sur les marchés énergétiques mondiaux qu’au début de la guerre en Iran.

De fait, durant le mois d'août, l’inflation a atteint 0,8% en Suisse. Ce chiffre reste toutefois bien dans la fourchette cible de 0 à 2 % fixée par la BNS en ce qui concerne l’inflation en Suisse. Les effets de second tour tant redoutés ne se sont pas encore fait ressentir. Cela ne garantit toutefois pas que cette tendance se maintiendra.

Reste donc à savoir comment la BNS évaluera jeudi les perspectives d’inflation. Si elle anticipe une accélération de la hausse des prix plus rapide que prévu, un changement de cap sur les taux pourrait intervenir bien plus tôt qu’attendu.

Une hausse des taux d’intérêt, mais pas avant décembre

«Martin Schlegel est connu pour privilégier les ajustements des taux d’intérêt le plus tôt possible», explique Fredy Hasenmaile, économiste en chef chez Raiffeisen. Rappelons que lorsque la BNS avait abaissé son taux directeur à zéro en juin 2025, certains observateurs avaient critiqué cette décision jugée prématurée.

L’économiste Adriel Jost figurait alors parmi ces détracteurs. Il ne s'attend toutefois pas à une hausse des taux dès septembre. «La BNS s’est confortablement installée dans un régime de taux zéro. La question des taux d’intérêt négatifs est écartée, mais une hausse des taux n’est pas non plus encore inévitable pour l’instant.» Selon Adriel Jost, un relèvement pourrait toutefois intervenir en décembre.

Comme la plupart des autres observateurs, Freddy Hasenmaile ne s'attend désormais plus à une hausse des taux cette année. «Une fenêtre s'est toutefois ouverte pour la normalisation de la politique monétaire.» Autrement dit, la BNS pourrait bientôt sortir de ce régime de taux zéro, considéré comme exceptionnel. «Nous prévoyons deux hausses de taux l’année prochaine. La première pourrait même intervenir dès le premier semestre.»

C’est également ce qu'anticipent les marchés. «Compte tenu de la récente hausse des taux hypothécaires à taux fixe, ces relèvement sont déjà, dans une certaine mesure intégrées dans les cours», explique l’économiste en chef de Raiffeisen. Et d’ajouter: «Pour l’instant, une hypothèque Saron reste le meilleur choix, à condition d'être prêt à prendre certaine prise de risque.» Elle ne deviendrait plus coûteuse que si la BNS relevait effectivement à son taux directeur.

Un changement de cap de la politique monétaire se profile en Suisse. Mais une annonce dès jeudi prochain constituerait malgré tout une très grande surprise.

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